Tous les points remarquables des recommandations ont été
mis en caractère gras ci-dessus.
Nous pouvons constater
que cette recommandation a été établie à
une époque où les pays d'Europe centrale étaient
derrière le "rideau de fer". Il n'est donc question
que de l'Europe occidentale et non de l'Europe avec ses frontières
actuelles incluant des nouveaux pays disposant de nombreux ours. Par
ailleurs, il est question d'un patrimoine naturel européen qui,
en 1988, n'incluait pas la Slovénie, Croatie, Roumanie, Pologne
et Slovaquie en ne faisant ressortir que des populations résiduelles
d'Italie, des Pyrénées, des Cantabrique et de Grèce
(Macédoine). Il conviendrait, aujourd'hui, de revoir et reconsidérer
la dite recommandation au regard de l'évolution géopolitique
de conservation de l'espèce.
Les auteurs, manifestement
des fonctionnaires / bureaucrates et très probablement des associations
écologistes disent : "Estimant que les zones où
subsiste l'Ours brun ainsi que les zones qui pourraient être recolonisées
par cette espèce et supporter des populations stables..."
Ils estiment. Mais sur quelle base d'étude, de faisabilité,
de conditions de réalisation... Leur seule estimation sans concertation
des populations concernées suffit à donner une légitimité
au texte qui doit s'imposer au peuple essentiellement rural sans que
celui-ci ne soit consulté. Jean Lassalle a parlé de "viol".
Nous sommes bien dans ce cas de figure. Et en définitive, il
aurait été préférable d'éradiquer
l'ours pour avoir une certaine tranquillité dans les Pyrénées.
2. "....des
mesures de prévention dans les zones pertinentes, en les intégrant
si nécessaire aux réseaux de zones protégées
existants ;" Il est assez surprenant que l'Etat français
n'ait pris aucune mesure spécifique pour la protection de la
population résiduelle à cette époque (1988). Voir
l'évolution de la population d'ours. Mieux encore, le
point "3. d'évaluer l'impact pour les populations d'ours
des projets de travaux publics..." n'a jamais été
respecté par l'Etat puisqu'il a été implanté
ou agrandi des stations de ski, vu s'étendre des villages et
construire des tunnels de traversée des Pyrénées
(Somport et Aragnouet) sans parlers des projets abandonnés dont
on a vu les routes se construire (Soulcem vers Andorre). L'entrée
de l'Espagne dans l'Union Européenne, concernée par les
zones ours des Pyrénées, n'a pas empêché
la construction de stations de ski (pas moins de 5 dans la seule Aragon)
et de routes perturbantes pour l'ours.
5. "de
limiter, dans la mesure du possible, l'accès aux zones à
ours pour des activités de loisirs, et l'ouverture de nouveaux
chemins ...//....; d'envisager de fermer en permanence certains chemins...."
Ces mesures sont les prémices de la mort annoncée
des vallées pyrénéennes. C'est interdire toutes
activités économiques, toutes activités humaines
et surtout tout développement durable. C'est la mort de la ruralité
pour toute une région de France et une volonté affichée
d'une déportation des valléens vers les villes. C'est
d'ailleurs ce qui était préconisé dans un rapport
du CEMAGREF
datant de 1992 concernant la route de la vallée d'Aspe avec l'ouverture
du tunnel mais surtout
le rapport Ballon (CEMAGREF) qui est très clair sur les
intentions environnementalistes. C'est aussi le sens des propos tenus
par Gilbert Simon à Pierre Forgues, député des
Hautes-Pyrénées (Cf. "Génération
Démagogie" de Marianne Bernard - 1992). L'objectif
est bien de faire partir les pyrénéens de la montagne
afin de laisser un espace sauvage. C'est d'ailleurs précisé
dans le point 6 : "de favoriser dans la mesure du possible le
retour de la forêt à une situation aussi naturelle que
possible ; " ce qui équivaut à une volonté
d'ensauvagement des territoires au profit, non pas de la biodiversité
mais d'une seule espèce emblématique ayant une "valeur
symbolique, scientifique, éducative, culturelle, récréative,
esthétique et intrinsèque" comme précisé
dans le préambule de la recommandation. Lorsque nous voyons dans
quelles conditions Franska est morte, doit-on éliminer la circulation
dans toutes les vallées ?
