Les conditions de la pratique de la haute montagne dans les Hautes-Pyrénées fin décembre 2007

 


Face nord du taillon et du Gabiétou. Entre les deux, le glacier du Gabiétou (L. Dollo)

Le secours réalisé dimanche 30 décembre 2007 dans la face Nord du Taillon est révélateur de conditions en montagne qui ne sont pas des meilleurs. Cet incident s'étant bien terminé pour trois alpinistes espagnols, il convient d'en tirer les enseignements afin d'éviter de renouveler les erreurs.


L'alerte.


C'est avec leur téléphone GSM que les trois espagnols ont donné l'alerte en passant par le 112, numéro international européen, c'est-à-dire le CDIS situé à Tarbes. Malheureusement, si les pompiers de service ont incontestablement de grandes qualités de secouristes, leurs compétences " montagne " est pour le moins limitée lorsqu'il s'agit de poser les bonnes questions pour situer les personnes en difficulté. Le Taillon c'est vaste…. Voie normale, glacier du Gabiétou Face Nord, goulottes.... ???? Un spécialiste, par un simple mot en français ou espagnol, aurait immédiatement déterminé le lieu pour éviter des pertes de temps et de la fatigue en déplacement terrestre. Demander à un espagnol sur la face nord sur quelle commune il se trouve, autant dire qu'il ne sait pas répondre et même un français s'en moque royalement. Il est sans doute important de retenir le numéro unique du secours en montagne des Hautes-Pyrénées 05 62 92 41 41 au bout duquel vous aurez un interlocuteur mieux adapté à votre problématique même si vous êtes dans les Pyrénées-Atlantiques ou dans le secteur de Luchon.

Que s'est-il passé pour ces trois espagnols.


Bien équipés et bien entraînés, samedi matin ils constatent que la face n'est pas en grande condition. Néanmoins ils tentent la montée en se disant " si ça ne va pas on redescend." Le problème est que le manque de neige faisait de cette course de neige de 700 m cotée normalement " D " une course mixte sur terrain calcaire. Il leur fallait rechercher l'itinéraire le plus facile qui, à un moment, est venu buter sur un ressaut avec des prises renversées. Ayant perdu du temps sans pour autant avoir rencontré de difficultés, ils ne pouvaient plus avancer ni… reculer comme ils l'avaient prévu. Tirer des rappels dans cette face aurait nécessité de disposer de pitons extra plat, ce qui n'était pas le cas puisqu'ils étaient partis pour une course de neige. La solution la plus sage était donc d'attendre les secours.

Les infos sur kairn.com :

L'opération de secours


Ayant pu repérer dimanche soir le lieu où se trouvait les trois alpinistes grâce à une lampe électrique, quatre secouristes en montagne de la CRS 29 sont parti de la station de ski de Gavarnie à 6h30 dimanche matin en plein brouillard et en pleine tempête. Quoique Météo France ait prévu un " créneau " favorable, le secours terrestre est immédiatement envisagé. Les secouristes sont montés par le glacier du Gabiétou pour rejoindre la base de l'arête Nord-Ouest du Taillon et atteindre plus facilement les trois espagnols en difficulté par une traversée. Leur objectif était des ramener vers l'arête NO, faire deux rappels et rejoindre le glacier par un des couloirs.

L'hélico arrive….


Comme prévu, vers 13 h, un créneau météo permet l'intervention de l'hélicoptère de la gendarmerie stationné à Laloubère près de Tarbes avec à son bord deux secouristes en montagne de la CRS 29. La caravane pédestre était sur le point d'atteindre les trois alpinistes espagnols. A 13h25, le premier alpiniste espagnol est récupéré par un secouriste hélitreuillé. Les deux autres suivent et à 14 h ils sont à Gavarnie. Une seconde rotation d'hélicoptère permettra de récupérer les quatre secouristes sur l'arête Nord-Ouest.

Une opération qui se termine bien.


Même si le récit de ce sauvetage donne l'impression d'une certaine facilité, il ne faut pas perdre de vue qu'elle a nécessité de gros efforts physiques et un engagement total de la part des secouristes en montagne. S'il n'y avait pas eu une heure d'accalmie de la tempête avec un minimum de visibilité, l'opération aurait été d'une toute autre ampleur. Il faut donc retenir que le secours en montagne n'est pas une assurance tout risque pour alpinistes en perdition et que le " sur accident " pour les équipes de secours est toujours possible. Mieux vaut se renseigner avant le départ sur les conditions de la montagne.

Les conditions de la montagne dans le secteur de Gavarnie


Au 30 décembre 2007, l'enneigement est, sur la frontière, pratiquement nul. Seulement de 30 à 50 cm de neige aux endroits non ventés. L'utilisation de ski n'est même pas indispensable en haute montagne. L'enneigement est meilleur, avec moins de vent, en avant de la chaîne dans des stations comme Barèges ou Luz-Ardiden.

Comme nous l'avons vu plus haut, la face nord du Taillon n'est pas en condition d'une course de neige mais reste une course mixte plus difficile. Même chose pour le Swan, la face nord du Marboré, etc…. Par ailleurs les goulottes du Taillon sont inexistantes en raison de la sécheresse du terrain et de l'absence de neige.

