Avec "lhomme qui vivait parmi les ours" lécrivain
béarnais poursuit son combat pour la cohabitation de lhomme
avec lours
André Cazetien a été pendant 18 ans maire
communiste de la ville nouvelle de Mourenx. Instituteur, il fut
aussi chasseur de palombes et pratique encore la pêche à
la truite. Ami dEric Pétetin, indéfectible
combattant contre le tunnel du Somport et pour la préservation
de la vallée dAspe, cest un Occitan béarnais
et amoureux du Pays Basque. Non croyant et frère de lutte
des prêtres ouvriers, aujourdhui militant Vert et
soutien de Dominique Voynet, condamné par le Tribunal de
Pau et décoré de la Légion dhonneur,
André Cazetien est tout sauf un personnage falot ou inconsistant.
Il est lauteur
de plusieurs ouvrages : La terre nappartient quaux
hommes, Arrête de courir (autobiographie), Des camions et
des hommes, La palombière, Soleil noir, soleil bleu, Des
villes pour changer le monde. Il est aussi lauteur de la
chanson "Cannelle, chanson pour lhomme et pour lours".
Lhomme qui vivait parmi les ours est son deuxième
roman .
Histoire dune vallée
Lhistoire se passe dans les années 20, quelque part
dans une vallée béarnaise. Peirot est revenu de
la guerre avec un amour accru et serein des choses simples et
joyeuses de sa pourtant dure vie de berger. Sa plus grande joie
est de savoir non loin de lui et de son troupeau quil soigne
avec amour, la présence de lours, bel animal sauvage
et libre.
Un jour, sur son lieu destive, il découvre une source
aux spectaculaires vertus cicatrisantes. Quelle aubaine pour le
développement du village si lon pouvait capter cette
source et créer un établissement thermal ! La "gauche"
locale, dont Peirot se sent proche, convainc sans trop de difficultés
le berger au grand c¦ur quen ne cherchant à
entraver ce projet en aucune manière, il rendra un véritable
service à lhumanité souffrante. Peirot, inquiet
du bouleversement quun tel projet produira dans "sa"
montagne, ne se sent moralement pas le droit de sy opposer.
Les machines,
les hommes éventrent donc cette montagne, la source est
canalisée dans de gros tuyaux noirs qui balafrent le paysage.
Peirot souffre et cache son chagrin comme il peut jusquau
jour où un ouvrier matamore et grande gueule, tire sur
la belle amie du berger, lourse qui observait de loin le
chantier. La bête seffondre, morte, dans le torrent.
Et son ourson se sauve dans la forêt. Au village, même
ceux qui ne dédaignent pas, à loccasion, de
tirer sur un ours, condamnent le geste du tueur. Peirot, sétait
toujours senti plus authentiquement humain dans la nature avec
son troupeau quau milieu de ses semblables, dans les cafés
de la vallée. À compter du jour de la mort de lourse,
il na plus quune idée en tête, sauver
lourson. Puis, sa mission accomplie, ne supportant plus
le spectacle du saccage de la montagne, il disparaît, devenant
ainsi légende.
Le berger
contre tous
On
ne peut, en lisant ce livre, sempêcher de penser au
roman visionnaire de Samivel Le fou dEdenberg, paru en Janvier
68 où un berger que lon pourrait qualifier de cosmique,
tient tête, seul contre tous, à la société
des loisirs, du clinquant, du paraître et de la superficialité,
qui, pour y construire une station de ski, veut mettre à
sac la montagne où il vit avec son troupeau. Dans ces deux
romans, cest lhomme libre qui prend le parti de la
nature, mieux, sy fond entièrement, face à
la société technicienne, normative et liberticide.
Et on croit entendre Romain Gary "Nimporte quel gars
qui a connu la faim, la peur ou le travail forcé, commence
à comprendre que la protection de la nature, ça
le concerne directement".
Source
: Lejournal.euskalherria
du 24 novembre 2006