Près de 3 000 foyers d'Ille et Vilaine, de Mayenne et de la Manche
résidant près d'une ligne à très haute tension
(THT) font l'objet d'une enquête sanitaire sans précédent,
menée à l'initiative d'un collectif d'associations. Les
premiers résultats confirment chez ces riverains un nombre accru
de maux de tête, détats dépressifs et de leucémies.
« Il n'existe
en France aucune étude d'impact sur les conséquences sanitaires
de la présence d'une ligne haute ou très haute tension
», explique Jean-Charles Herriau, l'un des pilotes de la coordination
Stop THT. Elle regroupe une centaine d'associations de Mayenne, d'Ille-et-Vilaine
et de la Manche, opposées au projet de ligne THT liée
à la construction de la centrale nucléaire EPR à
Flamandville (Manche, annoncée pour 2012. « Les seuls
points abordés par EDF et RTE, gestionnaire du réseau
français de transport d'électricité, concernent
l'insertion paysagère et l'accompagnement financier du projet
d'installation », ajoute-t-il. Le collectif a donc décidé
de mener sa propre enquête « sur le vécu et le
ressenti des populations habitant sous des lignes THT ou susceptibles
d'y habiter demain ».
8000 dossiers,
300 enquêteurs, 160 communes
Associant élus
et syndicats agricoles, cette enquête, entamée mi-janvier
2008 et touchant environ 10 000 riverains, frappe par son ampleur et
son organisation. Elle s'appuie sur une armée de 300 bénévoles.
Tous signataires d'une charte de l'enquêteur et encadrés
par une équipe de 20 coordinateurs, suivis et formés par
le Criirem, le Centre de Recherche et d'Information sur les Rayonnements
Electromagnétiques, responsable de l'ensemble du protocole d'enquête
et du questionnaire administré. Anonyme, celui-ci porte sur l'habitation,
le lieu de travail, les modes de vie... Une fois rempli lors d'un entretien
individuel, ce questionnaire est mis sous pli, cacheté sous les
yeux de la personne interrogée, puis adressé aux scientifiques
du Criirem. L'association a reçu 8 000 courriers, répartis
en trois groupes.
L'enquête,
telle qu'elle a été conçue, compare en effet trois
zones distinctes. Des couloirs de 300 mètres de large, situés
de part et d'autre de deux lignes THT, près de Rennes. Et un
troisième fuseau, le long de l'arc Maine-Contentin, autour du
tracé envisagé pour la future ligne THT liée à
l'EPR. Cette population, non exposée, sert de groupe de contrôle
aux observations faites dans ceux déjà exposés.
Risque accru
de leucémies
Les conclusions
définitives sont attendues fin juin 2008, mais l'analyse préliminaire
de 350 dossiers dessine plusieurs tendances. « Des problèmes
de santé focalisés sur des troubles du sommeil, de la
mémoire, de laudition, mais aussi des maux de tête,
de lirritabilité et des états dépressifs
sont plus fréquents chez les riverains exposés que chez
les riverains non exposés et disparaissent de façon significative
lorsque les riverains quittent la zone affectée par la ligne
THT, » résume Pierre Le Ruz, du conseil scientifique
du Criirem. Des cancers du sein et des leucémies sont aussi détectés
en plus grand nombre.
Relevés
dès la fin des années 1970, les effets cancérigènes
des lignes électriques, THT incluses, ont suscité un net
regain d'attention en 2005, à l'occasion de la parution en Grande-Bretagne
du rapport Draper, une étude rétrospective portant sur
60 000 enfants dont la moitié atteints d'un cancer. «
Si l'on examine les tumeurs du cerveau et d'autres diagnostics, on constate
que le risque de leucémie infantile est 69 % plus élevé
que la moyenne pour les enfants habitant à moins de 200 mètres
d'une ligne THT, et 23 % plus élevé lorsque cette distance
se trouve comprise entre 200 et 600 mètres, » a expliqué
l'épidémiologiste Gerald Draper, de l'Université
d'Oxford.
Corridors préventifs
?
Au Royaume-Uni,
après une première proposition de loi demandant un moratoire
immédiat sur la construction de maisons et d'écoles à
proximité de lignes THT, le rapport SAGE a conclu en avril 2007
que « le lien entre la proximité de lignes électriques
et la leucémie infantile est suffisant pour adopter une recommandation
de précaution, y compris l'option, dans la mesure du possible,
d'enterrer toute nouvelle ligne électrique et d'empêcher
la construction de nouveaux bâtiments résidentiels à
moins de 60 m des lignes existantes. » Un avis que la Commission
d'enquête parlementaire a recommandé au gouvernement d'étendre
jusqu'à 200 mètres des lignes les plus puissantes.
Victime collatérale
de lignes THT : le marché de l'immobilier britannique, dont la
décôte des habitations exposées approche les 25
%. Mais à ce jour, le gouvernement Gordon Brown n'a pourtant
fixé aucune bande de sécurité minimum encadrant
les lignes THT. La France compte quand à elle plus de 13 000
km de lignes THT, contre 3 000 en Grande-Bretagne. Depuis 2004, un décret
fixe autour des lignes THT des servitudes allant de 10 à 40 m,
appliquées à la discrétion du préfet. Insuffisant,
revendique le collectif Stop-THT. « Nous souhaitons que les
élus concernés s'engagent à protéger leur
population, mais aussi faire évoluer les normes et obtenir des
distances de protection par rapport aux personnes et aux exploitations.
Trois députés sont déjà prêts à
porter les résultats à l'Assemblée nationale, »
affirme Jean-Charles Herriau. Affaire à suivre. Près de
200 000 personnes en France vivraient à moins de 100 mètres
dune ligne THT.
Auteur
: Maxence Layet
Source : Novethic.fr du 10/03/2008