M. Reynes, remettons les pendules à l'heure !
Les participants
au groupe 2 du Grenelle de l'Environnement à Auch, auraient eu
grand mal à échanger calmement lors de la réunion
pour cette raison simple : si le calme fut bien heureusement présent
( et pourquoi en aurait-il été autrement ?), il n'y eut
par contre jamais échange mais succession de monologues où,
à son tour, chacun intervenait sur ce qui l'intéressait,
souvent un problème ponctuel, important certes mais quand même
assez réducteur par rapport aux problèmes posés,
et, surtout, à la façon de les poser
Alors bien sûr, nul conflit apparent, ce qui, compte tenu du contexte
n'est quand même pas une nouvelle : qui, en effet, serait venu
affirmer que la biodiversité, " il s'en tape "
et qu'il faut tout saccager dans un forum ayant au contraire pour objet
: " préserver la biodiversité et les ressources
naturelles " ? Sur cet objectif, avant même le début,
il y avait consensus !
Mais un de ces consensus qui n'a strictement aucun sens, le contraire
même du consensus qui suppose débat, désaccord,
disputes parfois, pour en arriver à un terme commun dont, de
fait, la réalité se charge en général de
montrer qu'il était très artificiel : de retour dans la
vie réelle, ce réel justement vient souvent démonter
très vite l'artifice. Notre histoire diplomatique, même
récente, regorge de ces " consensus " coupe-gorge !
A Auch, il n'y eut même pas cela, des monologues redisons-le,
même lorsque ces monologues tentaient d'ouvrir le débat
sur les problèmes de fond (représentants des élus
locaux, élus de la profession agricole, moi-même pour l'ADDIP)
mais sans suite.
Organisée
dans l'urgence, et très bien (bravo et merci aux petites mains
invisibles qui ont beaucoup travaillé), l'assemblée certes
regroupa beaucoup de monde. Preuve s'il en était besoin que les
problèmes soulevés ne sont pas secondaires, et que les
citoyens, en France, ne sont pas encore tout à fait lobotomisés:
ils prennent la parole, veulent construire l'avenir.
Cela dit, la réunion
à laquelle nous avons participé ne ressemblait en rien
à un débat vous en conviendrez sans doute, ni même
à une discussion. Elle tenait un peu de la conversation dans
un salon de thé, avec deux différences : nous étions
un peu serrés dans la salle et le thé était rare.
Au nom de l'ADDIP,
je suis intervenu pour demander que la réunion ne se limitât
pas à l'exposé, intéressant là n'est pas
le problème, des points particuliers auxquels les uns et les
autres étions plus particulièrement attachés, mais
qu'elle fût aussi l'occasion de réfléchir ensemble
sur ce qui était le fond même du rapport du groupe 2 :
la notion de biodiversité, l'évolution qui, en une trentaine
d'années, a conduit d'une très vague politique dite
" de protection de la nature " limitée à
quelques Parcs Nationaux et espèces emblématiques (dont
l'ours), à l'analyse globale, systémique et sacrément
plus complexe que résume cette notion aujourd'hui.
Mon intervention fut brève, il ne pouvait en être autrement.
On me répondit que cela aussi devait être discuté.
J'attends toujours
Je n'allais pas
reprendre la parole ensuite, trop de personnes souhaitaient intervenir
elles-aussi (dont vous) et c'était tout à fait normal.
Les problèmes
de fond ne furent donc pas discutés. Ecrire ensuite, comme vous
le faites Monsieur, en caractères gras, qu'il y eut "
nouvelle étape vers le dialogue ", relève,
au choix, de l'incompréhension, de la naïveté, ou
de la posture style : voyez, nous sommes prêts au dialogue.
Nous aussi, mais figurez-vous pas particulièrement avec vous
qui, pardonnez-moi, ne représentez jamais que votre association
qui a tout à fait le droit d'exister mais, quand même,
ni plus ni moins qu'une association de pétanque, sport que je
pratique et respecte, mais structure peut-être insuffisante pour
dialoguer d'un problème qui engage l'Etat, l'Europe, les directives
mondiales suite à la Conférence de Rio, sans parler de
la très grande complexité des problèmes en question.
