Emmanuel Macron et le WWF

 

 

Le WWF interroge les candidats à la présidentielle : épisode 1, Emmanuel Macron


Transition énergétique, pollution de l’air, OGM, nucléaire, disparition de la biodiversité, pesticides… A partir de ce mercredi, les candidats à la présidence de la République répondront aux questions de la communauté du WWF France sur leur programme en matière d’environnement, via un Facebook Live repris par Libération.

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Canfin (WWF) : «La question écologique doit modifier la recette du gâteau !»


L'ancien ministre, devenu directeur général de l'ONG environnementale, appelle les candidats à la présidentielle à s'engager davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Canfin (WWF) : «La question écologique doit modifier la recette du gâteau !»

Jeudi matin, 11 h 30, le WWF commence une série d’entretiens live avec les candidats à la présidentielle, quarante-cinq minutes sur les questions environnementales. Premier invité de ces «PandaLive» : Emmanuel Macron. Le suivant sera le candidat EE-LV, Yannick Jadot. Pascal Canfin, ex-ministre écolo du gouvernement Ayrault et désormais directeur général du WWF France explique la démarche de l’ONG.

Pourquoi avoir choisi le format du live sur Internet ?

Il y a aujourd’hui en France une majorité culturelle sur l’écologie. Selon une enquête réalisée pour nous par l’Ifop, 84% des Français sont préoccupés par les questions environnementales. On considère que ces sujets-là devraient occuper une part beaucoup plus importante de la campagne présidentielle. Certes, on en parle plus que lors des précédentes campagnes, mais ce n’est pas encore assez. On constate qu’il y a des émissions politiques où les journalistes peuvent poser des questions pendant une heure sans jamais parler du sujet.

Mais beaucoup plus de candidats, notamment à gauche, mettent aujourd’hui l’écologie au cœur de leur projet, non ?

C’est vrai. Notre objectif est que les candidats se positionnent clairement sur un nouveau modèle de développement. Nous poussons une maturation culturelle sur ces sujets, à gauche comme à droite, pour faire évoluer notre modèle productif en y intégrant l’impératif écologique. Il n’y a pas une seule façon de le faire. Comme il n’y a pas une seule façon d’aborder la question sociale ou financière. L’enjeu est que la question écologique ne soit plus la cerise sur le gâteau mais modifie la recette du gâteau ! Ne pas le faire après le succès de la COP21 à Paris, c’est passer à côté du sens de l’Histoire.

Et quel est l’objectif du WWF ?

Un engagement des candidats sur des propositions ? Notre rôle n’est pas de prendre parti pour tel ou tel candidat mais de les interpeller. Nous voulons faire émerger des propositions ambitieuses, obtenir de leur part les engagements les plus concrets possibles et qu’ils clarifient leurs positions sur différents thèmes. Par exemple on sait qu’Emmanuel Macron est favorable à la fermeture de Fessenheim et aussi favorable à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Mais il y a encore beaucoup de sujets sur lesquels il ne s’est pas exprimé. Nous souhaitons mettre en débat dix propositions, parmi lesquelles l’exigence de voter des projets de loi de finances compatibles avec l’accord de Paris, l’arrêt de Notre-Dame-des-Landes que nous considérons comme un projet du passé, ou encore la refonte d’un nouveau pacte agricole entre les agriculteurs et la société. Notre modèle en la matière ne fonctionne plus : que ce soit en terme sanitaire, écologique ou économique.

Auteur : Lilian Alemagna
Source : Libération du 8 février 2017

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Présidentielle: Macron passe son grand oral écologique


Le candidat à la présidentielle était invité par le WWF France à dévoiler ses engagements en matière environnementale. L'occasion pour Emmanuel Macron de clarifier ses positions sur la transition énergétique, le diesel ou encore l'aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Le vote écologique a beau être marginal, il comptera lors du premier tour de la présidentielle. D'autant que les poursuivants directs de Marine Le Pen se tiennent dans un mouchoir. C'est dire si le grand oral d'Emmanuel Macron, jeudi 9 février, face à la communauté de WWF France, l'organisation mondiale de protection de la nature, avait son importance. Pour connaître son programme, les militants pouvaient envoyer leurs questions en amont à l'adresse pandalive@wwf.fr ou en direct sur la page Facebook et le compte Twitter du WWF. Les deux sites rediffusaient, par ailleurs, l'interview. Tous les candidats y passeront. Le prochain, déjà programmé, sera l'écolo Yannick Jadot, le 22 février.

