LA CHASSE EN MONTAGNE

 

 

La chasse en montagne n’est pratiquée que par une petite minorité de spécialistes de «Mordus». Cela s’explique par les difficultés propres au terrain ici, avant d’être chasseur, il faut se montrer bon alpiniste, bien connaître «sa » montagne et les mœurs de sa faune. C’est d’ailleurs une bonne chose, car la faible densité du gibier et la difficulté de sa reproduction entraîneraient sa disparition rapide et totale si le nombre de fusils augmentait grandement.

Tout en sachant parfaitement que la plupart de nos lecteurs n’auront jamais l’occasion de tirer un chamois ou un lièvre variable, une gélinotte ou un tétras, et que ceux qui ont la chance de pouvoir le faire connaissent cette chasse beaucoup mieux que nous, nous consacrerons donc quelques pages à ces gibiers et à leur tir.

 

Chamois et isards

Parmi le gibier à poil fréquentant nos deux chaînes de montagnes, les Alpes et les Pyrénées, une anti­lope tient la première place. Car, pour les spécialistes, le chamois des Alpes (l’isard des Pyrénées) appartient bien à la famille des antilopes, même s’il présente cer­taines particularités qui le diffé­rencient de ses sœurs d’Afrique.

Remarquons tout de suite que si le chamois et l’isard appartiennent à la même espèce et se ressemblent beaucoup, ils présentent quand même certaines particularités qui les distinguent.

D’abord, le chamois vit dans les massifs alpins alors que l’isard ne fréquente que les contreforts des Pyrénées. Ensuite, le chamois atteint une taille légèrement supé­rieure à celle de l’isard, différence qui se retrouve par ailleurs dans la longueur des cornes, celles des chamois pouvant dépasser 30 cm, celles de l’isard restant toujours au-dessous de cette longueur.

Autre différence, minime, la cou­leur de la robe celle de l’isard est légèrement plus rouge que celle du chamois et les taches noires de sa tête sont moins bien marquées. Pourtant, les zoologistes se trou­vent tous d’accord pour affirmer que chamois et isards appartien­nent à la même espèce et que, seule, la zone d’habitat a entraîné des différenciations dans la taille et la robe. Autre différence, due à l’homme cette fois alors que les chamois, bien qu’en nette diminu­tion depuis le début du siècle, res­tent encore relativement nombreux dans les Alpes, les isards risque­raient de disparaître si les Espa­gnols ne se montraient plus sages que les Français en les protégeant rigoureusement. Chez les isards comme chez les chamois, le mâle est appelé bouc, la femelle chèvre et les jeunes chevreaux, devenus éterlous (mâles) et éterles (femel­les) lorsqu’ils atteignent l’âge de 2 ans. Le bouc et la chèvre portent tous deux des cornes mais celles du mâle sont plus fortes à la base, se terminant par un crochet plus aigu que celles de la chèvre, plus grêles.

Ils vivent groupés en hardes, habi­tant les sommets herbeux pendant l’été et se retranchant dans les forets de moindre altitude lorsque la neige envahit la montagne.

La période du rut s’étend sur les mois de novembre et décembre, et la durée de la gestation dure vingt-cinq semaines généralement la femelle met bas un chevreau, beaucoup plus rarement deux. Devenus éterle ou éterlou, les jeu­nes chamois continuent à vivre avec leur mère jusqu’à ce que le chevreau suivant ait lui-même atteint l’âge de deux ans.

Nous l’avons déjà dit les chamois portent des cornes comme les chè­vres et non pas des bois comme les cerfs. Ces cornes sont persistantes, elles ne tombent pas chaque année et leur croissance est liée à la santé et à la forme de l’animal qui les porte. Commençant à pousser lorsque le chevreau atteint 6 mois, les cornes continuent de le faire jusqu’à ce que l’adulte arrive au seuil de la vieillesse à partir de ce moment, la base se déforme, des concrétions s’y accumulant qu’on appelle ordinairement des résines. Bouc et chèvre possèdent indifféremment derrière chaque corne une glande contenant du musc dont la production est liée à l’acti­vité sexuelle.

Ajoutons que, lorsqu’il se trouve en état d’alerte, le chamois fait entendre une espèce de sifflement produit par l’air à travers ses narines.