Je ne crois pas savoir que vous soyez mandaté par ces structures
politiques de décision pour engager quelque dialogue que ce soit
sur quoi que ce soit, et c'est à ce niveau que nous voulons discuter
et que nous le faisons.
Je ne crois pas non plus à lire vos écrits et ceux de
l'ADET autour de Nounours, à moins de subite conversion mais
Arbas n'est pas Lourdes, je ne crois pas non plus que votre association
sur la complexité ait à ce jour fait preuve d'une grande
pertinence, ni peut être connaissance. Votre fond de commerce
c'est l'ours. Soit. Mais le fond des problèmes, lui, n'est pas
de commerce. Sur ce fond, soyez rassuré, les compétences
sont nombreuses, nous avons matière à dialogue ailleurs.
L'ADDIP dialogue,
entend élargir ce dialogue, mais elle le fait sur les bases sérieuses
et fondamentales que j'ai rapidement résumées lors de
mon intervention et que je vais rappeler, mais d'abord d'où sort
cette ADDIP, Association pour le Développement Durable de l'Identité
Pyrénéenne ?
L'ADDIP est née
de la fédération de toutes les associations pyrénéennes
opposées aux importations d'ours et à l'ensauvagement
du massif. Prises par l'urgence des réponses à apporter,
sur les terrains concrets, aux problèmes que vos
importations génèrent, ces associations départementales
ont éprouvé le besoin de créer une structure moins
contrainte par ces obligations. En relais constant avec ces structures
départementales et leurs préoccupations, dans un dialogue
permanent avec elles, l'ADDIP se consacre surtout à l'analyse
des problèmes de fond sans pour autant être absente des
terrains concrets d'où chacun de nous tire sa légitimité
à parler au nom de l'ensemble ; ça fait beaucoup de monde.
Ces problèmes de fond sont l'avenir des Pyrénées,
les femmes et hommes qui s'y accrochent encore, le milieu et les formes
de biodiversité propres à ce massif qui doit rester à
visage humain et ouvert à tous, les évolutions économiques
souhaitables.
Sur le fond de
mon intervention à présent. J'ai rappelé quelques
petites choses qui, si vous les avez bien entendues, auraient dû
vous faire comprendre que si nous étions en recherche de dialogue
c'était avec des interlocuteurs à la fois compétents
et responsables quant à ces problèmes de fond. Ces petites
choses étaient les suivantes, vous pouvez les trouver plus en
détail dans le document que j'ai remis aux organisateurs de l'atelier
auquel nous participions.
- consensus scientifique
et politique sur le fait que réduire les problèmes à
des espèces emblématiques comme l'ours est une analyse
totalement dépassée des problèmes de biodiversité,
ce qui, dans le rapport du groupe 2 du Grenelle devient : "
La conservation de la biodiversité ne peut se réduire
à la protection des espèces sauvages dans des réserves
naturelles /
/. Ceci est d'autant plus vrai en France où
tous les paysages, réputés naturels ou non, sont le fruit
d'une coévolution du travail de la nature et de l'homme "
(Annexe 1, page 31). C'est d'ailleurs ce que dit la Stratégie
Nationale pour la Biodiversité adoptée par la France en
2004 : " la diversité du vivant reste une notion complexe,
souvent mal appréhendée, au-delà de l'attachement
à certaines espèces emblématiques (dauphin, baleine,
ours...). " (p.14).
- mise en évidence
du rôle essentiel des biodiversités agricoles et ordinaires,
elles d'autant plus menacées qu'elles ne sont ni médiatiques,
ni emblématiques : " Toute la biodiversité est
concernée par cet enjeu à commencer par la biodiversité
ordinaire, celle de tous les jours, celle qui n'est pas nécessairement
protégée ", page 16 du rapport ; la place et
le rôle majeurs de ces biodiversités sont aussi soulignés
dans le rapport du groupe 4 ;
- place unique
et essentielle des Pyrénées pour ces deux biodiversités,
avec notamment des races ovines et bovines à petit effectif,
que l'on ne trouve nulle part ailleurs sur terre alors que l'ours, comme
le loup, ne sont nullement espèces menacées aux niveaux
mondial ni européen ;
- rôle essentiel
du pâturage, notamment ovin, pour le maintien de la biodiversité
végétale en montagne (voir quelques références
dans mon intervention écrite, ce n'est que l'écume d'un
très vaste ensemble de travaux) ;
- nécessité de développer effectivement l'élevage
de ces races autochtones pour des productions économiquement
viables et soutenables, dans le respect des modes de surveillance en
montagne qui ont contribué à créer en même
temps ces races et le milieu montagnard qu'à la fois elles entretiennent
et utilisent pour se nourrir (je n'ai pu développer cet aspect
faute de temps, mais ai remis aux organisateurs un document sur ce problème
que vous pouvez lire à ce lien : Races
autochtones pyrénéennes et montagne : un exemple concret,
la Castillonnaise.
