Cette vidéo donne la version des écologistes défenseurs
de l'ours. Mais quelle est la réalité ? Et dit-il
tout au sujet de ces introductions ?
Pas si sûr
!
François
Arcangéli prétend que ces introductions sont une réussite.
Ce n'est qu'une vision idéologique de la situation. Pourquoi
?
En 2000, le
rapport final LIFE, (Voir dossier
LIFE) système européen de financement
des 3 premières introductions, concluait à un fiasco.
Mais si des associations y croient
Le fait est que l'Union Européenne n'a pas renouvelé
son financement et les introductions de 2006 ont été
une affaire strictement franco-française.
Quant aux allusions au financement Life-Coex,
contrairement à ce qui est parfois dit ou suggéré,
il n'était pas destiné à financer des introductions
mais à "faciliter la mise en uvre des conditions
légales et socio-économiques nécessaires à
la conservations des grands carnivores dans les régions ciblées,
en diminuant les situations de conflit qui affecte la protection
de ces espèces". En guise de facilitation de l'acceptation
sociale de l'ours, les associations environnementalistes se sont
engagées dans de nombreuses séries de procédures
judiciaires à l'encontre de particuliers, organismes et même
l'Etat (plainte auprès de l'Union Européenne). Ce
programme de "réconciliation" qui s'est terminé
par un colloque à Luchon en 2007 est un échec. Les
oppositions aux introductions se sont renforcées et les positions
radicalisées au point de n'avoir pratiquement plus d'associations
et organismes d'acteurs locaux favorables à ce programme
de repeuplement des Pyrénées en ours. Il suffit de
voir la feuille de présence au Groupe
National Ours pour s'en convaincre. Pas besoin de sondages
à partir desquels on peut se rendre compte, d'ailleurs, que
l'hostilité des populations locales s'est renforcée.
Ce programme Life n'a pas été renouvelé pour
la France.
Que dire également
des diverses actions en justice des associations environnementalistes
qui ne sont sûrement pas de nature à favoriser les
relations entre opposants et défenseurs de l'ours.
Sur le plan
de la coexistence et de l'acceptation sociale, nous pouvons dire,
contrairement à François Arcangéli, sans aucun
risque de nous tromper que les introductions sont un fiasco.
François
Arcangéli nous parle de deux ours mâles autochtones,
de souche pyrénéenne, qui se trouveraient en Béarn
et auxquels il faudrait des femelles. La situation n'est pas tout
à fait celle-là. Il y a, à priori, 3 mâles
à l'ouest des Pyrénées. Deux en Navarre, de
souche pyrénéenne, sur territoire espagnol qui font,
de temps en temps quelques "raids" sur le Béarn
ou la haute Soule et un autre approximativement sur la commune de
Laruns (très étendue). Deux questions se posent alors
:
- Les espagnols
sont-ils d'accord pour accepter des femelles lâchées
en France ? Ce n'est pas évident à lire la
motion du Sénat espagnol.
- Arcangéli
ne dit pas combien d'ours il faudrait ni si les conditions sont
réunies pour accepter le nombre recommandé. Aujourd'hui,
contrairement à 1993, l'intérêt général
ne prime plus, il faut une acceptation sociale locale. Le chiffre
de 70 ours avancé par certains spécialistes dans
les années 90, au milieu d'une montagne habitée
tout l'été et humanisée, nous autorise à
nous interroger.
Mais pourquoi
introduire des ours en Béarn maintenant alors qu'il ne reste
que des mâles sur le déclin ?
Parce que des
engagements strictement français existent depuis plus de
15 ans et l'Etat n'en a tenu aucun sans que jamais les associations
écologistes n'aient protestées.
En annexe du " cahier des charges des aménagements
de la RN 134 (vallée d'Aspe) et des mesures de protection
de l'environnement nécessaires pour réduire au minimum
les atteintes à la flore, à la faune et pour favoriser
une bonne insertion dans le paysage " (1) datant du
15 février 1993, il y a en annexe, donc participant aux conditions
de l'aménagement, "
le rapport sur les conséquences sur les populations d'ours
bruns du réaménagement routier dans la vallée
d'Aspe, Pyrénées occidentales ", dont
le texte a été révisé le 10 février
1993, établi par Christopher Servheen, co-président
de l'UICN / SSC et Djuro Huber de l'université de Zagreb.
Ces rapports sont édifiants. Dans le premier, § 4-2
"L'absence d'un projet économique cohérent"
il est indiqué au sujet de la sauvegarde de l'ours : "Ce
projet aussi louable soit-il s'est développé en opposition
avec les populations locales, l'intérêt général
primant le particulier. Il est aujourd'hui un échec"
(2). Et il est précisé : "L'ours des
Pyrénées est condamné et les habitants de la
vallée [ndr : d'Aspe] ont été déconsidérés
aux yeux de l'opinion publique".
