LANGUES ET CULTURES IDENTITAIRES. -- René Ricarrère vient
de prendre la tête d'une commission nationale ad hoc au niveau
de l'Association des régions de France, que préside Alain
Rousset
« On atteindra
l'idéal, entrevoit René Ricarrère, le jour
où il ira de soi que les cultures patrimoniales [basque,
béarnaise, gasconne ou occitane pour ce qui nous concerne],
s'inscrivent dans toute politique territoriale, d'aménagement,
sociale, etc ». La tâche que l'ancien maire d'Orthez
(PS, Strauss-kahnien) poursuit depuis 1998 au niveau du Conseil régional,
en tant que délégué en charge des langues et cultures
régionales, vient de s'élargir à l'échelle
nationale, à la demande d'Alain Rousset, président de
l'Association des régions de France.
Depuis l'installation de cette commission, le 27 octobre dernier, à
Paris, René Ricarrère a déjà tissé
de nombreux contacts avec les élus et techniciens des régions
en pointe dans le domaine identitaire. C'est le cas au premier chef
de la Bretagne, avec son Office de la langue bretonne. L'Alsace, seule
région restée à droite en 2004, ainsi que le Languedoc-Roussillon
et Midi-Pyrénées, appartiennent aussi à «
ce peloton de tête très demandeur de politiques interregionales,
notamment sur la formation », observe M. Ricarrère.
Ce dernier mesure le chemin parcouru, depuis 1998, année de la
véritable officialisation de cette action au niveau aquitain
: « Il y a eu la prise de conscience des élus régionaux
qu'on devait défendre notre patrimoine humain et vivant. Auparavant,
il n'y avait pas véritablement d'élu en charge de cette
question-là ». René Ricarrère donne toutefois
acte à l'exécutif précédent, à la
fin du mandat de Jacques Valade (RPR), d'avoir réalisé
l'Etude socio-linguistique, véritable état des lieux des
pratiques des langues et cultures régionales.
Ses territoires fortement identitaires mettent naturellement le département
des Pyrénées-Atlantiques au premier plan de cette action
de longue haleine. Le Pays Basque a pris une longueur d'avance avec
son Conseil de développement et son GIP (Groupement d'intérêt
public). Mais justement parce que les sphères gasconnes et béarnaises
ne veulent plus être à la remorque des Basques, un programme
de développement de la langue et de la culture occitanes, Aqui'Oc,
a été lancé le 14 septembre dernier, à Bordeaux.
Il va bâtir en Aquitaine un schéma régional linguistique
s'appuyant sur les préconisations du Conseil économique
et social. Pas plus tard que mercredi 14 décembre, Serge Javaloyes,
écrivain et militant occitaniste palois bien connu, présentera
son rapport en séance plénière de ce même
CES.
Avec « l'Amassada » (pron. l'amassade), il a été
choisi un joli terme gascon au demeurant assez difficilement traduisible
pour désigner l'outil par lequel, dès la fin du premier
semestre 2006, s'élaboreront les projets. Trois domaines d'action
sont définis : l'éducation, les médias et les associations.
Le terme « Amassada » suggère bien la collégialité,
sinon l'unanimité dans laquelle oeuvreront élus, institutionnels,
associatifs et personnalités qualifiés. « L'idée
est de travailler avec le Conseil général et les intercommunalités.
Aujourd'hui, on se rend bien compte que s'il n'y a pas de sociabilisation
et de restitution de la langue, ça se passe mal auprès
des gens ».
Signalétique et Université populaire. Entre l'expérimentation
d'une signalétique bilingue sur un ou deux bassins ferroviaires
(la Région finance les Transports express régionaux) et
« l'Université populaire » (cours du soir pour jeunes
et adultes), mise en place dès la rentrée 2006, René
Ricarrère lève déjà le voile sur deux actions
qu'il compte mener à bien. Grâce à un budget d'intervention
qu'il annonce en progression de 10 % pour 2006, après une hausse
de 12 % en 2005.
Il ne se trouve plus aujourd'hui un élu dans quelque assemblée
que ce soit pour pester contre les « dangers de ghettoïsation
» des langues et cultures identitaires, voire pour invoquer systématiquement
de plus nobles priorités. Mais de là à dire que
René Ricarrère soit au bout de ses peines...
Auteur
: Thomas Longué
Source : Sud-Ouest
du 13 décembre 2005