Sandrine est pleine de bonne volonté pour défendre
l'association qui l'emploie mais elle manque manifestement de
connaissances et parfois de culture dans ce qui concerne l'ours.
Lacunes de jeunesse qui devraient se combler rapidement
.
Sandrine
: Les espèces sauvages existent depuis des dizaines
de millions d'années,
.. La version "moderne"
de l'ours n'est qu'une légère évolution
d'un ancêtre vieux de millions d'années
..
Louis
: C'est vrai. Et depuis que les agriculteurs existent-ils
combattent l'ours. Jamais ours et homme n'ont pu cohabiter. D'ailleurs,
l'ours brun était présent partout. Pourquoi s'obstiner
à vouloir à tout prix en remettre dans les Pyrénées
et pas ailleurs ? Voir
l'histoire de l'ours
S :
Les moutons animaux domestiques asiatiques ne sont là
que depuis 6000 ans... la montagne et la nature n'ont pas eu besoin
de l'homme pour façonner les espèces sauvages.
L : L'homme s'est sédentarisé. Il a évolué
depuis 6000 ans au cas où tu ne l'aurais pas remarqué.
Il ne vit plus de chasse et de cueillette. Il vit de culture et
d'élevage. A quel type de civilisation veux-tu revenir
?
Si l'homme était encore un chasseur, accepterais-tu qu'il
tue des ours pour se nourrir ?
C'est un choix de société et non un choix entre
homme ou ours ou bien entre ours et pastoralisme. Curieusement,
vous n'avez pas fait de sondage sur ce choix de société.
S :
Les "écolos", les protecteurs d'ours, ne disent
pas s'il faut des moutons, quelles races sont bonnes ou inutiles
ni comment les élever.
Ils ne sont pas très compétents et surtout pas légitimes.
L : Sur ce dernier point, nous sommes tout à fait d'accord.
Vous n'êtes pas légitime. Mais alors explique moi
pourquoi FERUS et autres associations environnementalistes explique
aux éleveurs des Alpes et des Pyrénées comment
ils doivent conduire leurs troupeaux et pourquoi ils préconisent
des règles de gardiennages c'est-à-dire des "
règles de bonne pratique " de l'élevage ovin
?
S :
De la même façon, les éleveurs n'ont pas
à dire ce qu'est la biodiversité, ni ce qui est
bon pour elle, ni ce que doit être la nature dans ce pays.
L : Et toi tu as à le dire ? Pourquoi les éleveurs
seraient plus idiots que toi et tous les militants écologistes
qui se répandent sur Internet ou sur les marchés
pyrénéens y compris jusqu'aux Pastoralies.
Je crois rêver en te lisant. Mais bon
. c'est une question
d'habitude depuis plus de 20 ans
Si je comprends bien, tu défends l'idée de l'existence
d'une élite, dont ne font pas partie les éleveurs,
et qui a le droit de décider à la place de tout
le monde. ca me fait penser à certaines idéologies....
S :
Ou alors ouvrons aussi le débat sur le pourquoi de
subventions massives à l'élevage, et à
quelles conditions, et là nous serons légitimes
en tant que contribuables.
L
: Là ce n'est vraiment pas un problème. Le
slogan de l'ASPAP, repris par les autres associations de l'ADDIP
c'est " Ni ours ni indemnisation, les Pyrénées
vivantes et tranquilles " Ceci est sur les banderoles.
Pour les autres aides à l'élevage et l'agriculture,
je crois que les céréaliers en touchent nettement
plus que les éleveurs de montagne et que la PAC est applicable
à l'ensemble de l'Europe. Je ne vois pas pourquoi les
éleveurs pyrénéens auraient plus honte
que les autres agriculteurs à dire qu'ils sont aidés
et subventionnés. Il faut quand même dire que contrairement
à l'éleveur du massif armoricain ou du Morvan
ses aides sont assorties de conditionnalités environnementales
beaucoup plus contraignantes en raison de l'ours.
Mais je crois que beaucoup d'agriculteurs aimeraient vivre de
leur travail plus que des subventions. Pour cela, il faut que
ce soit les mêmes règles du jeu partout et que
la société accepté de payer sa nourriture
deux fois plus cher.