Dans le second
rapport produit en annexe, nous ne retiendrons que deux points pour
montrer que François Arcangéli ne dit pas tout pour
satisfaire ses fantasmes :
- Il nous
informe page 2 que " au cours des 50 dernières
années, les populations d'ours ont terriblement diminuées
: le chiffre est passé de 200 à moins de 10 individus.
Un taux de reproduction connu extrêmement bas
"Qui
a cherché les vraies raisons de cette disparition ? Personne
! Ce rapport n'en fait même pas état. S'il n'en reste
que 3 aujourd'hui, avant d'en introduire d'autres, il serait peut-être
judicieux de savoir pourquoi nous en sommes arrivés là
car il est plus que probable que les mêmes maux produisent
les mêmes effets et, quelque soit les introductions, à
terme, il n'y aura plus d'ours.
- Dans les
recommandations de réduction de l'influence humaine, page
8, il est dit " dans la mesure du possible, il serait
nécessaire d'abandonner les maisons isolées et autres
structures semblables (cabanes de bergers) et de les supprimer
des habitats de l'ours ". En clair, et c'est mentionné
par ailleurs, il faut réduire la taille des villages et
abandonner le pastoralisme au profit du seul ours. Il serait souhaitable
que Monsieur Arcangéli le dise ouvertement pour ne pas
tromper les interlocuteurs tout comme mentionner, dans le même
paragraphe l'interdiction de la chasse et
de la randonnée.
Dans les termes de ce document officiel, nous avons la confirmation
du propos évoqué par la journaliste Marianne Bernard
en 1992 dans son livre "Génération Démagogie"
par lesquels Gilbert Simon (3) alors qu'il était
Directeur de la Nature et des Paysages, avait proposé au
député des Hautes-Pyrénées, Pierre
Forgues, de mettre éleveurs et bergers dans la banlieue
des villes.
Pour la population
d'ours des Pyrénées centrales, François Arcangéli
oubli de préciser qu'il ne reste qu'un mâle en Ariège
Est et que, tous les autres, sont au Val d'Aran avec des incursions
régulières sur Melles, Saint-Lary, Sentein
.
Là aussi, avant d'introduire en France pour renforcer une
population qui se trouve, pour l'essentiel, en Espagne, a-t-on demandé
l'avis des espagnols ? Et puis, pourquoi sont-ils en Espagne ? Il
doit bien y avoir une raison. Est-ce que François Arcangéli
dit tout dans ce domaine ?
Il faudrait
cesser de rêver et revenir les pieds sur terre. Les écologistes
pro-ours de l'ADET, FIEP, FERUS, WWF
peuvent toujours parler. C'est leur droit. Mais ils ont aussi le
devoir de dire TOUTE la vérité, ne rien cacher comme
les rapports
du CEMAGREF de 1990 et 1992 sur la vallée d'Aspe
et jouer carte sur table avec tout le monde au lieu d'engager des
procès à tout va. Il ne faut pas oublier que ce ne
sont pas eux qui font les Pyrénées, qui y vivent et
y travaillent au quotidien, que les paysages ne se sont pas façonnés
grâce à eux pas plus que ne s'est développé
la biodiversité que nous connaissons et décrite et
inventoriée bien avant leur existence.
Monsieur Arcangéli
devrait s'inspirer du rapport Servheen dont il se sert souvent et
discrètement selon son intérêt, lorsque, dans
la conclusion il est écrit : " Il ne faut pas
demander aux populations SI l'ours doit être sauvé,
mais plutôt COMMENT appliquer les mesures de sauvegarde ".
En 1993, il s'agissait bien de SAUVEGARDE et non d'INTRODUCTION.
Aujourd'hui, tout a changé. Il est trop tard pour parler
de sauvegarde. Tirons le rideau et travaillons sur d'autres espèces
moins emblématiques mais tout aussi importantes qui pourraient
bien disparaître rapidement comme, il y a quelques années
le bouquetin des Pyrénées, tel que des races d'ovins,
de bovins et de caprins qui, elles, participent activement au maintien
et au développement de la biodiversité et font partie
de cette biodiversité.
Quand on pense
Pyrénées, on ne pense pas " Ours " mais
on pense montagne, ski, paysages, moutons
Louis
Dollo, le 29 décembre 2009
(1) La déviation de Bedous inaugurée
en août 2009 est issue de ce cahier des charges vieux de 16
ans. Sur l'ensemble de l'itinéraire de la vallée d'Aspe,
l'Etat n'a tenu aucun compte des préconisations du cahier
des charges notamment pour la protection de l'habitat des ours.
Aucune association environnementaliste ne proteste ou n'en fait
état. Et pour cause... Le malthusianisme forcené du
WWF pourrait ressortir.
(2)
Nous sommes en 1993 et c'est écrit dans un rapport établi
par le Ministère de l'Environnement et le Ministère
de l'équipement, du logement et des transports.
(3)
Aujourd'hui, Gilbert Simon, Inspecteur Général de
l'environnement, est vice-président de l'association FERUS
et du WWF - France et président du comité scientifique
du WWF - France