A la découverte des cabanes de bergers en vallée de Barèges

 

"La montagne recèle les traces du pastoralisme ancien pour qui sait les voir". Ces traces sont souvent des trésors du patrimoine pastoral de montagne, ce patrimoine oublié, oeuvre des ces femmes et ces hommes qui, avec leurs bêtes, ont fait les sentiers, les cabanes, les villages, les terrasses.... les paysages que nous connaissons et apprécions à l'occasion de nos sorties en montagne. Ces cabanes témoignent d'un passé pas si lointain qu'ont connu parents et grand parents souvent dans l'indifférence du randonneur qui ne voit qu'un tas de cailloux. La montagne pyrénéenne n'est pas sauvage, elle a été habitée, elle est toujours un lieu de vie et d'activités humaines souvent négligées.

A la découverte des cabanes de bergers en vallée de Barèges

Auteur : Céline Bonnal
Editeur : MonHélios

272 p. ; ill. en coul.
14 x 22 cm, cousu, broché.
ISBN 979-10-90065-31-4

Céline Bonnal est ce que nous appelons « une Toy ». D’une famille de berger, elle a vécu toute son enfance dans le pays de Barège autour de Luz-Saint-Sauveur. Jeune, elle accompagne ses oncles dans les estives. Elle n’a jamais cessé de parcourir ces montagnes qui l’ont vu grandir. Pour des raisons professionnelles, elle est aujourd’hui « expatriée » dans le Tarn où elle est, dans un collège, documentaliste à l'Education nationale. Mais dès qu’il y a des vacances, ce sont les montagnes du Pays Toy qui l’attirent. Des montagnes et des vallées qu'elle n'oublie pas... Nous pouvons aussi la retrouver dans la revue "En Baredyo" où elle écrit sous le nom de "Céline de l'Agnouède", là d'où elle vient et revient.

Note de l'éditeur :
Ce livre propose une itinérance à la fois historique et pédestre en vallée de Barèges dans les estives. Des cabanes les plus sommaires aux abris de fortune décrits dans les récits des Pyrénéistes qui en font des étapes incontournables dans leur ascension, Céline Bonnal est allée sur le terrain rechercher les traces de ce pastoralisme ancien.
Ceux qui le souhaiteront pourront la suivre en allant à leur tour à la découverte des bergers d'hier et rencontrer ceux d'aujourd'hui qui entretiennent chaque été la montagne avec leurs troupeaux.
En vallée de Barèges, les pierres parlent… et elles vous en disent beaucoup !

Notre avis :

Cet excellent ouvrage est un parfait complément pour le randonneur. Il permet de ne pas marcher « idiot » et de découvrir un patrimoine oublié qui sont aussi des noms de lieu ou de quartier.

Céline Bonnal recense près de deux cent cabanes ou abris sur le seul Pays Toy (Canton de Luz). Pour chacune d’entre elles il est donné quelques notes sur l’itinéraire d’accès facile à repérer sur une carte avec, ce qui est rare, une note historique. Contrairement à ce que certains pensent, toutes ces cabanes ont un propriétaire : la Commission de la Vallée du Barège. Ce que, bien souvent, le randonneur ne sait pas c’est que, depuis les environs de l’an 1000, c’est cette Commission (et avant elle très probablement une structure informelle) qui gère et entretien 24 377 Ha de terrains indivis avec, actuellement, 63km de clôtures, 54 cabanes, 77 parcs à bestiaux, 79 abreuvoirs à gérer et à entretenir (Discours du pdt R. Bayle 2012). Ces équipements actuels sont les héritiers d’un passé, d’un patrimoine, que Céline Bonnal nous fait découvrir.

Au-delà des seules structures matérielles très inconfortables et isolées, nous pouvons imaginer la vie pastorale il y a, ne serait-ce qu’un siècle. Le vacher / berger vivant de peu et travaillant durement toute la journée dans des conditions très difficiles à imaginer au 21ème siècle.

A partir de 1913, les couyelas (cabanes) les plus éloignés sont abandonnés au profit de pacages plus accessibles. La Grande Guerre acheva ce retrait et le processus d’ensauvagement débute avec une évolution des pratiques pastorales liées au manque de main d’œuvre, à l’arrivée des routes et des pistes, de l’automobile, de réglementations en tous genres et d’une pression sociétale allant vers une amélioration du confort de vie.

Les vestiges des cabanes, ce patrimoine pastoral qui a participé à faire les paysages que nous connaissons et apprécions peut enfin être connu et découvert par tous les randonneurs grâce à cet ouvrage particulièrement bien documenté. Une occasion, également, de voir que les Pyrénées ne sont pas et n’ont jamais été des montagnes sauvages mais des territoires habités où il existait une vie avec des activités humaines. C’est ce que l’on appelle « une montagne vivante ».

Un livre que tous les randonneurs devraient avoir pour parcourir le Pays Toy.

Autour de la cabane…. Ce qu'il faut savoir...

Dans un article paru dans le bulletin de la société Ramond de 1903 sous le titre « La vallée de Campbieil », Lucien Briet décrit la journée d’un berger / vacher à sa cabane. A cette époque, tout le monde avait quelques vaches, notamment pour le lait, et des moutons. Il écrit :

« Esclave méticuleux de sa besogne, le berger y vaque aussitôt le jour venu. Il commence par faire téter les veaux. Puis, il trait les génisses (…). Le bétail est ensuite chassé, vers les pentes où il doit paître, et le berger rentre au coueyla sans perdre une seconde, car il attend l’arrivée du gamin, qui, sur le coup de dix heures, apparaît avec un âne pour emporter au village le beurre et le lait de la veille. De vastes bidons de fer-blanc sont amarrés à cet effet avec des cordes sur le bat de l’animal. Tous deux déjeunent en tête à tête. (…) Une fois, l’enfant parti avec sa charge, diverses occupations conviennent et absorbent le berger. (…). Au crépuscule, les bêtes sont rassemblées et ramenées à la cabane. Le berger trait de nouveau, renferme ses élèves, et le lendemain recommence les mêmes opérations, pour continuer ainsi, sans qu’il ait le moindre changement dans sa vie monotone, du 15 mai au 15 octobre, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard, selon les écarts de saison. »

Et au sujet des repas dans des lieux isolés sans aucun moyens, il écrit :

« Cette pâte, granuleuse, toute gluante du beurre formé, leste solidement l’estomac. (…) Ils ont du lard pour la soupe, mais mangent très rarement de la viande ; quant à leur cave, le torrent est là. ».

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