Préface : Prince Bernhard des Pays Bas, président du WWF ; « certaines de nos activités semblent porter en
elles-mêmes les germes de la destruction de notre espèce...Lhomme
...na ni le droit moral ni lintérêt matériel
à mener une espèce animale ou végétale à
son extinction... ».
J
Dorst, ornithologue, est professeur au Museum
National dHistoire Naturelle, dont il deviendra le directeur.
Avant-propos
: le déséquilibre du monde moderne
Citation de Théodore
Roosevelt 1908 : « le temps est venu denvisager sérieusement
ce qui arrivera quand nos forêts ne seront plus, quand le charbon,
le fer et le pétrole seront épuisés, quand le sol
aura encore été appauvri et lessivé vers les fleuves,
polluant leurs eaux, dénudant les champs... »
« Si lon
envisage lhistoire du globe, lapparition de lhomme
prend aux yeux des biologistes la même signification que les grands
cataclysmes à léchelle du temps géologique...la
révolution qui se passe sous nos yeux depuis lapparition
de lhomme sur la Terre [a] une vitesse et une ampleur sans égales
si lon tient compte de la faible durée au cours de laquelle
sest manifestée laction de notre espèce ».
Mais avec une terrible accélération depuis deux siècles.
« lhomme de la civilisation industrielle a pris maintenant
possession de la totalité du globe...Lhomme moderne dilapide...les
ressources non renouvelables, combustibles naturels, minéraux,
ce qui risque de provoquer la ruine de la civilisation actuelle. »
En fait les préoccupations
de conservation de la nature « concernent ..le devenir de lhomme.
»
« lhomme
continue de dépendre étroitement des ressources ...et
avant tout de la ...photosynthèse...Ce fait fondamental lie lhomme
dune manière très étroite à lensemble
du monde vivant, dont il ne forme quun élément ».
« Lécologie
: science qui étudie les rapports des êtres vivants entre
eux et avec le milieu physique dans lequel ils évoluent ».
Les lois de la biosphère sont complexes. Or laction de
lhomme « a visé à simplifier les écosystèmes,
à canaliser leurs productions dans un sens strictement anthropique
et souvent à ralentir » les cycles. Il y a là
à terme, du fait du bilan systématiquement déficitaire,
une atteinte irrémédiable à la productivité
de la biosphère. J Dorst va plus loin en considérant que
lon a créé des lieux laids et polluants, induisant
des maladies mentales.
« Il convient
dopposer les philosophies orientales à nos conceptions
occidentales. Beaucoup dorientaux ont en effet un respect de la
vie sous toutes ses formes, toutes procédant directement de Dieu...
Lhomme fait métaphysiquement partie dun comlexe dont
il ne représente quun élément. » «
En revanche, les philosophies occidentales mettent toutes laccent
sur la suprématie de lhomme sur le reste de la création
qui nest là que pour lui servir de cadre. »
Donc, pour la survie
même de lhomme, il faut préserver les ressources,
la nature : « Lhomme et la nature seront sauvés
ensembles. »
Conserver la nature,
cest assurer une « conservation dun échantillonnage
aussi représentatif que possible de tous les habitats naturels.
»...mais également « celle des ressources
naturelles toutes entières... de leau, de lair, ...
du sol... Il convient de respecter et gérer lensemble de
ce capital ». J Dorst y ajoute les paysages : « lhomme
a besoin déquilibre et de beauté ».
Il appelle à
un « aménagement rationnel de la Terre » ,
et donc à une collaboration des « protecteurs de la nature
» (qui devraient comprendre « que la survie de lhomme
sur terre exige une agriculture intensive et la transformation profonde
et durable de certains milieux ») et des planificateurs / technocrates
( qui doivent admettre que « lhomme ne peut saffranchir
de certaines lois biologiques »). « Une entente réaliste
entre les économistes et les biologistes peut et doit ...assurer
le développement rationnel de lhumanité ».
« Il sagit au fond de réconcilier lhomme avec
la nature. De le persuader de signer un nouveau pacte avec elle. »
Hier
« Limpact
de lhomme dans les équilibres biologiques date de lapparition
de celui-ci sur terre »... mais surtout « quand les
populations humaines commencèrent à sorganiser en
communautés aux structures sociales de plus en plus perfectionnées
... Il ny a quune différence de degré entre
le cultivateur néolithique déboisant ... et lhomme
de lan 2000 qui ... changera le cours des fleuves, les forçant
à irriguer les déserts. » Les deux facteurs
qui ont aggravé cet impact ancien sont : lexplosion démographique
et la puissance accrue des techniques.
