Il y a bien des manières dêtre sceptique. Être
sceptique vis-à-vis du déferlement catastrophiste des
médias en matière climatique, cela relève du bon
sens : sur ce thème comme sur les OGM, le clonage, les pluies
acides, le trou de la couche dozone ou bien dautres, on
sait que les médias de masse visent à capter des clients,
en jouant avant tout sur lirrationnel, sur lémotion,
sur la pulsion. Dans ce texte, nous développerons plutôt
quelques raisons dêtre sceptiques sur le fond, sur la physique
du climat et sur la qualité des modèles.
La variabilité
du climat : un rôle central pour le CO2 ?
La variabilité est le propre du temps et du climat, à
toutes les échelles de temps : jour, saison, année, décennie,
siècle, millénaire, ère géologique. Durant
lessentiel des ères Secondaire et Tertiaire (soit 220 millions
dannées), la Terre a été bien plus chaude
quaujourdhui. La période actuelle (Holocène)
est dite interglaciaire, cest-à-dire quil sagit
dune période chaude entre les glaciations régulières
de lère Quartenaire. Les principaux cycles de variabilité
récente sont de nature astronomique (solaire) et ont été
mis en lumière par M. Milankovitch dans les années 1920
: cycle dexcentricité de lorbite (tous les 100 000
ans environ), cycle dinclinaison de laxe polaire (tous les
40 000 ans environ), cycle de précession des équinoxes
(tous les 20 000 ans environ). Le soleil, centrale énergétique
de notre climat, est donc le premier facteur de variation du climat.
Il existe aussi des éléments de variabilité liés
à la circulation océanique (dite thermohaline, cest-à-dire
liée à la température, la salinité et la
densité de leau) qui redistribue lentement la chaleur stockée
dans les océans par un vaste "tapis roulant" de courants
planétaires (sur le rôle central du soleil dans les variations
climatiques passées et dans le début du réchauffement
moderne, cf. (2), (6), (9), (13).
Dans son film Une
vérité qui dérange, adoubé par certains
comme représentant létat du consensus scientifique
actuel, Al Gore a suggéré que les hausses de température
au cours des interglaciaires sont provoquées par la hausse du
CO2. En réalité, les forages glaciaires montrent que la
hausse du CO2 suit (et non précède) la hausse des températures
de 400 à 1000 ans lors dun passage dune phase glaciaire
à une phase interglaciaire (voir encore récemment (11)
pour notre interglaciaire). Le CO2 nest en fait quune rétroaction
parmi bien dautres du forçage [1]
orbital du soleil : le CH4 (méthane), les poussières naturelles
(aérosols), la végétation, les glaces, lenneigement
saisonnier, les changements de circulation océanique sont par
exemple dautres rétroactions qui contribuent à expliquer
les 4 à 6°C de différence entre les phases glaciaires
et les phases tempérées comme la nôtre. Accorder
un rôle central au CO2 na de sens que si les modèles
paléoclimatiques parvenaient à reproduire avec précision
tous les facteurs de variation des climats anciens, ce qui est loin
dêtre le cas : le GIEC reconnaît sa "faible"
à "très faible" compréhension de ces
divers facteurs dans les paléoclimats (cf. AR4 [2]
2007, table 6.5, "Scientific Understanding", 451).
Nous ne nous situons
pas dans une période exceptionnellement chaude. Les températures
ont connu dans les 10 000 dernières années (Holocène)
des hausses plus importantes que celles constatées aujourdhui,
de manière certaine à léchelle régionale
(Arctique par exemple) et probable à léchelle globale.
Le CO2 navait pas grand chose à y voir, la cause principale
en était encore la variation du forçage solaire (son irradiance
ou sa localisation), et ses rétroactions. Les forages glaciaires
et les études paléoclimatiques ont montré que la
précédente période interglaciaire (appelée
Eemien) était 1 à 3°C plus chaude lors de son maximum
thermique, voici environ 125 000 ans. Or, par rapport à cette
époque, notre atmosphère moderne a déjà
connu une hausse de 30 % de CO2 et de 130 % de CH4 (méthane).
Variations naturelles
et influences humaines : sait-on les distinguer ?