- enfin, reconnaissance dans le rapport du groupe 2 de la grande prudence
avec laquelle agir lorsqu'on prétend le faire sur " la nature
", même avec les meilleurs intentions du monde : "
La connaissance synthétique de l'état des écosystèmes
et de la biodiversité biologique /
/ est lacunaire, rendant
alors difficile l'identification des priorités pour l'action
", page 6.
Vous le voyez, il y avait là quelques problèmes de fond
quant à l'objet même de notre réunion. J'ai demandé
qu'il en soit débattu car comment prétendre traiter tel
ou tel problème ponctuel, et l'ours n'en est qu'un parmi d'autres,
sans avoir au moins fait le tour de cette connaissance lacunaire pour
éviter les erreurs dans l'identification des priorités
pour l'action . Je l'ai dit, j'attends toujours ce débat.
Mais, je le répète,
c'est avec des personnes et structures compétentes et responsables
que l'ADDIP débat et cherche à étendre le débat.
Avec aussi et d'abord l'ensemble de la population française à
qui de trop nombreuses associations, dont la vôtre, donnent des
problèmes en jeu une vision strictement militante, étriquée,
souvent très ignorante, et encore plus souvent pleine de mépris
pour celles et ceux qui ne partagent pas votre militantisme, un peu
obsessionnel, mais en subissent quotidiennement les conséquences.
J'allais oublier,
vous écrivez : " Il aurait été dommage
en effet (et totalement contre-productif) que cette réunion soit
un nouveau procès de "l'ours-émissaire" "
; là aussi, Monsieur, comme à propos de votre un peu pathétique
et/ou très calculée référence à "
nouvelle étape vers le dialogue ", il faut cesser de
confondre fantasme et réalité : cet émissaire ne
vit que dans votre tête et celle de M. Farid Benhamou qui, lui,
en fait son fond de commerce universitaire, à chacun sa petite
épicerie, faut bien gagner sa vie!
Les 5000 Pyrénéens qui défilèrent dans les
rues de Bagnères de Bigorre l'an dernier pour protester contre
les importations dont votre association était le supplétif,
eux ne se trompaient pas : le slogan le plus représenté
était " nous ne sommes pas la frontière sauvage
". Et si vous aviez été là, discuté
avec les uns et les autres qu'en général vous rencontriez
alors pour la première fois, vous auriez compris le message :
" La
Politique Agricole mise en place depuis des années, en nous
marginalisant, a bien montré comment nos façons de faire
ne correspondaient pas aux formes industrielles d'agriculture qu'alors
on considérait comme seules dignes d'intérêt.
C'est justement parce que nous étions différents que
nous n'existions plus sinon de façon marginale. Et ours et
loups étaient inclus dans cette politique : si nous n'étions
plus vraiment utiles pour produire du bétail, devenir "
montreurs d'ours ", nous l'avions effectivement déjà
fait ! Mais ni la même époque, ni le même contexte
quand même.
Vous semblez avoir
enfin compris que vos formes de production, efficaces et indispensables
c'est évident, posent aussi des problèmes, et qu'il ne
faut pas, comme disaient d'ailleurs NOS et VOS anciens,
mettre tous les ufs dans le même panier. Qu'il faut préserver,
maintenir, enrichir d'autres formes de production et d'utilisation humaine
des milieux. Elles sont une chance pour l'avenir comme le disent toutes
les directives que vous prenez en ces domaines.
Bien, voilà,
on est là, nous ne sommes pas "la frontière sauvage."
B.
Besche-Commenge ADDIP 24 octobre 2007
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