Sur les 22 425 projets d'investissements locaux déjà retenus
par le gouvernement espagnol dans le cadre de son plan de relance, combien
concernent "la protection de l'environnement, la gestion des
déchets et les économies d'énergie" ?
Les chantiers sélectionnés pour leur impact écologique
restent marginaux dans l'enveloppe de 8 milliards d'euros mise à
la disposition des collectivités locales depuis le 28 novembre
2008. La touche verte n'est pas plus appuyée dans l'arsenal des
mesures nationales destinées à stimuler l'économie.
Vers le cap
de 4 millions de chômeurs
Récession L'Espagne a subi un repli de son PIB de 1 % au 4e trimestre
2008, après un premier recul de 0,2 % au trimestre précédent.
Sur l'année, sa croissance a été de 1,8 % contre
3,7 % en 2007.
Inflation
Elle a atteint en janvier son taux le plus bas depuis 1969, soit 0,8
%.
Production La production industrielle a connu en décembre 2008
une chute de 19,9 %, soit une baisse annuelle de 6,8 %. Les ventes de
voitures neuves se sont écroulées de 28 % l'an dernier,
et le stock de logements neufs invendus est proche d'un million.
Chômage Avec un taux de 13,9 % fin 2008, l'Espagne est le pays
européen le plus touché après avoir été
sous la barre des 8 % un an plus tôt. Pour 2009, les prévisions
oscillent entre 15,9 % et 18 %, soit au-delà des 4 millions de
chômeurs.
Certes, l'industrie
des énergies renouvelables fait partie des bénéficiaires
d'un fonds de 1,1 milliard d'euros consacré à la création
d'emplois dans les secteurs d'avenir. Mais cette aide compensera difficilement
la baisse des subventions au secteur de l'énergie solaire décidée
fin septembre. L'aide à la production d'électricité
par la technologie photovoltaïque doit passer progressivement de
45 centimes d'euro par kilowattheure à 30 environ. Pour la profession,
ce coup de frein aurait déjà coûté 10 000
emplois dans un secteur qui en avait créé 24 000 en quelques
mois.
La puissante
aide publique avait conduit à un boom inattendu de la filière.
Alors que le plan d'énergies renouvelables du gouvernement socialiste
de José Luis Zapatero prévoyait l'installation de 371
mégawatts entre 2005 et 2010, il s'en est installé 2 400
au cours de la seule année 2008, durant laquelle l'Espagne est
devenue le premier pays producteur au monde. Pour 2009, le ministère
de l'industrie a plafonné les autorisations d'installation à
500 mégawatts. Pour Aser Energia, qui regroupe les PME du secteur,
70 % des entreprises seront dans le rouge cette année.
Cette politique de fortes subventions, accordées d'abord à
l'énergie éolienne, puis surtout à la filière
photovoltaïque, a eu des effets pervers : un renchérissement
du prix de l'électricité, un coût pour le budget
de l'Etat chiffré à 18,5 milliards d'euros pour les 25
prochaines années, et enfin la création d'une bulle spéculative.
La Commission nationale de l'énergie a ouvert une enquête
visant plus de 4 000 installations (sur 29 000) pour des fraudes supposées
à la subvention publique.
Prêts
à taux zéro
Le seul chapitre clairement dédié au développement
durable concerne l'aide à l'automobile à travers le plan
VIVE (Vehiculo Innovador Vehiculo Electrico). D'un montant total de
800 millions d'euros, il offre des facilités de financement -
en particulier des prêts à taux zéro - pour les
particuliers qui troquent leur voiture de plus de 10 ans (ou 250 000
kilomètres) pour un véhicule neuf moins polluant. Mais,
surtout, il entend promouvoir l'innovation pour une automobile propre,
et plus particulièrement électrique, à fabriquer
en Espagne.
Le constructeur français Renault est le plus intéressé,
à travers un projet de minivoiture électrique, mais il
juge que l'effort n'est pas à la hauteur de la crise du secteur
automobile : "Le gouvernement veut résoudre les problèmes
avec des solutions à long terme, regrette Jean-Pierre Laurent,
le président de Renault Espagne. Or nous ne pouvons pas tout
baser sur la voiture électrique. Elle ne peut être qu'une
solution alternative à partir de 2011. Dans l'immédiat,
il faut sauver ce qui existe en relançant la demande."
Le secteur automobile, qui représente 10 % du produit intérieur
brut espagnol, est lourdement pénalisé par l'effondrement
du marché européen, et les 18 usines implantées
dans le pays tournent au ralenti.
Source
: Le Monde du 19 février 2009