La variabilité naturelle du climat se superpose donc à
la variabilité forcée par lhomme. Le problème,
cest que cette variabilité naturelle (dite "intrinsèque"
ou "chaotique" dans la littérature quand elle concerne
quelques décennies ou siècles) est mal contrainte par
les modèles climatiques, cest-à-dire quils
en reproduisent mal les mécanismes (durées, amplitudes),
donc quils identifient mal le "bruit de fond" des variations
naturelles du climat au sein duquel ils veulent détecter le signal
spécifique de linfluence humaine. Il faut garder en tête
que les amplitudes réellement observées dans le climat
moderne sont faibles : 0,76 °C entre 1850-1899 et 2005 (0,56-0,92°C
avec les incertitudes) selon la meilleure estimation AR4.
Le GIEC, la science et le climat
Le
"consensus" du GIEC est une notion en trompe-lil.
Dabord, le cur du consensus est faible : il existe
un réchauffement moderne depuis 1750, les gaz à
effet de serre anthropiques y contribuent, surtout depuis 1950.
Personne ne le conteste, pas même les sceptiques. Ensuite,
les sciences ne fonctionnent pas par consensus, mais par autocritique
permanente, surtout dans les sciences "jeunes" du climat
où presque tous les domaines spécifiques de recherche
sont encore très débattus : lexigence de consensus
tient à la nature politique et non scientifique du GIEC
(cest un groupe "intergouvernemental"). Enfin,
le consensus des spécialistes des glaces sur la physique
du rayonnement ou le consensus des spécialistes de la spectrométrie
sur la dynamique des glaces na aucun sens : les sciences
du climat regroupent des spécialités très
différentes, aucune nest informée en profondeur
sur les autres.
Le consensus du GIEC est en réalité une série
de consensus "locaux" produit par deux ou trois dizaines
dauteurs principaux, et non la convergence de fond de "milliers
de chercheurs". Plusieurs experts internationaux travaillant
pour le GIEC dans des domaines très différents se
sont plaints des parti-pris des auteurs principaux mandatés
par cet organisme. Parmi les chercheurs les plus connus refusant
de se soumettre à un "consensus" quil juge
infondé, citons : R. Lindzen, R.A. Pielke Sr, J. Christy,
R. Spencer, T.F. Ball, R.A. Bryson, M. Leroux, A.D. Clark, R.S.
Courtney, C. Essex, W.M. Gray, C.D. et S.B Idso, H. Svensmark,
N. Shaviv, W. Kininmonth, A.J. Tom van Loon, R. McKitrick, V.
Courtillot, H. Tennekes, C. Landsea
Auteur
: C.M.
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La section 8.4
de lAR4 (620-627) rappelle ainsi la persistance des biais, erreurs
ou divergences dans la reproduction de ces oscillations naturelles du
climat. Cette variabilité intrinsèque met notamment en
jeu le comportement des océans et son couplage avec latmosphère.
Dans un texte de synthèse récent et sévère,
locéanographe de réputation internationale Carl
Wunsch (MIT) a clairement mis en question lefficacité des
modèles dans cet exercice : "Le chemin pour résoudre
un problème difficile passe par sa reconnaissance et sa définition.
Quand des conclusions hyper simplifiées sont transformées
en vérités [
], un champ détudes peut
être déformé pendant des décennies avant
que sa fondation bancale soit finalement reconnue [
] Les modèles
sont extrêmement importants et éclairants, mais une meilleure
compréhension de leur simulation réelle et de leurs capacités
prédictives est nécessaire" (17)).
Les modèles
et la simulation : quelles incertitudes ?
Lorsquun modèle climatique de circulation générale
océan-atmosphère (dit "AOGCM") simule les températures
1900-2000, il est donc confronté à plusieurs problèmes
:
- les conditions
initiales du climat en 1900 ;
- la plupart des
forçages en dehors des gaz à effet de serre sont incertains
(le soleil, les effets directs et indirects des aérosols anthropiques,
les usages de sols, etc.) et leur valeur peut encore varier dun
facteur 2 à 4 (cf AR4, fig. SPM.2,4) ;
- la variabilité
intrinsèque du climat (notamment les grandes oscillations naturelles
comme est la circulation océan-atmosphère qui leur est
associée) est mal simulée ;
- certains éléments-clé
comme la nébulosité (évolution de la couverture
nuageuse totale, avec sa répartition spatiale et sa répartition
par couche dans la troposphère) sont difficiles à reproduire
et de toute façon impossibles à contrôler avec
la réalité (en raison de la médiocrité
des observations globales des nuages, même aujourdhui),
alors quils représentent des grandeurs énergétiques
100 fois plus importantes que les forçages anthropiques (une
variation de 2 % de la couverture nuageuse sur 20 ans représente
par exemple un déséquilibre énergétique
de +/- 2W/m², supérieur donc au forçage du gaz
carbonique depuis 150 ans).
