Lorsqu'il neigeait jadis à Foix, il neige aujourd'hui vers
Luzenac. Vers 1450, le poète François Villon s'interrogeait
sur les passés neigeux. Le grand Georges, Brassens, plus près
de nous, en faisait autant. Qui, autour de soi, n'a pas entendu ce refrain
: " De mon temps, il neigeait plus ".
Les moniteurs de ski d'hier en témoignent. L'un d'eux se souvient
être descendu toute une saison durant de Superbagnères
à Luchon à skis.
Mais la mémoire n'est pas la même pour tous : la neige
du skieur n'a pas le même poids que celle du berger, ni celle
de l'hydraulicien, moins sensible à la poésie mais plus
attentif à la production de kilowatts. Ni celle, enfin, que craignent
les automobilistes et ceux qui, engagés sur les autoroutes, sont
en perdition dès qu'il est tombé 2 cm
L'homme n'a pas vraiment la mémoire du climat.
Il est sensible à ses excès : les avalanches, les inondations,
le canicules, les tempêtes. Par contre, la nature enregistre les
variations. Les charbons de Carmaux indiquent les climats équatoriaux,
les pollens des tourbières sont également des marqueurs,
tout comme les cernes des arbres et les moraines (de Montgailhard par
exemple).
Mais la mémoire collective, bien que floue, est globalement valable.
Lorsque vers 1850-1900 il neigeait à Toulouse, aujourd'hui il
neige à Foix, voire à Tarascon.
Et lorsque jadis il neigeait à Foix, il neige aujourd'hui vers
Luzenac ou Ax. En cinquante ans, la température s'est accrue
d'un degré (source Météo France Saint-Girons) et
on estime que depuis 1850 (fin du petit âge glaciaire) la température
du Sud-Ouest s'est élevée d'environ 2°.
Rentrerions-nous dans " le grand âge tropical " ? Or
le gradient (diminution de la température avec l'altitude) est
en moyenne de -0,6° par 100 m. Donc, +2° donne une élévation
de 333 m.
Ce n'est qu'une moyenne, qui doit tenir compte des effets locaux très
importants : Aulus reçoit 1.650 mm de pluie par an ; Vicdessos,
à la même altitude, 1.100 mm.
Les archives ont bien conservé la mémoire terrifiante
des avalanches survenues entre 1800 et 1895 dans le Vicdessos, aux Bazerques,
Ax et surtout Orlu. Seize morts à Barèges.
Ainsi, le niveau des neiges a fortement remonté (de 300 à
400 m) ; globalement, les précipitations diminuent légèrement.
Le débit des rivières en témoigne.
En plus, en raison du réchauffement qui s'accélère,
la neige fond plus vite, ainsi que les glaciers. On peut penser que
dans cinquante ans ils auront disparu des Pyrénées.
Et dans les trente ans qui viennent, le stock de neige diminuera de
moitié. Avec ce que cela impose d'adaptation aux stations d'altitude
qui ont fait de la neige leur gagne-pain.
Auteur : M. S.
Sources des informations : Météo France, agence de l'eau
Adour-Garonne, travaux du glaciologue Pierre René, recherches
de Michel Sébastien.
Source : La
Dépêche du Midi du 29/10/2004