Tous projets a ses défenseurs et ses opposants. Il en est ainsi
dans le Couserans comme ailleurs. Il y a aussi ceux qui y voient le
moyen d'en retirer des avantages. C'est le cas du maire de Saint-Girons
de l'époque, Bernard Gondran, qui était parti dans une
négociation assez surprenante : la THT contre le percement du
tunnel de Salau. Vieux
projet dont l'idée remonte à Napoléon III
et prévu par la commission mixte franco-espagnole de 1904 qui
n'a jamais été suivi d'effets. Par la suite, ce maire
a changé d'avis pour se positionner du côté des
opposants.
Il faudra attendre trois ans (1997 - 2000) et 28 000 signatures d'une
pétition pour qu'à l'initiative de Lionel Jospin Premier
Ministre et Dominique Voynet ministre de l'Environnement le projet soit
définitivement abandonné et se déplace vers la
Catalogne
avec la vague idée de lui faire prendre l'itinéraire du
TGV Perpignan - Barcelone mais sans le tunnel. C'était sans compter
sur l'opposition des catalans mais aussi les divergences entre EDF et
RTE
(Réseau de Transport d'Electricité) sur le lieu exact
de traversée.
Pour tout arranger, l'Union Européenne décide du principe
de "la sécurité de l'alimentation électrique
au niveau européen". Il faut donc passer d'une THT à
400 000 Volts à deux lignes THT 2 X 400.00 Volts. Non seulement
il faut la ligne en Catalogne mais une seconde dans les Pyrénées
Centrales... Et on revient tout naturellement dans le Couserans
en 2006.
Face à cette situation, Lucien Dupont, Président de l'Association
anti-THT du Couserans, réagit rapidement et rencontre
le nouveau responsable RTE (Réseau de Transport d'Electricité),
Yves Decoeur. Qui est chargé de mener à bien ce projet.
La rencontre a lieu le 8 décembre 2006 à Foix avec quelques
militants dont Mas Duquesne. Yves Decoeur n'est pas en position de force.
Il sort d'un remarquable échec concernant la THT au-dessus des
gorges du Verdon entre Boutre et Broc-Carron pour renforcer le réseau
Italien. Ce brave Decoeur a vu ses 5 années d'effort s'écrouler
par une simple décision du Conseil d'Etat suite à une
requête du Parc Naturel Régional du Verdon. Néanmoins,
les responsables de l'association ont la conviction que "De
toute évidence, il mettra tout en uvre pour aboutir rapidement
dans les Pyrénées"
Sans rentrer
dans la polémique " pro " et " anti "
nucléaire qui n'a pas lieu d'exister ici, nous noterons
que c'est la France qui a choisi en 1973-1974 l'option "
tout nucléaire " qui doit renforcer en bouclage
les réseaux des pays qui ont fait un choix différent.
Si la France n'avait pas fait ce choix, que se serait-il passé
?
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Pire encore. Cet
échec n'a pas mis à mal l'arrogance de ce fonctionnaire.
Ca bloque en Catalogne ! Qu'à cela ne tienne. Puisqu'il faut
deux lignes, on commencera par celle du Couserans. Il n'hésite
pas à dire "Je suis prêt à discuter, mais je
serai aussi très ferme. Il faut passer !" La discussion
sert à quoi ?
En avril 2007, Alain Juppé, nouveau ministre de l'Ecologie et
de l'Energie est saisi. C'est lui qui avait bloqué le projet
du Val Louron. Maintenant c'est à Jean-Louis Borloo que revient
la décision. Et entre temps il y a le projet de Parc
Naturel régional des Pyrénées ariégeoise
qui est en cours. Les mêmes motifs de décision que pour
le Verdon pourraient bien apparaître pour EDF. Les menaces de
ce fonctionnaire ne semblent pas très sérieuses. En tout
cas particulièrement déplacées.
Pour les militants
anti-THT, leur " opposition ne ressort pas d'une posture anti-nucléaire"
Pour eux, "L'adversaire n'est pas le procédé
de fabrication de l'électricité, mais son mode de production
centralisé. Le combat sera le même si un jour EDF propose
un parc d'éoliennes ou un barrage hydraulique capable de produire
quelques millions de Watts" Nous voyons donc que le combat
est purement environnemental dans le Couserans. C'est aussi un problème
de santé
publique. Ils s'appuient sur de nombreux rapports scientifiques,
"non seulement ces lignes, dont les pylônes porteurs peuvent
atteindre 80 mètres de haut vont défigurer les paysages,
mais encore et surtout elles sont extrêmement dangereuses pour
la santé, tant des hommes que des animaux, sauvages ou d'élevage"
La solution semble donc bien être l'enfouissement.
Le professeur Lambroso, du service d'études médicales
d'EDF reconnaît "la possibilité d'une fréquence
accrue de certains cancers chez l'enfant
"
"Ne parlons pas de l'économie touristique qui reste un
pôle de développement fort dans notre département
et dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle serait mise à
mal par ces balafres géantes que sont les lignes THT"
Les opposants contestent également l'utilité de cette
ligne "principalement en ces temps où l'on ne parle que
de Développement Durable, voire de décroissance".
Sujet philosophique et polémique souvent mal accepté ou
peu lisible. Et ils précisent que "d'autres solutions
existent, outre l'enfouissement, faisant appel, en plus des économies
d'énergie, à des sources d'énergie décentralisés
tels l'éolien, le solaire, ou l'hydroélectricité".
Mais ne nous voilons pas la face. Ces autres sources ont aussi leurs
détracteurs et leurs opposants et, de toute manière, ne
sont pas en mesure de drainer les mêmes quantités d'électricité.
Il faudra donc trouver d'autres arguments plus percutants, et ils existent,
pour convaincre.
L'incertitude de l'avenir existe toujours même si ce vieux démon
a tendance à s'éloigner avec l'avancée de la création
du PNR. Il restera peut-être à réinventer le passage
par la vallée de l'Ariège et le Vicdessos
pour parvenir en Catalogne car les espaces non protégés
se font de plus en plus rares sur la frontière franco-espagnole.
Le
10 septembre 2007
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