Dans de nombreux
cas historiques, on a pu constater que lhomme a détruit
son habitat et les éléments nécessaires à
son existence, avant den ressentir les effets. En effet, à
la différence des animaux ( herbivores en surpâturage,
carnivores en surprédation) son intelligence et ses facultés
dadaptation lui permettent de dépasser les limites. Ce
déséquilibre homme / nature est apparu dès le passage
du chasseur au pasteur (qui crée des habitats ouverts et, a détruit
de nombreux espaces en Méditerranée, notamment en Palestine,
aussi par surpâturage) et surtout à lagriculteur.
Cf les contrexemples
déquilibres de peuples « primitifs » : aborigènes dAustralie, Pygmées dAfrique,
indiens dAmazonie...en parfaite harmonie et « équilibre
stable avec leur milieu ».
Le feu a été
la première uvre de destruction / modification des milieux,
au service de la culture itinérante et de la déforestation
(qui a atteint son apogée au Moyen-âge).
La révolution
industrielle et lexpansion des européens sur la planète
ont changé le rythme et léchelle des destructions,
particulièrement en Amérique, Afrique, Australie.
A partir du XVIIIème
siècle, le nombre despèces animales (mammifères,
oiseaux), qui disparaissent saccélère, mais ce nest
quune partie des destructions. « A part certains biotopes
de haute montagne, il nexiste pas en Europe occidentale ou moyenne
un seul pouce de terrain sur lequel linfluence de lhomme
ne se soit pas profondément fait sentir. »
En Amérique
du nord, en 200 ans, 170 millions dhectares de forêts ont
été détruits, et un nombre considérable
despèces ont été détruites, surtout
par chasse systématique, dès la fin du XIXème siècle
: « ce désir de détruire la vie sauvage, de léradiquer
volontairement na pas déquivalent en Europe. »
A cela sajoutent
les déséquilibres créés par limportation
despèces étrangères (rats, chiens, chèvres,
etc...) déstabilisant totalement des écosystèmes,
surtout insulaires ( cf Antilles, ...).
En Asie, cest
la démographie qui a été le facteur destructeur
majeur, avec la destruction des habitats, et le commerce despèces
( plumes, cornes, fourures, etc...).
En mer le phénomène
a été du même ordre.
Dans tous les cas,
on passe de (centaines) de millions dindividus à zéro
ou quelques unités isolées.
En résumé,
les principales causes de destruction sont :
- chasse, pèche,
avec un caractère systématique (peau, os, graisse, plume,
... voire collection ou simple sport) ;
- modification
des biotopes ( déforestation, assèchement, ...) ;
- introduction
despèces exogènes.
« Les
effets conjugués de ces facteurs ont littéralement ravagé
le monde entier ». Le pire a été atteint au
XIXème siècle « lépoque du grand
développement industriel », où « lhomme
sest littéralement jeté à lassault
du monde. » « Ainsi la Terre entière se trouvait
au pillage vers la fin du XIXème siècle. »
« Cest
alors que quelques hommes clairvoyants prirent conscience de la gravité
de la situation ».
Pionnier, G P March,
avec « Man and nature, or physical geography as modified by
human action », 1864 : « tous les concepts qui doivent
présider à la conservation de la nature sont exposés
dans cet ouvrage fondamental ».
Jusquà
cette époque, seuls quelques princes ou rois avaient préservé
des forêts pour la chasse ou le bois. En France, sous le second
empire, ce sont des peintres paysagistes qui incitèrent à
classer quelques « sites artistiques » dont la forêt
de Fontainebleau.
Aux Etats Unis,
une première réserve naturelle est créée
en 1864 (protection des Séquoïas) et, surtout, le premier
parc national (Yellowstone) en 1872, « as a public park of
pleasure ground for the benefit and the enjoyment of the people ».
Peu à peu, un concept de protection de la nature se répand,
avec des lois dans divers pays, « interdisant toute activité
humaine dans des portions de territoire. » En fait, cette
conception est trop figée au regard de la dynamique des équilibres
naturels. Il faut que lhomme intervienne et à bon escient.
Doù, les différentes catégories de protection
:
- réserves
naturelles intégrales : absence absolue dintervention
de lhomme, accès réservé et encadré
à des scientifiques ;
- parcs nationaux
: grande superficie, conciliation protection de la nature et éducation/
agrément du public, réglementation précise ;
- réserves
partielles : protection déléments du milieu, activités
humaines possibles(élevage, ...) dans leur respect ;
- réserves
spéciales : protection très partielle (cf réserves
de chasse, de pèche, ...).
