L'Inra mène une expérimentation pour essayer de réduire
les émissions de méthane des bovins.
La contribution
des pets de vache, composés de méthane (CH4), au changement
climatique a fait couler beaucoup d'encre. En réalité,
ce sont les rots qui comptent pour 95% des émissions des vaches,
les pets, ne représentant que 5%. Si le sujet peut prêter
au sourire, les enjeux pour le climat sont de taille. Le méthane
(CH4), formé pendant la fermentation des aliments dans le rumen
des ruminants, est un puissant gaz à effet de serre. "A
léchelle mondiale, lélevage contribuerait
à hauteur de 18% aux émissions totales de gaz à
effet de serre (FAO, 2006). En Europe, la quasi-totalité des
émissions de CH4 liée à lactivité
délevage provient des fermentations digestives des herbivores
(70%) et des déjections animales (30%)", explique l'Inra
(l'Institut national pour la recherche agricole).
Alors, les chercheurs de l'Inra essaient de trouver un moyen de réduire
l'impact de l'élevage sur la planète par la voie de leur
alimentation. "Nous avons déjà conduit des expériences
sur les vaches laitières, explique Michel Doreau, chercheur à
l'Inra. Or, à l'automne, nous avons mis en place un programme
de recherche sur un nombre plus élevé de vaches à
viande." Les essais menés sur vaches laitières
à la station expérimentale du centre INRA de Clermont-Ferrand-Theix
ont montré quun apport de 6% de lipides issus de la graine
de lin a diminué la production de CH4 des animaux de 27 à
37%.
"La graine
de lin présente par ailleurs un intérêt nutritionnel",
souligne Miche Doreau, "car la viande et le lait sont ainsi
naturellement enrichis en oméga 3." Une caractéristique
qui pourrait permettre aux éleveurs de mieux valoriser leur produit
sur le marché et amortir le coût supplémentaire
induit par l'intégration de la graine de lin dans l'alimentation
de leur chaptel.
Mais comment capter
et mesurer les émissions des belles Charolaises de l'Inra ? "Il
y a une méthode qui consiste à garder les vaches dans
des cages avec une entrée d'air et une sortie de gaz, mais dans
le cadre de notre expérimentation, nous plaçons des capteurs
directement à proximité de la bouche des vaches",
souligne Michel Doreau. Les vaches sont donc libres de se balader en
plein champ
et de ruminer à volonté.
Ce projet est
aujourd'hui financé à 50% par la région Centre
et à 50% par des partenaires privés en amont et en aval
de l'élevage. En amont, la société Valorex, producteur
de Lin en Bretagne (25%). En aval, McKey Food France (25%), le fournisseur
de McDonalds France en steaks hachés surgelés (en
2008, McKey a produit près dun steak haché surgelé
sur quatre produits en France).
Un bilan carbone
réalisé par McKey en 2006 a en effet permis à l'entreprise
didentifier et de quantifier ses principaux impacts sur lenvironnement.
Cet étude montrait que "les émissions de gaz à
effet de serre (GES) des bovins constituent, dans létat
actuel des connaissances, limpact majeur en termes de rejets pour
McKey (plus de 90% du périmètre global)", déclare
McKey. L'entreprise affirme qu'au "terme de cette expérimentation
et dans le cas de résultats encourageants", elle souhaite
"jouer un rôle moteur au sein de la filière bovine,
pour faire évoluer lalimentation des animaux".
Auteur
: Nadia Loddo
Source : Métro
du 5 mars 2009