C'est un méandre de l'Ebre envahi de grues et de tractopelles,
un immense chantier au nord-ouest de la ville. Saragosse prépare
dans ce site naturel l'exposition internationale 2008. Engagée
dans un processus de développement à grande vitesse depuis
l'implantation des usines Opel et de leurs sous-traitants en 1982, puis
l'arrivée du TGV en 2002, la capitale de l'Aragon s'installe
au cur de son fleuve pour s'adresser au monde.
L'État,
le gouvernement régional et la ville ont uni leurs efforts d'abord
pour obtenir, dans une compétition serrée entre trois
villes, l'Expo 2008 qui aura pour thème l'eau et le développement
durable ; ensuite pour organiser cette même expo tout en changeant
la ville.
L'ambition est
affichée : « Saragosse veut attirer 7,5 millions visiteurs
entre le 15 juin et le 15 septembre 2008, réunir toutes les sommités
internationales sur l'eau afin de préparer un grand plan mondial
de protection de la ressource », explique Javier Callizo,
ministre du tourisme du gouvernement de l'Aragon. Quelque 200 permanents
travaillent déjà à l'organisation et à la
promotion de l'événement qui doit fédérer
tout l'Aragon.
CHANGER LA VILLE
À mi-chemin entre Madrid et Barcelone sur la carte de la péninsule,
comparable à Toulouse par sa population et son économie,
Saragosse veut saisir l'occasion d'entrer dans la cour des grands d'Europe.
« En 1908, la ville a été transformée
par l'exposition hispano-française. Cent ans après, l'expo
doit nous permettre d'inventer une ville exemplaire et dynamique du
point de vue du développement durable » poursuit
Javier Callizo. Les investissements publics s'élèveront
au total à 1 600 M€. Des partenaires privés sponsorisent
aussi l'expo proprement dite à hauteur de 100 M€. Ces crédits
aideront les pays les plus pauvres d'Afrique subsaharienne et des Caraïbes
à installer leurs pavillons à côté de ceux
des 50 participants déjà inscrits.
Plus de 2000 appels
d'offres pour des travaux ont été passés. Au total,
4 000 contrats seront signés autour de l'expo. De l'architecture
des pavillons aux uniformes du personnel, tout est choisi par concours
selon des critères de transparence et de qualité préétablis.
80 % de ces investissements concernent des infrastructures qui resteront
: des routes, des hôtels, un Palais des Congrès, un aquarium
réunissant toutes les espèces d'eau douce, un site de
loisirs, des espaces naturels préservés
Le gouvernement
d'Aragon installera par la suite ses fonctionnaires dans un des pavillons.
La Tour des eaux( à droite), 73 m de haut en forme de gouttelette,
abritera des sièges d'entreprise. Le dernier équipement
sera le téléphérique qui reliera l'expo à
la gare blanche et ultramoderne de Delicias inaugurée en 2002
pour accueillir les TGV.
L'expo et la gare, deux vitrines pour une ville qui a réduit
de moitié son chômage en huit ans (6,4 %) et doublé
les effectifs de ses facs. En démontrant qu'entre Barcelone et
Madrid, une autre Espagne bouge aussi.
Auteur
: Pascal Jalabert
Source : La
Dépêche du Midi du 6 octobre 2006