Peu à peu,
les lois se sont étendues à la protection générale
de ressources naturelles (forêts, marais, ...). « Ces
règlementations peuvent paraitre compliquées. Mais cela
sexplique ... en fonction de la difficulté à concilier
protection de la nature ...avec les activités humaines dont on
ne peut, bien entendu, pas faire abstraction. Il convient de sadapter
aux conditions locales et de rendre cette règlementation aussi
souple que possible, de ne pas venir à lencontre des besoins
économiques justifiés de lhomme, et néanmoins
dassurer au mieux la conservation des habitats naturels et de
la faune et de la flore qui les peuplent. »
« LAmérique
du nord possède ... un des meilleurs systèmes de parcs
nationaux et réserves du monde entier » ( 30 Parcs
aux USA). De nombreuses initiatives privées complètent
ce dispositif ( « on ne soulignera jamais assez le rôle
des « amateurs » dans les mouvements de protection de la
nature »). Mais ce nest pas autant le cas au Mexique
et en Amérique du sud : « comme dans la plupart des
pays latins, ses habitants nont pas autant conscience de leurs
devoirs envers la nature que dans les pays anglo-saxons. »
En France, des
initiatives privées ont permis la création de réserves
au début du XXème siècle ( 1928, Camargue par la
SNPN, 1912, Sept Iles, par la LPO), mais il faut attendre 1960 pour
quune loi prévoie la création de Parcs nationaux.
En Europe, il y
a maintenant de nombreuses protections. On peut citer quelques cas exemplaires
en Afrique, les parcs « britanniques » étant ouverts
aux touristes. Idem en Asie ( surtout en Inde).
Ces actions ont
été confortées par une collaboration internationale
: par exemple, 1922, Londres, création du comité international
pour la protection des oiseaux et, 1948, Fontainebleau, fondation de
ce qui deviendra lUICN ( union pour la conservation de la nature
et de ses ressources), sous légide de lUNESCO.
Aujourdhui
Aldous Huxley : « les relations de lhomme moderne avec la planète
...ont été celles, non pas de partenaires vivant en symbiose,
mais du ténia et du chien quil infeste, du mildiou et de
la pomme de terre quil parasite. »
J Dorst reprend
: « Il faut maintenant se rendre à lévidence
: la simple mise en réserve de certaines parcelles ne suffira
pas à préserver la nature ... En raison de lunité
du monde, toute solution doit sappliquer à lensemble
de la planète, dont lhomme doit envisager laménagement
en fonction de son intérêt bien conçu. » «
Dune manière paradoxale ... le problème le plus
urgent ... est la protection de notre espèce contre elle-même
: pollutions de lair, de leau, des sols, appauvrissement
des sols, surexploitation des mers... et la sauvegarde de la nature
sera assurée en même temps, contrairement à ce que
pensent encore quelques « protecteurs » attardés
». « le feu est dans la maison toute entière...lembrasement
général exige des mesures densemble. »
Ce qui caractérise
le XXème siècle, cest lexplosion démographique
sans précédent, aux conséquences incalculables.
Celui qui le premier a vraiment théorisé sur le sujet
est Thomas R. Malthus : « lhomme accroît plus facilement
son espèce que la quantité daliments disponibles.
La courbe démographique ... suivrait une progression géométrique,
celle des subsistances une progression arithmétique. » En fait, les économistes resteront très partagés.
Mais un fait demeure « laccroissement actuel des populations humaines ...
met en jeu lexistence même de notre espèce ...dans
son contexte biologique ».
Etapes
:
- paléolithique,
chasseurs, cueilleurs : très faible densité ;
- antiquité
et moyen-âge, agriculture : premier fort accroissement ;
- XVIIIè/
XIXème, industrialisation et colonisation (surtout Amérique),
amélioration de la santé : accélération.
J Dorst prévoit
in fine une population de 6 à 7 milliards en 2000.
La faim est devenue
chronique dans le monde (sous ses deux aspects global / insuffisance
calorique, énergétique ; spécifique / carences,
malnutrition), même si elle est plutôt due à des
difficultés économiques et politiques, plus quà
une insuffisance de denrées, grâce à une remarquable
augmentation des rendements agricoles. Par ailleurs, « lexcès
de population peut avoir de profondes répercussions sur le comportement
humain : ... gigantisme des villes », temps de transport importants,
pollutions de lair, bruit, tension nerveuse, maladies mentales,
...
« Il faut
que lhomme prenne conscience de la gravité de sa propre
pullulation ».
Or, nous détruisons
les sols.
« Le capital
naturel le plus précieux est sans aucun doute constitué
par le sol. » Lhomme a engendré une érosion
accélérée, « impact le plus sérieux
et le plus lourd de conséquences de lhomme dans son environnement.
»
Dès les
années 1930, un scientifique américain (Bennett) estimait
quen 150 ans 120 millions dhectares avaient été
ruinés aux USA. La forêt et la prairie retiennent leau
(ruissellement, évaporation), limitant lérosion.
