Le patou ayant peur du plantigrade, les éleveurs de l'Ariège
s'équipent du chien chasseur d'ours
pour ramener la bête
à Arbas !
Un faux air de Border Colli en plus court sur pattes, il a fait une
entrée intimidée, juste à la fin de l'assemblée
générale de l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine
d'Ariège-Pyrénées qui se tenait vendredi soir.
Ce brave toutou n'est autre que l'un des premiers chiens d'ours de Carélie
dont sont entrain de s'équiper les éleveurs de la montagne
ariégeoise. En le présentant comme « le seul chien
au monde à lever l'ours; et qui, contrairement au patou, ne craint
pas le plantigrade », son maître André Quaranta a
été applaudi à tout rompre par les 250 personnes,
rurales et urbaines, présentes à l'AG. Des bravos suivis
d'un bel éclat de rire général quand André
Quaranta a dit : « puisqu'il n'est pas légal de tuer l'animal,
avec ce chien tombeur d'ours on va ramener Hvala dans la commune qui
l'a voulue : à Arbas ! »
Arbas qui est devenu
« le symbole de la révolte des Pyrénéens
» se réjouit Philippe Lacube, l'emblématique porte-voix
du combat anti ours. « La manifestation d'Arbas a fédéré
les hommes du Massif ». Basques, Béarnais, Bigourdans se
sont déplacés en pays de Foix pour y apporter l'argent
collecté chez eux, répondant à la souscription
de 20 000 €, soit le montant de l'amende des manifestants d'Arbas
condamnés à Toulouse. À la fin de l'AG il ne manquait
plus guère qu'un millier d'euros pour faire le compte rond.
De leur côté,
éleveurs ou témoins de massacres en estives (Jean-Pierre
Mirouze, Olivier Rallu, Francis Ader, Gérard Pons
) ont
raconté pourquoi il avait fallu « gagner ces galons anti
ours ». Le ton ferme est allé crescendo tout au long de
la soirée. L'ASPAP demandant alors au préfet de l'Ariège
de revoir « sa vision coloniale » ; brandissant la menace
de la dissolution des associations pour « laisser parler la poudre
». C'est exactementce qu'avait dit Hervé Peloffi (pour
le groupe de travail des grands prédateurs mené par la
FNSEA et l'APCA) : « La coupe est pleine. Jusque-là on
a évité que les choses dérapent. Si demain on lâche
de nouveaux ours dans les Pyrénées : je démissionne.
Libre alors aux éleveurs de faire ce qu'ils veulent ».
Des éleveurs qui « sont descendus du bus », celui
des voyages « mensongers » sur les autres expériences
européennes de réintroductions d'ours : « un gaspillage
scandaleux de fonds publics ». Autant dire que les enquêteurs
parisiens qui, début janvier, ont trouvé des éleveurs
« le couteau entre les dents, sur toute la chaîne »
vont les retrouver toujours plus radicalisés quand ils vont revenir
sur les Pyrénées entre le 11 et le 22 février,
pour rencontrer les élus.
Avec pour hymne
le « Se canto » que toute la salle a entonné, l'ASAPAP
a clôturé ses trois heures d'AG par un repas montagnard
« maison ». Succulentes salaisons, divins pâtés
dans la feuille de chou
Il serait bien dommage que ce patrimoine
gastronomique, ce savoir-faire qui s'exprime sur des produits issus
de races rustiques locales s'envolent des vallées parce qu'un
ours les préfère crus.
Auteur : Bernadette Faget
Source : La
Dépêche du Midi du 04 février 2008