Le Conseil des Etats a adopté une motion Fournier qui pourrait contraindre le Conseil fédéral à dénoncer ses engagements internationaux. Une première!
Jamais encore le Parlement n'était allé aussi loin. Le Conseil des Etats a adopté mercredi par 18 voix contre 13 une motion du démocrate chrétien valaisan Jean-René Fournier qui somme le Conseil fédéral de dénoncer la Convention de Berne régissant la protection du loup au cas où il ne serait pas possible de l'amender. Le sénateur valaisan veut que la Suisse obtienne une réserve autorisant la chasse au loup dans un but préventif. Interview.
Le loup a-t-il perdu la partie?
Il faut encore que ma motion soit acceptée par le Conseil national, mais nous sommes sur le bon chemin. Ma motion fait planer une menace de retrait de la Convention de Berne. C'est la première fois qu'un des deux Conseils soutient une mesure aussi radicale.
Vous voulez supprimer toute protection du loup ?
Non, je veux réduire son niveau de protection pour que nous puissions réguler les populations. La compétence de régulation doit être attribuée aux cantons. Ils doivent pouvoir décider, en vertu de leurs besoins et de leur situation, du sort à réserver à cet animal. Si certains cantons désirent avoir le loup sur leur territoire et payer des dédommagements, libre à eux. Sinon, ils doivent pouvoir prendre les dispositions qui s'imposent.
C'est une solution fédéraliste, mais le loup ne tient compte ni des frontières cantonales ni des frontières nationales...
Effectivement, mais les autorités exercent leurs pouvoirs sur un territoire déterminé. Dans notre Etat fédéral, les populations et leurs autorités ont la possibilité de décider de leur destin.
Selon votre collègue genevois Robert Cramer, vous sortez la grosse artillerie pour tirer contre des moineaux...
C'est une question de principe. Il y a une vingtaine de loups en Suisse. Cela peut paraître peu par rapport aux centaines de sangliers que l'Etat de Genève élimine chaque année parce qu'ils causent trop de dégâts. En vertu du même principe, nous voulons avoir la liberté d'éliminer les loups qui provoquent des nuisances.
Et tant pis si la Suisse a signé une convention internationale qui fait du loup une espèce strictement protégée ?
Il faut savoir que cette convention a été signée en 1979, à une époque où le loup n'était pas présent en Suisse. Personne n'imaginait alors qu'il allait réapparaître sur notre territoire. Seuls les pays où le loup était déjà présent ont émis des réserves qui permettent de le chasser. Quand on signe une convention internationale dans une situation donnée, on doit pouvoir l'adapter quand la situation change. Je demande dès lors que nous ayons nous aussi la possibilité de chasser le loup.
Vous proposez de dénoncer la convention quitte à prévoir une nouvelle adhésion par la suite. Encore faut-il que nos partenaires l'acceptent ?
Bien sûr, mais je sais que le Conseil fédéral a déjà demandé au comité de la Convention de réduire le niveau de protection du loup. La réponse a été négative. Je pense que la pression du Parlement peut changer la donne.
Vous êtes accusé d'avoir autorisé indûment le tir d'un loup lorsque vous étiez conseiller d'Etat. Où en est la procédure ?
L'affaire porte sur l'interprétation d'une norme juridique. J'ai reçu une première invitation à comparaître. Elle a été annulée. J'attends la suite.
Auteur : Christiane Imsand
Source : Le Nouvelliste du 4 juin 2010