Le défrichement et la culture laissent le sol sans défense « on a calclué que le taux de ruissellement atteint
27% sur une terre cultivée en maïs, alors quil nest
que de 11% sur une prairie voisine ». Or le déboisement
a atteint un niveau catastrophique.
Autre fait aggravant
: le surpâturage (on lui attribue la dévastation des sols
du pourtour méditerranéen, par exemple de lEspagne,
et surtout des USA et en Afrique).
Le pire reste les
mauvaises pratiques agricoles : la monoculture élimine certains
éléments minéraux et organiques déterminés
et accélère les phénomènes dérosion
(cf cas extrêmes aux USA et en Afrique / café, hévéa,
coton, ...), élimination des « mauvaises herbes »
ou plantes de couverture, culture mécanisée (destruction
de la cohésion des sols accroissant lérosion, diminution
de la perméabilité, ... aux conséquences dautant
plus graves que les sols sont fragiles ; cas des sols tropicaux), ...
Les recherches
agronomiques permettent denvisager la reconquête des sols,
quitte à avoir recours à des méthodes traditionnelles
: culture en terrasses, labourage en sillons suivant les courbes de
niveau, apports en éléments minéraux et organiques,
assolement, culture en bandes alternantes, remise en herbage, paillage
(protection contre dessèchement et érosion éolienne)
et cultures de plantes de couverture, haies brise-vents, reforestation
(approche vers une équilibre agro-silvo-pastoral), ...
Les conséquences
sont importantes sur le régime des eaux : assèchement
(leau ruisselle et ne pénètre plus), modification
climatique, accroissement de la fréquence et de lamplitude
des inondations, accumulation accélérée de sédiments
(envasement destuaires, de ports, comblements de barrages, de
retenues deaux, et de canaux, étouffement de terres cultivables,
...).
J Dorst sarrête
sur lenjeu des zones humides (marais, deltas de fleuves, ...)
: richesses écologiques essentielles, mais aussi intérêts
économiques « régulateurs du débits des eaux
... ayant en quelque sorte un rôle déponge »,
permettant de limiter les inondations, pâturages riches, ressources
en bois et plantes, apports nutritifs à la conchyliculture et
à la pisciculture, milieux favorables à la reproduction
des poissons marins, chasse au gibier deau ou autres animaux,
tourisme, ...). Deux ennemis graves : lassèchement et les
barrages.
En résumé, « la superficie des sols cultivables se trouve donc réduite
dannée en année ... Lexistence même
de lhomme sur la Terre est en jeu. »
Certes la pédologie
se répand et les organismes de recherche se multiplient. Mais
la réponse passe par un aménagement rationnel des territoires
: « on saperçoit donc quun certain équilibre
entre la forêt, la prairie et le champ doit être maintenu
». Il cite le cas réussi de la Tennesse Valley aux
Etats Unis, aménagée depuis 1935 « grâce
à lapplication de principes dune logique élémentaire
: léquilibre entre les différentes productions naturelles
et lutilisation des terres en fonction de leur vocation propre
».
La culture industrielle
a aussi offert aux parasites des sources inégalées de
nourriture, doù leur énorme développement.
Aux substances minérales de lutte contre ces parasites, ont succédé,
depuis les années 1940, des substances chimiques organiques de
synthèse qui ont permis de réelles avancées (contrôle
de parasites, lutte contre les maladies comme la malaria), mais elles
ont « donné lieu à des abus déplorables
».
Les pesticides
sont des poisons violents, souvent non sélectifs, parfois toxiques
pour lhomme. Il cite Rachel Carson « Printemps silencieux
» (1963), en restant pondéré : « ce nest
que labus de ces produits quil faut proscrire, le principe
même de leur emploi raisonnable étant hors de cause. »
Il évoque la non sélectivité : on tue de nombreux
autres insectes que ceux combattus, dont les abeilles, mais aussi des
poissons, des crustacés, des oiseaux, notamment des rapaces,
des mammifères. En fait toute la chaîne alimentaire est
touchée. Les effets à retardement sont importants, par
la concentration due aux épandages successifs, par la disparition
de nourritures pour les prédateurs des espèces détruites,
donc de ces prédateurs ( y compris les « alliés
» de lhomme, prédateurs des insectes objet de la
lutte : on obtient alors leffet inverse !), par lapparition
de résistances (par sélection « naturelle »).
Tout ceci se retrouve
dans les herbicides.
