Au premier abord, nous pourrions dire de ce livre : « un de plus ». Sauf que dès les premières pages, nous comprenons que ce n’est pas un récit imaginaire excluant toutes réalités de terrain, ni le fantasme de quelques pseudos chercheurs, c’est du vécu très documenté. Ceux qui ont vécu tous ces mensonges et manipulations, comprendront mieux ce qui se passait dans leur dos. Parfois des actions insoupçonnées d’acteurs proches qui… ne disaient pas tout. Pour ceux qui découvrent, cherchent à savoir ou n’ont connu que les versions imaginaires (nous ne dirons pas mensongères mais pour certains ce serait un terme plus appropriés), ils découvriront comment ils ont été abusés et trompés par des personnes qui bénéficient d’une certaine aura ou d’une place dans l’administration à tous les niveaux, du plus petit au plus grand.
Dans un premier temps, l’auteur nous fait un historique de la « naissance du mouvement de conservation de l’ours dans les Pyrénées » en mettant en avant « les signes avant-coureur d’une bavure » dès 1975 avec la création du FIEP. Il explique cette « ruée vers l’ours » avec un « pilon médiatique » dès 1982 appuyé par des « communiqués de presse relatant un massacre d’ours qui aurait été perpétré en vallée d’Ossau le 10 janvier 1982 » ? Et d’autres communiqués incendiaires sur la base de rumeurs et de contradictions menant jusqu’à un dépôt de plainte. Puis c’est le plan ours avec sa « nasse à ministres », ses financements, ses petites mains, etc… pour arriver, après une étude de faisabilité en 1989, à la première introduction, non pas en Béarn mais en Haute-Garonne en 1996-1997.
Le rôle d’ARUS et de son financeur, une société commerciale de vente par correspondance, la Maison de Valérie, fut des plus ambigus. David Chétrit offre au lecteur des citations de documents officiels totalement inconnus des acteurs de terrains. Cela ne manque pas de piquant. D’autant qu’il est clair que tout devait se faire sans les acteurs locaux et en s’imposant. Le dialogue n’était pas à l’ordre du jour contrairement aux belles déclarations. Même les ministres devenaient des marionnettes. « Il faut des territoires protégés… 60 000 hectares » est-il précisé. Mais ceci « contre le souhait d’une immense majorité de français…. De 120 députés… de Président de la République… ». Mais nous connaissons la suite.
La suite est édifiante du comportement des associations environnementalistes telles que ARTUS (devenues FERUS), le FIEZP, la SEPANSO, etc…Ca fait parfois froid dans le dos. Et David Chétrit n’a pas tout mis, ni tout dit tellement l’affaire est monstrueuse. Il a su démonter le processus d’imposture écologiste avec ses mouvements associatifs et le rôle des plus négatifs d’un Gilbert Simon qui cumulait des fonctions associations en ayant un poste de haut fonctionnaire ce qui lui permettait de tirer toutes les ficelles. Il a montré les conséquences sur l’environnement et la vie des bergers du Val d’Aran. L’auteur a su faire le lien entre le problème ursin et celui de la N134 en vallée d’Aspe sans occulter l’IPHB instrumentalisé par les écologistes et l’implication, parfois étonnante, du Parc National des Pyrénées.
Il termine par une réflexion sur la démocratie, car c’est bien de cela dont il s’agit, et sur son évolution avec cette interrogation plus que jamais d’actualité : « Des ours en échange d’une autoroute. »
Louis Dollo, le 18 avril 2012