Une enveloppe de 5 milliards d'euros pour la transition énergétique

Pour parler d’écologie, l’électron libre de la course à la présidentielle peut compter sur la présence de Corinne Lepage à ses côtés. L’ancienne ministre de l’Environnement du gouvernement Juppé, entre 1995 et 1997, a rejoint les rangs d’En Marche!. Elle connaît bien Pascal Canfin, le directeur général de WWF France, pour avoir mené plusieurs combats avec lui, notamment sur les énergies renouvelables. Pourtant, la visite d’Emmanuel Macron chez les pandas – le logo du WWF – n’avait rien d’une partie de campagne. Sur Facebook live, les commentaires étaient souvent désobligeants, voire insultants, bien au-delà des reproches sur son passé de banquier.

Pendant une heure, l’ancien ministre de l’Economie a tenté de dessiner le cadre de son action, notamment en matière d’environnement. "Je ne me suis pas beaucoup exprimé sur ces sujets pour le moment, a-t-il reconnu. Avant d’ajouter: on ne peut pas consommer, vivre, produire sans avoir cette réalité en tête, nous sommes en train de surconsommer la planète et donc de la détruire".

Fidèle à sa réputation, le candidat a été plus volontiers pédagogue que doctrinaire sur l’environnement. Certes, il souhaite garder le cadre de la loi sur la transition énergétique, qui doit conduire à faire tomber à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique à horizon 2025. Pour cela, le candidat va mobiliser 5 milliards d’euros dans le cadre des investissements d’avenir. De même, il souhaite simplifier les procédures et réduire les délais pour favoriser le développement des énergies renouvelables. Et, dans le cadre de la rénovation thermique des bâtiments, les subventions publiques seront augmentées. De même, l’aide aux exploitations agricoles, pour participer à cette transition, sera portée à 200 millions d’euros.

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Un ministre d'Etat pour la transition énergétique

Quant au dossier Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron livre son vade-mecum: "Je respecterai le vote des citoyens au référendum. J’examinerai une dernière fois le projet alternatif de l’aéroport Nantes-Atlantique avant de prendre une décision finale", dit-il, selon une dialectique chère aux élèves de Sciences Po, thèse-antithèse-synthèse. Même s’il lui arrive de se mouiller. "Moi, j’aime bien la viande et je continuerai à en manger", répond-il à Pascal Canfin, ce qui lui vaut des commentaires outragés en ligne sur le bien-être animal. Quand, tout à coup, il livre la première esquisse de ce que pourrait être un gouvernement sous sa présidence. Trois grands ministères, "très forts et transversaux", seront constitués. Le premier autour de l’égalité homme-femme et la diversité, le second sur la transition énergétique, le troisième consacré à la question numérique. La croissance et l'écologie ne sont pas incompatibles dans le projet Macron.

Source : Challenages du 2 février 2017

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Macron et l'écologie : des belles paroles, quelques promesses et des incohérences


Invité ce jeudi par l'ONG WWF France à détailler son programme écologique, le candidat à la présidentielle s'est notamment engagé à «sortir des énergies fossiles» ou à augmenter la part du bio dans les cantines. Non sans quelques ambiguïtés et incohérences.

Quelques annonces, pas mal de belles paroles, de flou et d’ambiguïtés. Voici ce qui ressort des propos tenus par Emmanuel Macron jeudi lors du premier «PandaLive» organisé par l’ONG WWF France pour questionner les candidats à la présidentielle sur le volet environnemental de leur programme.