J Dorst préconise
des alternatives dont la lutte biologique « on appelle lutte biologique
les méthodes qui consistent à détruire les insectes
ou les autres êtres vivants , par lutilisation rationnelle
de leurs ennemis naturels », la stérilisation de reproducteurs,
les insecticides « endothérapiques » ou systémiques
(absorbés par les plantes « mais il convient dêtre
prudent dans leur emploi »), le maintien de végétaux
refuges (haies, couverture du sol, ...).
« Aucun
produit ne devrait être employé à grande échelle
avant que des essais répétés naient été
faits dans les conditions demploi réel et que les conséquences
à brève et à longue échéance aient
été soigneusement analysées. »
Puis J Dorst aborde
le problème des déchets :
Lindustrie
a ajouté aux déchets organiques des produits plus résistants
(= hydrocarbures lourds, corps radioactifs, ...) avec une explosion
quantitative. « Or lattitude de lhomme vis à
vis des déchets est restée la même que jadis : il
se contente de les déverser dans la nature », qui ne
peut plus les dégrader assez vite.
- Pollutions de
eaux douces : par les villes (égouts), par les industries ;
conséquences (par eutrophisation, empoisonnement, ...) pour
la faune (disparition de poissons, doiseaux), les milieux et
lhomme (traitement systématique pour avoir de leau
potable).
- Pollution des
mers : devenus « dépotoirs », comme le montrent
les plages aux eaux polluées et couvertes de déchets,
ou la prolifération dalgues, avec conséquences
pour les poissons, ... Mais le pire, cest la pollution par hydrocarbures,
issus surtout des pétroliers, par vidanges régulières
de leurs cuves, avec des conséquences sur les oiseaux, mais
aussi les crustacés (avec risque de transmission à lhomme)
voire les poissons, sans parler des rivages. Ce nest quen
1954 quune convention internationale commencera à limiter
les déballastages, complétée en 1963 avec des
mesures dinterdiction dans de vastes zones. Ceci suppose léquipement
des ports en dispositifs « séparateurs » performants.
J Dorst appelle à une interdiction totale.
- Pollution de
latmosphère : « les industries rejettent ...
dans latmosphère une quantité insoupçonnée
de gaz et de déchets solides, sous forme de fines particules,
capables de rester en suspension et de passer dans les voies respiratoires
de lhomme et des animaux ... De telles situations ont des conséquences
graves pour la santé de lhomme ». J Dorst évoque
laccroissement des rejets de gaz carbonique qui « conduit
à un réchauffement de latmosphère et des
mers » et indique qu « il nest pas impossible
que lhomme ait accéléré le phénomène
du fait de ses industries ». Il évoque le monoxyde
de carbone rejeté par les véhicules.
- Pollution radioactive
: trois sources (explosions nucléaires / essais nucléaires
; accidents ; eaux de refroidissement des usines atomiques ; déchets
atomiques). J Dorst évoque la capacité de concentration
dans des chaînes alimentaires, les modifications génétiques,
... Il conclue : « renoncer à lénergie
nucléaire serait maintenant renoncer à la civilisation
actuelle. Ces bienfaits que nous pouvons en attendre valent la peine
de veiller soigneusement à ne pas empoisonner la nature dune
manière telle que les autres formes de pollutions paraitraient
des enfantillages ».
Lhomme a
aussi bouleversé les équilibres en introduisant volontairement
ou non des espèces dans des écosystèmes :
- Végétaux
: depuis longtemps des espèces étrangères ont
été implantées pour accroître des rendements
agricoles (maïs, plantes fourragères,...). Cest
aussi le cas pour les forêts (eucalyptus venus dAustralie
ou résineux). Il y a eu des cas de conséquences catastrophiques,
comme la jacinthe deau (venue dAmérique tropicale),
à croissance très rapide (dédoublement toutes
les deux semaines !), éliminant les plantes locales, obstruant
les cours deau, ...
- Poissons : J
Dorst cite le cas de la Carpe européenne qui, introduite aux
Etats Unis, y détruit les fonds (surpâturage) et élimine
dautres espèces, et celui de la Lamproie qui a éliminer
les truites des grands lacs. Inversement en Europe, avec le poisson-chat
ou la perche-soleil, ou lintroduction accidentelle dun
crabe chinois qui pullule, détruit les digues, éliminent
des plantes,...
- Insectes :les
transports (avions, bateaux) ont permis de très nombreuses
introductions involontaires. Certaines espèces en éliminent
alors totalement dautres implantées localement. En Europe,
exemple du Doryphore ( venu du Mexique, via les Etats Unis), passé
de plantes sauvages (où sont restés ses prédateurs)
à ma pomme de terre. « Lirruption [dune
nouvelle espèce] dans un milieu est presque toujours suivie
dune pullulation effrénée. » Des moustiques
porteurs de maladies tropicales (malaria, fièvre jaune,...)
se sont acclimatées sur dautres continents.
