Juan Carlos Losano, Martin Ibañez et Francisco Javier, trois
alpinistes originaires de Madrid, âgés d'une quarantaine
d'années, sont revenus sains et saufs, hier, en début
d'après-midi, de leur périple sur la face nord du pic
du Taillon (3.144 m). Deux d'entre eux avaient le sourire, le troisième
moins : il a été évacué d'urgence au centre
hospitalier de Tarbes car il a plusieurs doigts gelés.
Coincés
depuis samedi soir à une altitude de 2.850 m, après avoir
emprunté un mauvais itinéraire, ils ont été
localisés hier, à 13 h 15, par les sauveteurs de montagne
de la CRS 29 dont une équipe de quatre hommes avait tenté
une première approche, samedi soir. Les CRS avaient dû
rebrousser chemin à cause de la nuit mais ils avaient aperçu
des lumières sur la face nord, probablement les lampes frontales
des Espagnols en détresse. Ces derniers, qui avaient tenté
de rentrer en contact avec les pompiers en appelant le Centre opérationnel
départemental d'incendie et de secours (Codis), samedi, vers
18 h 30, n'avaient pas réussi à se faire comprendre ni
à donner clairement leur position. Depuis ce contact à
l'aide d'un téléphone portable, silence radio.
Une nuit sur
la paroi
Dès hier matin, deux cordées de deux CRS chacune ont donc
repris les recherches, direction le Taillon, au gré de conditions
climatiques rudes : -9° et des rafales de vent à 70 km/h.
C'est à cette température que les trois alpinistes ont
passé la nuit, emmitouflés dans leurs vêtements,
assis sur leur sac à dos, en attendant patiemment que le soleil
se lève. Hier, à la sortie de l'hélicoptère
de la gendarmerie (EC 145) qui, profitant d'une éclaircie à
Gavarnie, est venu renforcer les recherches des équipes terrestres,
Juan Carlos Losano a calmement expliqué ce qui s'est passé
: « On s'est écarté de la route initiale, dit-il
en se frottant les mains. On a essayé d'appeler les secours mais
la communication a été coupée. La nuit a été
très dure. On s'est assis sur nos sacs sur une petite plate-forme
neigeuse, en se serrant les uns contre les autres pour ne pas avoir
froid. On a mangé des barres de céréales et du
chocolat, on n'avait plus d'eau. Moi, c'était la première
fois que je faisais cette voie, mes camarades la connaissaient
»
Les sauveteurs
de la CRS 29, qui ont marché durant 4 h 30, hier matin, se trouvaient
à 50 m en dessous des Espagnols lorsqu'ils les ont localisés,
peu après 13 heures. « Ils nous ont entendus siffler, on
appelait mais avec le vent, ils n'entendaient rien », a confié
Bertrand Ramanoel, de la CRS 29, qui a participé à l'opération
de sauvetage.
Le Taillon est
particulièrement réputé pour sa face nord et ses
goulottes en hiver. Il culmine fièrement au sud de Gavarnie sur
la chaîne frontière avec l'Espagne, entre le cirque de
Gavarnie et le col de Boucharo, au-dessus de la station de ski de Gavarnie-Les
Especières. Selon les CRS, la voie empruntée par les alpinistes
espagnols ne présente pas de réelles difficultés
pour des grimpeurs expérimentés. En s'écartant
de leur itinéraire, les Espagnols ont, semble-t-il, paniqué,
ne sachant plus par où passer. Et ont décidé de
stopper leur ascension en alertant le secours. La chance leur a souri.
Qui avait manqué, en janvier dernier, à trois autres Espagnols
qui ont trouvé la mort sur cette face nord du Taillon.
Auteur
: Gérald Camier.
Source : La
Dépêche du Midi du 31 décembre 2007