Ainsi, la vingtaine
de modèles AOGCM utilisés par lAR4 du GIEC reproduisent
tous correctement la courbe des températures du XXe siècle,
mais avec des données différentes : certains incluent
les variations dirradiance solaire ou dusages de sols, dautres
non (cf. AR4, tab. 10.1, 756) ; certains ont un forçage anthropique
total inférieur à 1 W/m², dautres supérieur
à 2 W/m² (cf. (1)) ; les insolations de surface liées
à la nébulosité variant de -1 à -3 W/m²,
une variation plus importante que le forçage CO2 (cf. (8)), etc.
Cela prouve quil y a au moins vingt manières différentes
de reproduire une même courbe, et sans doute bien plus. Le problème,
cest que cela se traduit à larrivée par une
sensibilité climatique variant encore du simple au double dans
cette vingtaine de modèles (de 2,1 à 4,4°C, cf. AR4,
8.2, 631), sans que lon sache réellement quelle valeur
est la plus probable ni même si la valeur réelle de la
sensibilité climatique se situe dans cette fourchette (cf. le
papier récent (7) sur cette incertitude persistante : "Lenveloppe
dincertitude des projections climatiques na pas été
réduite de manière appréciable au cours des trente
dernières années, malgré laugmentation impressionnante
de la puissance de calcul, des observations et du nombre de chercheurs
étudiant le problème".)
Réchauffement
récent (1977-présent) : une signature anthropique enfin
indiscutable ?
Dans lAR4 du GIEC, il est dit que le réchauffement constaté
depuis 1977 (environ 0,5 °C) a "très probablement"
pour cause principale les émissions humaines de gaz à
effet de serre. Mais en fait, les mêmes années 1977-2006
ont connu dautres phénomènes pouvant expliquer la
hausse des températures, et précisément des phénomènes
que les modèles climatiques reproduisent très mal. Ainsi,
on a montré que :
- la nébulosité
a baissé entre 1985-1990 et 2000-2002, cette variation représentant
un forçage transitoire supérieur à celui des
gaz à effet de serre depuis 1950 (cf. (4), (5), (15), (16))
;
- les reconstructions
de lirradiance totale du Soleil montrent que les cycles 21,
22 et 23 (depuis 1980 donc) sont les plus actifs depuis 300 ans (cf.
(12), (10), (14)) ;
- les aérosols
anthropiques (surtout les sulfates liés à la combustion
des hydrocarbures) ont baissé dans lhémisphère
Nord à compter du milieu des années 1980, en Amérique,
en Europe, en Russie et au Japon, ce qui a pour effet de réduire
lalbédo et daugmenter linsolation en surface
(cf. (3)) ;
- les oscillations
naturelles comme lENSO (El Nino) ou la NAO (oscillations nord
atlantique) ont également connu des records entre 1980 et 2000
et ces variations peuvent occasionner des hausses globales de 0,5°C
sur une ou deux années (raison pour laquelle 1998, année
de El Nino le plus puissant des annales, est encore le "record"
de chaleur pour lOrganisation Météorologique Mondiale).
Si les modèles
savaient simuler correctement tous ces phénomènes, ils
pourraient attribuer raisonnablement aux gaz à effet de serre
lessentiel du réchauffement récent. Or, ce nest
pas le cas.
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Dont fight, adapt (Sadapter
et non lutter)
Le 13 décembre
2007, des scientifiques ont rendu publique une lettre ouverte
au Secrétaire Général des Nations Unies.