Au début de la petite heure retransmise en direct sur Facebook et reprise par Libération, Pascal Canfin, ancien ministre (EELV) délégué au Développement de Hollande devenu directeur général de l’ONG, lui a demandé de réagir à deux chiffres glaçants : 58% des espèces sauvages ont disparu en 40 ans, et il faut aujourd’hui 1,6 planète pour satisfaire les besoins de l’humanité. «Nous sommes en train de surconsommer et de fragiliser notre planète, de détruire ce qui est notre commun», a admis Macron, évoquant l’impact sur les générations futures et les inégalités. Et de lancer : «Etre écologiste aujourd’hui, c’est se préoccuper de l’humanité». Avant de parler de «croissance sélective» et du «besoin d’investir dans un nouveau modèle de croissance, dans une autre agriculture et dans les énergies renouvelables».

«Sortie des énergies fossiles» et «mines responsables»

Concrètement, il a d’abord loué la «formidable réussite» de l’accord de Paris sur le climat scellé en décembre 2015 et promis d’en tenir les engagements, d’avancer «vers des mesures contraignantes». Pour la France, il s'agirait d’être «cohérents» en ayant une «vraie stratégie sur la sortie des énergies fossiles». A ce titre, première annonce : la fermeture en cinq ans de «toutes les centrales à charbon qui existent encore dans notre pays» -elles sont quatre-, avec «des mesures d’accompagnement» pour l’emploi local. Rien de bien nouveau, puisque Hollande l'avait déjà promis, avant de reculer. Et pas un mot sur les centrales à charbon que possèdent EDF et Engie à l’étranger.

Emmanuel Macron s’est aussi engagé à «ne plus donner de nouveau permis d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures», notamment pour ce qui concerne les gaz et pétrole de schiste. Et y compris au large de la Guyane, où le candidat s’engage à ce que la région reçoive «une compensation» en contrepartie du manque à gagner financier.

En revanche, s’il promet de lutter contre l’orpaillage illégal qui ravage ce territoire à la biodiversité riche et unique, il croit fermement aux «mines responsables» en Guyane. Des «mines responsables», vraiment ? Drôle d’oxymore. Le concept, lancé en avril 2015 par le ministère de l’Economie, lorsque Macron était à sa tête, vise à accompagner «la reprise de l’activité minière en métropole». Il est vivement critiqué par les ONG. Les Amis de la Terre, par exemple, ont refusé à l’époque de participer au comité de pilotage ad hoc et écrit une lettre à Emmanuel Macron s'opposant à sa vision productiviste et extractiviste et mettant en avant au contraire «trois priorités : la remédiation des sites miniers contaminés, la réduction de notre consommation de métaux, le développement du recyclage des métaux».

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Bio dans les cantines et fiscalité diesel

Sur le volet agricole, «5 milliards d’euros d’investissements» seraient consacrés sur le quinquennat à «l’accompagnement des transitions agricoles» («montée en gamme», «circuits courts», «bien-être animal»). Le candidat s’engage aussi à maintenir l’engagement actuel d’interdire les pesticides néonicotinoïdes en 2020. Mais pas plus tôt, alors que l'urgence est là, puisque ces pesticides sont particulièrement toxiques, notamment pour les abeilles.

Plus ambitieuse, a priori, est la promesse de faire en sorte que d’ici 2022, il y ait dans la restauration collective (scolaire, hospitalière…) 50% de produits issus de l’agriculture biologique, des circuits courts ou «écologiques, qui répondraient à des labels ou des certifications». Mais ce dernier point étonne -comme si le bio n'était pas déjà écologique...- et entretient une grosse part de flou. Macron s’engage par ailleurs à ce que d’ici 2025, il soit interdit aux grandes surfaces de vendre des œufs issus d’élevages en batterie, lesquels pourraient continuer à vendre leur production à l’industrie agroalimentaire.

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Auteur : Coralie Schaub
Source : Libération du 9 février 2017

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