- Oiseaux : J
Dorst évoque lenvahissement des Etats Unis de 1910 à
1950 par létourneau.
- Le lapin : «
est un des fléaux de lhumanité à laquelle
il a coûté en définitive beaucoup plus cher quil
na rapporté ». Dans lantiquité,
originaire dEspagne, il se répand en Italie et Grèce,
puis au Moyen-âge, dans toute lEurope. Introduit au XIX
ème siècle en Australie, ses populations y explosent
et y sont devenu un terrible fléau. Idem en Nouvelle Zélande
puis en Amérique du sud. En Australie, il na pas de prédateur
: les lapins (plusieurs centaines de millions aujourdhui) ravagent
la végétation, faisant une terrible concurrence aux
moutons, provoquant lérosion puis la désertification,
et éliminant nombre de marsupiaux herbivores. Tous les efforts
délimination, forts chers, ont été vains,
sauf lintroduction de la myxomatose en 1950, qui fut radicale.
- Mammifères
: introduction très nombreuses. Mais des cas dexpansions
catastrophiques ; cf le rat musqué qui détruit les digues,
colmate les écoulements ; le ragondin ; lécureuil
gris (qui sest quasi totalement substitué à lécureuil
européen en Angleterre).
- La dévastation
de la Nlle Zélande : « constitue ... le meilleur exemple
de rupture déquilibre fragile dune faune insulaire
sous linfluence de compétiteurs et de prédateurs
étrangers ». A lorigine, faune et flore pauvres
et particulières (aucun mammifère, des oiseaux aptères
comme le kiwi, ...). Au XIXème siècle, introduction
de plus dune centaine despèces animales ( mouton,
cerf, merle, ...), aboutissant à des expansions spectaculaires
et donc, à de terribles destructions du couvert végétal
et à lélimination despèces locales.
Les mesures drastiques de lutte coûtent très cher ( en
1954, abattage de 500 000 cerfs, en 1945, prélèvement
dun million dopposums). Idem pour 600 espèces végétales.
En résumé, « lintroduction dun animal ou dun végétal
dans un milieu où il est étranger bouleverse léquilibre
entre les espèces autochtones et crée de nouvelles chaînes
alimentaires ... Les acclimatations sont ... suivies de réactions
en chaîne, dont lhomme ne peut prévoir ni le déroulement
ni les conséquences ».
Les mers qui sétendent
sur plus de 70% de la surface du globe, recèlent une biomasse
énorme. Mais « les ressources marines sont ... dores
et déjà exploitées dune manière trop
intensive... Il est sans aucun doute a priori impossible de penser quune
espèce marine puisse être exterminée ... sauf en
ce qui concerne les mammifères ... Le danger de la surexploitation
concerne bien plus la rentabilité commerciale des pêcheries
... », des individus natteignant plus la taille suffisante. « Le phénomène est particulièrement bien
étudié ».
Pour les poissons, « comme chez tous les animaux, une quantité identique
de nourriture assure en grande partie la croissance chez les jeunes,
alors que chez les individus âgés, elle sert presque uniquement
à leur maintien en vie, sans gain de poids appréciable.
Si les poissons âgés dominent, ils accaparent la nourriture
au détriment des plus jeunes, dont la croissance se trouve donc
ralentie et qui périssent en grand nombre. Un prélèvement
de sujets adultes augmente donc les chances de survie des individus
plus jeunes, parmi lesquels la croissance est plus rapide , ce qui a
pour effet daugmenter la biomasse totale ... Une exploitation
du stock de poissons par lhomme augmente la biomasse de lensemble
... tant que le prélèvement ne dépasse pas un certain
seuil ... au delà, lhomme élimine alors des tranches
de population dont les individus nont pas encore achevé
leur croissance. Cela aboutit à une diminution graduelle et accélérée
de la biomasse totale » Cest la surpêche. Paradoxalement,
un moindre effort de pèche permet une collecte supérieure. « La rentabilité de la pèche repose donc sur des
notions assez subtiles de dynamique des populations et de variations
de la biomasse de celles-ci. » Depuis la fin du XIXème
siècle, la demande croissante en poissons (démographie)
et lamélioration des techniques de pèche industrielle
(chalutage hauturier, sonar, congélation, ...)ont provoqué
de nombreux cas de surpêche.
Cas du flétan
dans le pacifique nord / surpêche constatée de 1915 à
1917 ; Canada et USA réglementent de plus en plus sévèrement
de 1923 à 1953 ; dès 1931, les prises ré augmentent
; en 30 ans accroissement de 150% ; « une commission internationale
veille à la conservation et en permet une utilisation rationnelle
».