Certes, on nous
parle de mesures compensatoires (point 8 et 10) pour "assurer
le développement socio-économique des populations rurales
dans des zones pertinentes." Mais c'est en fait un assistanat
et une dépendance à vie qui est proposé jusqu'à
ce que le milieu rural se vide de sa population. Dans ce même
esprit, le point 11 n'a jamais été mis en application
et aucun programme LIFE qui aborde ce sujet n'a été en
relation avec "les organisations agricoles" prévues
au point 12. Quant aux "campagnes de sensibilisation" (point
13) elles sont vécus au quotidien et deviennent des contraintes
lorsque vous avez un ours dans un village ou à proximité
d'une station touristique (recommandations de rester chez soi affichées
dans tous les lieux publics) qui ont pour effet de faire fuir les touristes
et par voie de conséquence annuler les éventuels et hypothétiques
projet de développement économiques qui n'ont jamais existé.
Pour ce qui est
du point 14 qui nous parle "d'encourager la recherche portant
sur tous les aspects de la biologie de l'Ours brun", c'est
une phrase qui fait rire lorsqu'on sait que les soi-disant spécialistes
ont été incapable de repérer "Papillon"
mort d'une over dose et d'évaluer correctement l'âge de
Franska (17 ans au lieu de 7 ans).
De ces observations nous pouvons dire que :
- les recommandations
ont besoin d'une sérieuse révision pour tenir compte
des réalités géopolitique d'aujourd'hui et du
milieu pyrénéen.
- la preuve est
faite dans toute l'Europe que selon certains milieux et certaines
formes d'élevage, la cohabitation est impossible. Elle est
par ailleurs culturellement non accepté depuis très
longtemps si non l'ours n'aurait jamais été chassé
et primé par l'Etat avant 1960.
- l'ours n'a plus
sa place dans les Pyrénées. Les modifications et évolutions
des activités humaines ne lui permettent plus d'y vivre sauf
si une option d'abandon de toutes activités humaines et de
déportation des populations des vallées est prise. Qui
prendra la responsabilité d'abandonner les options touristiques
actuelles ?
- l'abandon du
pastoralisme c'est l'abandon de la ruralité des villages c'est
à dire de leur charme et capital touristique. C'est aussi l'abandon
des territoires à l'ensauvagement et donc une perte de biodiversité
animale et végétale au profit d'une seule et unique
espèce animale.
- il n'est jamais
fait allusion, dans aucun texte, de la problématique humaine
et de l'impact psychologique vis à vis des populations des
territoires concernés.
- il n'est pas
tenu compte de la perte de biodiversité concernant les animaux
d'élevage pourtant défendue par la FAO et l'ONU
- les principes
de l'article 1 de la convention de Berne signé le 19 septembre
1979 n'ont jamais été tenus vis à vis de l'Espagne
ou, cette dernière, a toujours été mise devant
le fait accompli "[la convention] a pour objet d'assurer la
conservation de la flore et de la faune sauvages et de leurs habitats
naturels, notamment des espèces et des habitats dont la conservation
nécessite la coopération de plusieurs états,
et de promouvoir une telle coopération." La preuve
: l'espagne a poursuivi ses efforts des construction de routes
et de stations de ski sur toute la chaîne des Pyrénées
ainsi que l'aménagement de pôles touristiques à
l'entrée d'espaces protégés (notamment parcs
et réserves).
- toujours cette
même convention de Berne dit dans son article 1 : "Une
attention particulière est accordée aux espèces,
y compris les espèces migratrices, menacées d'extinction
et vulnérables." Qu'en est-il des races d'élevage
à petits et très petits effectifs ? Qu'est-il fait ?
Rien ! Pas plus qu'il n'a été fait pour le bouquetin
des Pyrénées totalement disparu.
- l'humain fait-il
parti du vivant et par voie de conséquence de la biodiversité
à défendre ?
Il y a des choix
à faire. Abandon des vallées et montagnes au profit
de l'ours ou milieu vivant avec ses habitants ?
Mais qui doit faire le choix ? Des fonctionnaires ? Des bureaucrates
? Des scientifiques ? Des citadins ? Ou bien ceux qui y vivent et font
la biodiversité des territoires depuis des millénaires
?
N'oublions jamais que l'humain y est présent depuis des millénaires,
qu'il a forgé les paysages dans toutes leurs diversités,
qu'il a contribué activement au développement de la diversité
biologique des territoires. Le faire partir, comme c'est le cas dans
d'autres régions comme les Monts Cantabrique, c'est créer
volontairement un désert biologique et faire disparaître
des milliers d'espèces animales et végétales.
"L'Ecologie
est une chose trop sérieuse pour qu'on la laisse entre les mains
des écolos."