Une vague de 40 mètres de haut qui déferle dans la vallée
à la vitesse de 70 km/h, 50 millions de mètres cubes d'eau
emportant tout sur leur passage jusqu'à la mer
C'était
il y a presque 50 ans : la catastrophe de Fréjus, la rupture
du barrage de Malpasset (1) dans le Var, le
2 décembre 1959. 423 morts et disparus. « De tous les
ouvrages construits de main d'homme, les barrages sont les plus meurtriers
» avait déclaré l'ingénieur André
Coyne, son constructeur, décédé 6 mois plus tard.
Malpasset
le cauchemar que personne ne veut revivre.
D'où l'étroite
surveillance à laquelle sont soumis les barrages
a fortiori
dans la zone sismique des Hautes-Pyrénées où Cap
de Long stocke pratiquement 69 millions de mètres cubes, Miguelou
17,5 et où le Groupe d'Exploitation Hydraulique (GEH) d'EDF exploite
directement 12 ouvrages de montagne. « Dès que le Réseau
National de surveillance sismique (RENASS) nous alerte et nous transmet
l'épicentre, la profondeur et la magnitude du séisme,
nous calculons un rayon à partir de ces données et traçons
un cercle. Tous les barrages à l'intérieur de ce cercle
sont auscultés » explique alors Thierry Trémouille,
directeur du GEH. Immédiatement pour les plus gros, grâce
à des capteurs mesurant le déplacement normal du béton,
déplacement lié au niveau d'eau ou aux variations de températures
« pour s'assurer que c'est conforme aux normes prévues
pour le barrage en fonction de sa cote et des températures »
précise l'ingénieur. Mais également en envoyant
sur place des équipes pour une inspection visuelle.
« Cette opération
est faite régulièrement tous les 15 jours, mais elle est
aussi systématique après tout séisme supérieur
à 4 sur l'échelle de Richter » poursuit Thierry
Trémouille. Ce faisant, dès dimanche, les agents du GEH
étaient mobilisés sur le terrain pour inspecter Peyrouse
dans un premier temps puis Arcizan et Le Tech en val d'Azun, comme dans
la journée, les données affinées du RENASS permettaient
d'élargir le cercle initialement retenu jusqu'au Miguelou ou
au barrage d'Escoubous, visités hier. Balayage de l'ensemble
du parement, auscultation du pied des édifices au couronnement,
en aval et en amont : en tout, une douzaine de personnes a ainsi scruté
dans le détail les 8 barrages plus ou moins importants recensés
sur la zone du tremblement de terre enregistré ce dimanche à
3 h 57 et
« aucun impact n'a été identifié
» conclut Thierry Trémouille.
(1)
Malpasset n'était pas un barrage EDF. La catastrophe est arrivée
lors de la phase critique de première mise en eau.
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Phénomène
récurrent
La terre a également tremblé dans le département
le 3 mai, dans le secteur de Bagnères-de-Bigorre. Ce jour-là,
la secousse avait été de magnitude 4 sur l'échelle
de Richter. Si elle avait été ressentie à plusieurs
kilomètres, là encore, aucun dégât apparent
n'avait été à déplorer. Six mois plus tôt,
le 15 novembre 2007, un séisme de magnitude 4,3 s'était
déjà produit au sud-est de Lourdes. Le 17 novembre 2006,
dans la même zone, la terre avait davantage tremblé. La
secousse avait été de magnitude 5 et avait été
suivie de plusieurs répliques.
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Un
plan de prévention à Lourdes
Lourdes est la ville du département particulièrement exposée
au séisme.
En la matière,
elle est classée en zone 2, c'est-à-dire comme territoire
à risque. C'est pourquoi, en étroite collaboration avec
les services de l'État, comme la préfecture et le Bureau
de recherches géologiques et minières, mais aussi l'observatoire
des tremblements de terre de Toulouse, la municipalité conduit
depuis plusieurs années des études dont les conclusions
devraient, dans l'avenir, l'aider à faire face à un éventuel
épisode d'une grande violence.
« Ce travail
a été entrepris il y a près de trois ans, explique
Michel Azot, adjoint au maire en charge des questions de sécurité.
Il vise, tout d'abord, à connaître la nature du sous-sol
et, par conséquent, les zones les plus exposées. Il y
a dans la ville de nombreux endroits où le sous-sol est très
meuble, très limoneux, donc à même de créer
une forte résonance en cas de tremblement. Cette résonance,
nous le savons, amplifie les effets, les dégâts sur le
bâti et augmente le risque d'effondrement de maisons, de bâtiments
sur les gens. Les études que nous menons visent tout autant à
déterminer avec précision la vulnérabilité
de ce bâti ».
La finalité
de ces études « c'est aussi, poursuit Michel Azot,
d'identifier les endroits les plus sûrs, ceux qui pourront servir
d'abri à la population en cas de catastrophe et de déclenchement
du plan de secours dont nous travaillons également à l'élaboration
». Mais, malheureusement, on ne peut savoir à l'avance
quand se produira un tremblement de terre.
« Il faut
avoir conscience que l'on ne peut pas domestiquer cet aspect de la nature
», regrette l'élu.
Toujours en relation
avec les services de l'État, la ville devrait, dans les mois
ou années à venir, mettre sur pied un plan de prévention
visant à protéger la population.
« Il consistera
essentiellement à sensibiliser les gens au risque, à les
préparer, notamment dans les écoles, à y faire
face en appliquant certaines règles de sécurité.
Nous prévoyons d'ailleurs l'organisation d'exercice grandeur
nature ».
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Pluie
et glissement de terrain
Les importantes précipitations de ces dernières semaines
ne sont pas sans conséquences sur la pression infligée
aux parois des barrages (voir article ci-dessus). Elles détrempent
également les sols et sous-sols et peuvent donc provoquer des
glissements de terrain, notamment en montagne, comme cela s'est déjà
produit à plusieurs reprises dans le pays Toy.
Et comme les pluies
devraient se poursuivre dans les jours qui viennent (exception faite
de mercredi), les personnes en charge de la surveillance des retenues
d'eau et les agents de la Protection civile observent la plus grande
des vigilances.
Ces derniers sont
d'ailleurs informés, quasi quotidiennement, par Météo
France, des chutes d'eau à venir. « Nous leur adressons
des bulletins pour qu'ils puissent connaître précisément
la situation et les événements climatiques attendus »,
indique un prévisionniste de la station Météo France
d'Ossun.
Si Jean-Yves Lafplaces,
de l'Office de restauration de terrains en montagne, confirme que les
fortes pluies « sont à même d'engendrer des glissements
de terrain », il remarque que « les tremblements
de terre ne provoquent que rarement ce genre d'épisode ».
En cas de menace
de glissement, ces agents se rendent sur place pour prendre toute la
mesure du danger mais aussi et surtout sécuriser les zones concernées.
Soit ils déclenchent l'événement ; soit ils le
laissent se produire après avoir mis en place tout un dispositif
de sécurité.
Sans vouloir donner
dans le sensationnel, ce risque naturel n'est pas toujours prévisible,
et donc, difficilement gérable.
Les chutes de blocs
rocheux sont également monnaie courante en zone de montagne.
Si elles peuvent être la conséquence d'un tremblement de
terre, elles peuvent tout autant se produire spontanément ou
à cause des pluies torrentielles.
Auteur
: G.A. et J.A.
Source : La
Dépêche du Midi du 20 mai 2008