Cas de la sardine
du Pacifique : en 40 ans, la surpèche sans limite a abouti à
larrêt total de son exploitation, avec désarmement
des bateaux et fermeture des usines au Canada et aux USA.
Idem pour le Merlu
( Colin). « Dans lensemble donc létat actuel
des populations est très alarmant »
Les mesures possibles
: réglementation du maillage des filets, limitation des périodes
douverture à la pèche, contingentement des prélèvements,...
en sappuyant sur une connaissance précise de lécologie
et de la dynamique des populations de poissons exploitées. Mais
il faut des accords internationaux pour la haute mer. Il existe diverses
conventions (mer du nord, Atlantique nord-est,...) , mais encore insuffisantes,
notamment dans leur application (quels moyens de répression ?).
Lautre piste, cest lélevage de poissons, mais « on en est encore au stade expérimental ».
J Dorst évoque
létat dramatique des cétacés, malgré
les multiples conventions internationales, et la création en
1946 dune commission baleinière permanente. Il évoque
les risques de la pèche sportive et de la chasse sous-marine,
sans réglementation. Face à la surpêche, J Dorst
a confiance dans la biomasse globale. Il conseille dexplorer dautres
zones, dexploiter dautres espèces, dont les mollusques
(« 90% de la biomasse des animaux marins sont constitués
par des invertébrés »), voire le plancton.
Conclusion générale
pour « essayer de tirer une doctrine, une philosophie de la
conservation de la nature et de ses ressources renouvelables, en rapport
avec le maintien dun équilibre entre lhumanité
et son milieu, et avec la satisfaction des besoins légitimes
de lhomme. »
« Bien
que toutes les métaphysiques et toutes les religions accordent
à lêtre humain une position centrale dans le monde
et que celle-ci ne puisse être mise ne doute, lhomme na
pas le droit moral dexterminer lensemble des êtres
vivants » et dailleurs « a-t-il intérêt
à le faire n ? » Par ailleurs, « la nature
ne sera en pratique jamais sauvée contre lhomme ».
« Le problème
est cependant dune autre essence dans les temps actuels car il
sagit maintenant de sauver lhomme contre lui-même
.... Il dépend et dépendra toujours des ressources naturelles
... Lhomme et tous les êtres vivants ... forment un tout
dont il faut se préoccuper en bloc ».
Les
grandes menaces :
- Lexplosion
démographique : J Dorst stigmatise la « surpopulation
actuelle ». La régulation par lémigration
est impossible, celle par laccroissement de la mortalité
inacceptable. Reste le contrôle des naissances ;
- Le gaspillage
des terres : il faut maintenir un certain équilibre entre
terres de cultures artificialisées et terres naturelles, et
mettre en culture en tenant compte de laptitude des sols.
Laménagement
rationnel :
« Il nest
sans doute pas encore trop tard pour que lhumanité prenne
conscience des dangers qui la menacent ».
« La première
et la plus impérieuse nécessité est de conserver
la souche de toutes les espèces vivant encore à lheure
actuelle et un échantillonnage complet de tous les habitats ».
Ensuite, on peut aménager en fonction de la vocation des sols
: des réserves naturelles intégrales ; des zones entièrement
vouées à lurbanisation, à lindustrie
et à lagriculture ; « une large gamme de milieux
».
Conservation intégrale
dhabitats sous contrôle public, où « la
nature y est donc abandonnée à elle-même »,
sur des zones de taille suffisante. Ces territoires sont des conservatoires
dhabitats, « une liste des milieux prioritaires doit
être établie afin de préserver les plus menacés
». « La création dun réseau de réserves
intégrales ... exige ... un plan densemble... »,
par exemple sous légide de lUICN. On pourra ainsi
sauver de nombreux êtres vivants (en particulier animaux de petites
tailles et végétaux, quon ne peut garder en zoos),
dont léventuelle utilité ne nous est pas encore
connue. J Dorst évoque lamélioration danimaux
domestiques ou plantes cultivées grâce à des hybridations
avec des espèces sauvages. Les réserves sont «
des réservoirs doù pourront sortir de nouveaux serviteurs
de lhomme, de nouvelles combinaisons génétiques
ou simplement des stocks de reproducteurs... » Elles sont
aussi des laboratoires de recherche : évolution des milieux,
adaptations dune faune, dun biome aux conditions dun
milieu, ...
- Gestion rationnelle
des terres de culture. Il faut conserver le « capital naturel
... le sol ».
