Un ciel bleu, une neige scintillante, une nature intacte et éblouissante:
la journée idéale pour une randonnée en haute montagne.
Trois jeunes gens,
un couple, Stéphane Sabaté, 35 ans et son épouse
Audrey, 31 ans, ainsi qu'un ami, Régis Barnole, 32 ans, ont décidé
de profiter à fond de cette journée.
Ce sont des randonneurs
aguerris, qui ne partent pas au petit bonheur: ils sont parfaitement
entraînés, parfaitement habitués à ce genre
de course et surtout parfaitement équipés.
Chacun d'eux est
muni d'une balise DVA, détecteur de victime en avalanche, autrefois
appelé ARVA.
Avant la Noël,
les jeunes gens, originaires de Tarbes et habitant Toulouse, avaient
décidé de s'offrir un grand bol d'air et de montagne.La
randonnée a tourné au cauchemar.
En milieu de journée,
les trois pyrénéistes empruntent le télésiège
qui les conduit derrière la station de Val Louron, en face du
vallon du Sarrouyes.De là, ils partent en peaux de phoques vers
le Pic de Sarrouyes, sur sa face Est.
Il a bien neigé
sur les pentes, mais surtout, il y a eu beaucoup de vent ces derniers
temps: les plaques à vent se sont formées, un véritable
piège qui attend les skieurs.
À 13h15,
une plaque se détache sous leur poids et c'est la catastrophe:
l'avalanche grossit immédiatement, emportant les trois personnes.Un
des skieurs, Stéphane, sera tué quasi instantanément,
selon le témoignage d'un médecin sur place. Audrey et
Régis vont s'en tirer, physiquement du moins.
Secours
très rapides
Les skieurs randonneurs n'étaient pas seuls sur le secteur: un
pisteur, Jean-Philippe Ravier et un autre employé de la station
de Val Louron, étaient présents, tout près de là,
ainsi qu'un médecin toulousain, parti lui aussi en randonnée,
seul.
Les pisteurs, au
plus près de l'avalanche, l'ont vue se déclencher et ils
ont vu les trois jeunes gens en perdition.Aussitôt, ils se sont
portés sur lieux et ont effectué, avec l'aide de la jeune
femme, indemne, les premiers gestes de secours.Mais pour son mari Stéphane,
c'était trop tard, hélas.
Le pisteur est
resté sur place, tandis que son compagnon dévalait la
pente pour avertir les secours.En chemin, il croise le médecin
et lui demande de monter. Les secours, c'est-à-dire le PGHM (peloton
de gendarmerie de haute montagne) est prévenu à 13h38.Ils
seront à pied d'uvre dans les minutes qui suivent:
«Nous
avons envoyé aussitôt l'hélicoptère avec
quatre gendarmes, dont deux secouristes, et un médecin du SAMU.Quand
nous sommes arrivés, les trois personnes étaient désensevelies.»
En attendant les
secours, les deux survivants, qui n'ont été pris dans
la neige que jusqu'à la taille, sont parvenus à dégager
leur compagnon, pour lequel tout était malheureusement déjà
terminé.«C'est terrible de perdre la vie comme ça,
pour l'aventure», déplorait Michel Pélieu, le conseiller
général. «C'est terrible un drame pareil la veille
de Noël.En montagne, tout peut arriver, le risque zéro n'existe
pas malheureusement. C'est terrible. C'est affreux, on ne peut pas l'exprimer
avec des mots.»
--------------------------------------------------------------------------------
Les
pisteurs, présents immédiatement sur les lieux du drame.
«Juste à côté de nous»
Jean-Philippe Ravier et son collègue de la station de Val-Louron
étaient à quelques mètres des skieurs quand le
drame est arrivé :
« Nous,
nous étions dans la descente du pic de Sarrouyes vers la station.
Nous les avons croisés, nous étions un peu décalés.
Et puis, nous avons entendu du bruit. Un bruit énorme. Et nous
avons vu l'avalanche.
« Nous
étions décalés, mais nous nous sommes poussés
un peu plus. Elle est passée juste à côté
de nous et nous pouvions voir les trois skieurs : ils étaient
dessus, donc pas ensevelis à ce moment-là. On les voyait
à vue en surface. Lorsque la coulée a cessé, nous
nous sommes portés à leur secours immédiatement.
Nous avons trouvé les deux premiers tout de suite, ils étaient
parfaitement conscients, en surface, et nous nous sommes tous mis en
position de recherche. Grâce à la balise, nous avons trouvé
le troisième : il était beaucoup plus bas, enseveli dans
la neige.
« Nous
l'avons dégagé avec nos pelles. Pendant que je faisais
le massage cardiaque et la jeune femme la ventilation par bouche à
bouche, j'ai envoyé mon collègue avertir les secours.
Il a croisé le médecin qui est monté aussitôt.
Il nous a aidés, mais
Et puis les secours sont arrivés
et nous sommes descendus. » Beaucoup de tension dans la voix
de Jean-Philippe Ravier. Beaucoup d'amertume aussi face à un
drame épouvantable.
--------------------------------------------------------------------------------
Un
médecin toulousain s'est porté le premier au secours des
skieurs.
Secours exemplaires
Louis Léger est médecin anesthésiste-réanimateur
à la clinique Pasteur à Toulouse et possède une
résidence secondaire dans la vallée. Il était parti
hier matin en randonnée, seul, comme il en a l'habitude, dans
le secteur du pic de Sarrouyes, qu'il connaît par cur. Il
s'est porté, tout de suite après le drame, au secours
des jeunes gens, juste après les deux pisteurs.
« Je venais
juste de finir de pique-niquer, quand j'ai vu descendre un homme affolé,
à toute allure. Il m'a dit ce qui venait de se passer et je suis
monté aussitôt. Quand je suis arrivé, le pisteur
et la jeune femme pratiquaient déjà les premiers secours,
de façon très efficace et très sûre, quasi
professionnelle : ventilation, massage cardiaque. J'ai pris le relais,
mais hélas, c'était trop tard. Je n'ai pu faire que le
bilan. D'après ce que j'ai pu constater, le jeune homme a été
enseveli et comprimé tout de suite par la neige. Selon moi, il
est décédé presque instantanément. Il présentait
tous les signes d'une extrême gravité, avec vraisemblablement
une fracture de la colonne vertébrale d'emblée. Sa bouche
était emplie de neige ce qui prouve que lui a été
enseveli, ce qui n'est pas le cas pour les deux autres. Malgré
la rapidité avec laquelle on a pu le désensevelir, il
n'y avait, à mon avis, déjà plus rien à
faire. Il n'a eu aucune chance, c'est extrêmement malheureux.
Rien n'aurait pu le sauver. »
À l'arrivée
des secours, le docteur Léger est redescendu à la station
: « On ne peut que saluer le professionnalisme et la maîtrise
des secours, leur parfaite coordination, leur efficacité. Ils
ont été exemplaires. »
Auteur : Hélène Dubarry
Source : La
Dépêche du Midi du 24
décembre 2007