Il est facile de critiquer les subventions mais il est moins
facile d'accepter de payer plus
.
S
: Si on veut, on peut demander au comité français
pour l'UICN, au CNPN, au Muséum et à l'Institut
français pour la biodiversité, et à deux
ou trois organismes internationaux -Conseil de l'Europe, UICN
monde, - si l'ours doit être ou non conservé dans
les Pyrénées et dans l'intérêt de la
biodiversité.
L : L'UICN a déjà
fourni la réponse : l'ours brun n'est pas une espèce
menacée et la population d'ours brun dans les Pyrénées
a déjà disparu. La même UICN comme la Convention
de Berne dit que pour faire une réintroduction
ou un renforcement notable il faut une acceptation sociale. Nous
sommes très loin du compte. Rien que pour ce dernier point,
les importations d'ours ne sont pas possibles sauf en l'imposant
par la force comme cela a été fait.
S :
Plutôt que de se lancer des citations à la tête,
il existe des aréopages de gens compétents en matière
de biodiversité.
L : Tu as raison. Tu as même toutes les références
dans le rapport
de l'ADDIP. Il faut le lire. Je te promets, il est excellent
!
S :
Si seules les espèces menacées de disparition
planétaire ont droit absolu de cité en France, nous
n'avons rien compris ...
L : Tu n'as effectivement rien, compris. Ce n'est pas moi
qui le dit mais l'UICN. L'ours brun n'est pas une espèce
menacée.
S :
Nous croyions que la loi (sur les espèces protégées),
les directives européennes (qui mentionnent des espèces
prioritaires mais exigent la conservation en bon état de
toutes) et le "Grenelle" (engagement politique, halte
à la perte de biodiversité) concernaient toutes
les espèces sauvages présentes en France....
L : La biodiversité c'est l'ensemble du vivant, espèces
sauvages ou non (donc aussi espèces d'élevage /
domestiques) et l'homme. C'est ce que reprend le Grenelle
de l'environnement. Qu'il y ait des lois et directives
pour les espèces sauvages est une chose. Qu'il existe d'autres
espèces à protéger en est une autre. Cela
aussi est expliqué avec des références sérieuses
dans le rapport de l'ADDIP. Mais il faut le lire avant de critiquer.
Je crois,
Sandrine, que tu ne connais pas ou mal la genèse des
introductions d'ours dans les Pyrénées avec toutes
ses magouilles, manipulations, tentatives de corruption, etc
Ce n'est pas seulement une affaire de " sauvetage de
l'ours brun dans les Pyrénées " mais,
à la base, c'est une affaire de gros sous et de financements
divers qui te dépasse largement. Il y a eu un excellent
ouvrage sur ce sujet qui a été entièrement
acheté à l'éditeur par une association
que tu connais bien afin qu'il ne soit jamais diffusé.
Il se trouve qu'il en existe quelques copies qui circulent.
Pour moi, l'affaire de l'ours dans les Pyrénées
n'a rien à voir avec l'écologie, la biodiversité.
Ce n'est même pas une affaire politique ou si peu. C'est
l'affaire d'une petite "mafia" qui disparaît
lentement avec le temps. Ils ont su en profiter. Certains ont
vécu avec. Je reprendrais simplement pour conclure les
paroles que le directeur d'une association m'a tenu au cours
d'un repas : " Si je n'avais pas l'ours, de quoi je
vivrais ? " Nous pouvons le comprendre. Il est d'ailleurs
très actif pour trouver des financements y compris en
Espagne.
A
côté des gens intéressés, il y a les
idéologues du " tout sauvage " auxquels
tu empruntes certains de tes propos. Ceux-là ont pour objectif
" la récupération des territoires pour les
gérer ", en fait ne rien y faire pour les laisser
à l'abandon et en faire de grands zoo. Vaste sujet sur
lequel nous reviendrons car très proche d'une idéologie
politiquement peu acceptable qui a laissé des trraces indélébile
dans l'histoire du monde.
Louis Dollo, le 10 août 2008