- Aménagement
et gestion des zones marginales, terres impropres à la
culture. Maintenir un couvert végétal forestier empêchant
lérosion. J Dorst salue la clairvoyance de Colbert avec
son ordonnance du roi Louis XIV sur les eaux et forêts du 13
août 1699. Il évoque aussi la chasse « bien
comprise » : « les intérêts bien
compris des chasseurs sidentifient dans lensemble à
ceux des protecteurs, notamment en ce qui concerne la conservation
des habitats ... Il faut juger sans aucune sensiblerie la chasse et
la considérer comme une activité normale et comme lexploitation
légitime dun capital naturel ». J Dorst approfondit :
a- lutilisation
rationnelle des grands mammifères. « il est
dans certains cas plus rationnel dexploiter la faune sauvage
[qui utilise mieux la végétation] que de la remplacer
par des animaux domestiques. » J Dorst décrit
la nécessaire gestion (ou « aménagement »)
de la grande faune, dont le principe « consiste à
entretenir ... le plus grand nombre danimaux compatible
avec la capacité limite en assurant labattage annuel
dun nombre marginal dindividus » ( cf
éléphants, cerfs, bisons, antilopes, ...) . On en
tire une rentabilité économique certaine.
b- Lexploitation rationnelle des mammifères et
oiseaux marins. Dans le même ordre didée
J Dorst évoque « laménagement »
rationnel des otaries des iles Pribiloff aux USA, ou du guano
au Pérou.
c- Le tourisme de nature. Avec la montée de la civilisation
des loisirs, et les pollutions / nuisances urbaines, lhomme
est de plus en plus demandeur de nature, dactivités
de « plein air ». Et les déplacements
sont de plus en plus aisés. « Lutilisation
touristique des ressources naturelles, à condition quelle
soit bien comprise, permet de concilier ... la préservation
de la nature, la rentabilité économique ... et la
satisfaction de [ce] besoin grandissant. ... Car si lhomme
aime visiter les cathédrales et les palais bâtis
au temps passé, il aime aussi admirer les monuments naturels,
les paysages et les sites... » J Dorst cite les Parcs
nationaux américains ( avec routes, pistes, hôtels,... « un remarquable service dinformation »,
...), « une véritable industrie », assurant
une très bonne rentabilité économique, créant
des emplois, et sintégrant dans la mise en valeur
dun pays. Bien sûr, il faut « prévoir
des dispositions préservant la nature contre lérosion
humaine consécutive au flot des visiteurs ... une heureuse
réglementation adaptée aux conditions locales ».
Survie en captivité despèces menacées. « La survie dun certain nombre despèces
animales ne pourra être assurée quen captivité
». J D évoque le sauvetage du cheval de Przewalski,
du bison dEurope, de lOryx, ...mais aussi les conservatoires
botaniques. Mais attention aux zoos mercantiles qui entretiennent
des trafics despèces rares (cf Orang Outan), ou aux
oiseleurs. Il peut être aussi indispensable de transplanter
une espèce (Rhinocéros, ...).
Vers
une réconciliation de lhomme et de la nature :
« Les
grands problèmes de conservation de la nature tels quils
se posent à lheure actuelle sont en réalité
étroitement liés à ceux de la survie de lhomme
lui-même sur terre .... Le vieux contrat qui unissait le primitif
et son habitat a été brisé dune manière
unilatérale par lhomme .... Il convient ... de signer un
nouveau pacte avec la nature nous permettant de vivre en harmonie avec
elle .... La nature doit être sauvée parce que cela constitue
la seule chance de salut matériel pour lhumanité
.... Lhomme ... na pas le droit moral de mener une espèce
... à son extinction. Dabord parce quil nest
pas capable de la créer, mais seulement de la conserver. Ensuite
... Parce quun jour nous pourrions ... en tirer un profit actuellement
imprévisible. »
Alors, «
lhomme a le droit de tirer le meilleurs parti de la surface du
globe par exploitation intelligente, assurant la conservation du capital
... » Il faut en revenir à un aménagement du
territoire, sur la base de la vocation des sols, des climats, des impératifs
biologiques, interprétée par « un comité
des sages groupant les spécialistes ... économiste ...
sociologue ... biologiste .... Les vastes plans densemble où
lhomme se trouve intégré dans la nature relèvent
bien entendu de la responsabilité des collectivités...
»
« La nature
sauvage ne doit pas uniquement être préservée parce
quelle est la meilleure sauvegarde de lhumanité,
mais parce quelle est belle ...
... Nous navons
pas le droit dexterminer ce que nous navons pas créé
...
... La nature
sauvage ne sert à rien, disent les technocrates actuels ....
Mais le Parthénon ne sert à rien non plus ... Notre Dame
est complètement inutile .... Et pourtant lhomme, sil
sen donnait la peine pourrait refaire dix fois le Parthénon.
Mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon ...
...La nature
ne sera en définitive sauvée que par notre cur.
»
Auteur
: Notes de lecture par Gilles Pipien
Source : Biodiversité
2007