Faisant suite à la conférence de Bali, ils rappellent
"les témoignages géologiques, archéologiques,
oraux et écrits historiques [qui] attestent tous des défis
fondamentaux quont dû affronter les sociétés
anciennes face aux changements imprévus de température,
de précipitations, de vents et dautres variables
climatiques" et demandent que les nations soient armées
pour "résister à tous ces phénomènes
naturels en promouvant la croissance économique et la création
de richesse."
Ils soulignent en particulier qu"il na pas
été établi que ce serait possible de changer
significativement le climat global en réduisant les émissions
humaines de gaz à effet de serre" et redoutent
par-dessus que "lapproche actuelle de lONU
sur la réduction du CO2 [soit] susceptible daggraver
la souffrance humaine due aux changements climatiques futurs plutôt
que de la réduire."
Texte
et liste des signataires
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Où
sont les catastrophes ? Où est lurgence ?
Si lon regarde la réalité du réchauffement
depuis le début des mesures en 1850, la hausse des températures
nest que de 0,76 °C, alors que nous avons atteint 85 % de
léquivalent dun doublement CO2 (un doublement CO2
produit un forçage de 3,7 W/m², et lensemble des forçages
positifs de lhomme sur le climat depuis 1750 atteint 3,1 W/m²
selon le GIEC). 0,76 °C, cest encore très loin de la
sensibilité climatique à léquilibre calculée
par les modèles (3,2 °C) ou même de la réponse
climatique transitoire à ce même doublement (1,6 °C).
Le climat réagit pour linstant de manière paisible
à ce qui est présenté comme un bouleversement sans
précédent. Car le bouleversement se situe dans les projections
des modèles et non les observations de la réalité
: or, pour les raisons que nous venons dénoncer et quelques
autres, on peut encore raisonnablement douter de la grande confiance
accordée à ces projections.
Les décisions
prises dans le domaine climatique reposent donc sur des incertitudes
majeures. Contrairement à la vulgate alarmiste propagée
par les médias, il ny a pas durgence particulière
à prendre dès aujourdhui des décisions climatiques.
Il nexiste aucune catastrophe majeure imputable à 250 ans
de réchauffement moderne et le rapport GIEC lui-même nen
prévoit aucune pour les quelques décennies à venir
(notamment pour la hausse du niveau des mers, qui pose les plus gros
problèmes dadaptation, mais aussi pour la hausse des températures
qui reste "raisonnable" jusquà 2040-2050, et
semballe ensuite seulement dans certaines simulations pour certains
scénarios). Il faut aussi prendre en compte le fait que ces décisions
climatiques sont de nature à augmenter le risque dune crise
énergétique pour lhumanité en développement,
ce que lon oublie quand on brandit le "principe de précaution"
: 4 milliards dhumains ont besoin du gaz, du pétrole et
du charbon pour sortir de la misère. Un débat public transparent
devrait exposer toutes les conséquences de nos choix à
laune de ces incertitudes. La position la plus prudente et la
plus raisonnable consisterait à attendre 2010 ou 2020 pour fixer
des objectifs contraignants : dici là, 15 ans de données
supplémentaires de qualité et une amélioration
des modèles permettront certainement dy voir plus clair.
Références
Le rapport 2007 du GIEC est mentionné AR4, suivi de la section
de référence et des pages correspondantes dans lédition
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Basis.
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- Wunsch C. (2007),
The Past and Future Ocean Circulation from a Contemporary Perspective,
in AGU Monograph, 173, A. Schmittner, J. Chiang and S. Hemming (ed).,
53-74.
[1] Forçage : modification du budget énergétique
du système climatique, mesurée au sommet de latmosphère.
Par exemple, la variation de CO2 est un forçage positif, car
une molécule de CO2 absorbe et ré-emet le rayonnement
lointain (IR) émis par la Terre vers lespace pour se refroidir.
Cela augmente lénergie dans le système.
[2]
Le rapport 2007 du GIEC est mentionné AR4, suivi de la section
de référence et des pages correspondantes dans lédition
Cambridge University Press : Climate Change 2007. The Physical Science
Basis.
Auteur : Charles
Muller - SPS n° 280, janvier 2008
Charles Muller est rédacteur scientifique. Sur son site
Climat sceptique, on peut retrouver un développement de ces différents
points et de bien dautres, sur la base dune analyse détaillée
et référencée de la littérature scientifique.
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