Les cascades de glace du Cirque de Gavarnie sont en relative bonnes conditions depuis trois jours environ. Mais tout peut changer d'un moment à l'autre malgré des températures nocturnes de l'ordre de -9° / -10°C.

Sur le secteur de Troumouse / Gloriettes, la cascade du Maillet est en bonne condition. Mais la route est fermée assez bas (au pont de départ du canyon et du chemin menant à Gèdre-Dessus) malgré l'absence de neige ce qui impose environ deux heures de marche sur le bitume. La cascade des Gloriettes n'est pas en condition.

Tous les accès aux cascades peuvent se faire sans ski et à pied.

Pour le ski de randonnée, globalement l'enneigement est très faible. Peuvent se faire sans trop de difficulté, le Pic Entre les Ports, le Pic Saint André par la combe et le Pic Lary avec un départ " végétal "

Où se renseigner ?


Avant de partir en montagne, il est indispensable de connaître son état. Depuis cette page Web, trois sites Web majeurs permettent de connaître la situation avec des guides de haute montagne tel que Jean-Denis Prissé, de Gèdre, Rémi Thivel et Benoît Dandonneau. Il est aussi possible et souhaitable de contacter les postes de secours en montagne où Gendarmes et CRS sauront vous donner des informations et conseils avisés de professionnels

Informations diverses

 

Texte et photo : Louis Dollo, le 30 décembre 2007

 

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Le Taillon. Happy end pour les Espagnols égarés


Juan Carlos Losano, Martin Ibañez et Francisco Javier, trois alpinistes originaires de Madrid, âgés d'une quarantaine d'années, sont revenus sains et saufs, hier, en début d'après-midi, de leur périple sur la face nord du pic du Taillon (3.144 m). Deux d'entre eux avaient le sourire, le troisième moins : il a été évacué d'urgence au centre hospitalier de Tarbes car il a plusieurs doigts gelés.

Coincés depuis samedi soir à une altitude de 2.850 m, après avoir emprunté un mauvais itinéraire, ils ont été localisés hier, à 13 h 15, par les sauveteurs de montagne de la CRS 29 dont une équipe de quatre hommes avait tenté une première approche, samedi soir. Les CRS avaient dû rebrousser chemin à cause de la nuit mais ils avaient aperçu des lumières sur la face nord, probablement les lampes frontales des Espagnols en détresse. Ces derniers, qui avaient tenté de rentrer en contact avec les pompiers en appelant le Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis), samedi, vers 18 h 30, n'avaient pas réussi à se faire comprendre ni à donner clairement leur position. Depuis ce contact à l'aide d'un téléphone portable, silence radio.

Une nuit sur la paroi
Dès hier matin, deux cordées de deux CRS chacune ont donc repris les recherches, direction le Taillon, au gré de conditions climatiques rudes : -9° et des rafales de vent à 70 km/h. C'est à cette température que les trois alpinistes ont passé la nuit, emmitouflés dans leurs vêtements, assis sur leur sac à dos, en attendant patiemment que le soleil se lève. Hier, à la sortie de l'hélicoptère de la gendarmerie (EC 145) qui, profitant d'une éclaircie à Gavarnie, est venu renforcer les recherches des équipes terrestres, Juan Carlos Losano a calmement expliqué ce qui s'est passé : « On s'est écarté de la route initiale, dit-il en se frottant les mains. On a essayé d'appeler les secours mais la communication a été coupée. La nuit a été très dure. On s'est assis sur nos sacs sur une petite plate-forme neigeuse, en se serrant les uns contre les autres pour ne pas avoir froid. On a mangé des barres de céréales et du chocolat, on n'avait plus d'eau. Moi, c'était la première fois que je faisais cette voie, mes camarades la connaissaient… »

Les sauveteurs de la CRS 29, qui ont marché durant 4 h 30, hier matin, se trouvaient à 50 m en dessous des Espagnols lorsqu'ils les ont localisés, peu après 13 heures. « Ils nous ont entendus siffler, on appelait mais avec le vent, ils n'entendaient rien », a confié Bertrand Ramanoel, de la CRS 29, qui a participé à l'opération de sauvetage.

Le Taillon est particulièrement réputé pour sa face nord et ses goulottes en hiver. Il culmine fièrement au sud de Gavarnie sur la chaîne frontière avec l'Espagne, entre le cirque de Gavarnie et le col de Boucharo, au-dessus de la station de ski de Gavarnie-Les Especières. Selon les CRS, la voie empruntée par les alpinistes espagnols ne présente pas de réelles difficultés pour des grimpeurs expérimentés. En s'écartant de leur itinéraire, les Espagnols ont, semble-t-il, paniqué, ne sachant plus par où passer. Et ont décidé de stopper leur ascension en alertant le secours. La chance leur a souri. Qui avait manqué, en janvier dernier, à trois autres Espagnols qui ont trouvé la mort sur cette face nord du Taillon.

Auteur : Gérald Camier.
Source : La Dépêche du Midi du 31 décembre 2007

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