 

Les différentes chasses au chamois ou à l’Isard
Il existe différentes techniques de chasse au chamois et à l’isard chasse à l’approche, chasse à l’affût, chasse en battue, chasse aux chiens courants. Nous les évo­querons successivement après avoir rappelé que le tir peut s’effectuer Soit avec un fusil à canon lisse, soit avec une carabine. Le tir avec un fusil à canon lisse, très limité par sa portée, ne permet que rarement un beau tableau car le chamois ne se laisse que très dif­ficilement approcher à la distance minimale pour espérer l’atteindre. Aussi le législateur l’a-t-il définiti­vement interdit. Les spécialistes de cette chasse utilisent désormais uniquement une carabine (souvent avec lunette) qui permet de tirer avec beaucoup de précision et d’efficacité à 200 ou 300 mètres a une distance plus grande, le coup est moins sûr et précis et on risque de blesser l’animal qui va le plus souvent mourir dans quelque recoin de la montagne.

 

La chasse à l’approche

Elle se pratique assez couramment dans les Pyrénées, plus rarement dans les Alpes où elle ne peut être pratiquée que par des sportifs accomplis, à cause des difficultés naturelles. Ceux qui s’y risquent le font généralement en octobre alors que les chamois se sont regroupés et ont pris leur pelage d’hiver, assez foncé pour mieux trancher sur le paysage.

Dans cette chasse, il faut avant tout découvrir le gibier et ce n’est pas le plus facile. Les premières et les dernières heures du jour, moments où les chamois vont viander, sont les plus favorables. Aplati sur le sol, jumelles aux yeux, le chasseur cherche à décou­vrir la harde et il ne peut espérer le faire qu’avec beaucoup d’expé­rience derrière lui.

Si la recherche se trouve couron­née de succès, il lui reste à appro­cher. Pour cela il faut choisir le bon moment, quand la harde com­mence à pâturer ou quand elle se couche pour se reposer. L’appro­che ne peut alors commencer que si le chasseur a bien repéré les obs­tacles qui lui permettront de se dis­simuler, à la condition expresse que le vent souffle du bon côté. Elle s’effectue en rampant, en marchant courbé vers le sol, en progressant autant avec les mains qu’avec les pieds, en évitant tout bruit. En supposant que tout se passe bien, arrivé à l’endroit qu’il a repéré pour le tir, le chasseur doit alors se retrouver bien dans sa peau avant de penser seulement à régler la hausse de son arme. Ce n’est qu’à ce moment qu’un point d’appui bien choisi permet d’ajus­ter le gibier pour éviter les blessu­res qui ne laissent pas le gibier sur place, il faut viser le défaut de l’épaule si l’animal se présente en travers ou le poitrail s’il se pré­sente de face. Le coup parti, le chasseur ne doit pas se départir de son calme alertée par le bruit mais incapable de le localiser à cause de l’écho, quel que soit le résultat du premier tir, la harde risque de se rapprocher et le tir en pleine course devient parfois possi­ble, mais au risque de blesser un animal sans être certain dd pouvoir le retrouver.

 

La chasse à l’affût

La chasse à l’affût demande à la fois une connaissance approfondie des habitudes du chamois et une grande expérience de la montagne. Il n’est donc pas anormal qu’elle soit surtout le fait des monta­gnards d’origine plutôt que des chasseurs qui ne la pratiquent qu’occasionnellement.

La patience constitue ici la princi­pale qualité car, ayant repéré les clairières où les chamois vont pâturer ou les trajets qu’ils suivent pour s’y rendre, le tireur doit sou­vent rester de longues heures à attendre le gibier, espérant que le vent ne tournera pas au dernier moment, rendant vaine son attente.

 

La chasse en battue

Comme dans toutes les chasses en battue, celle du chamois s’effectue en poussant le gibier sur les tireurs placés en des points fixes. La diffi­culté tient au terrain et à la néces­sité de trouver un espace suffisam­ment vaste pour pouvoir organiser la traque.

Les postes des tireurs sont situés sur le passage présumé des cha­mois dont les hardes ont été sur­veillées longtemps avant le jour de chasse prévu, en prenant soin de ne laisser aucune sortie sans fusil. Les traqueurs sont le plus souvent recrutés parmi les montagnards de la région connaissant parfaitement le terrain, et les principales quali­tés requises pour les chasseurs sont le camouflage et la patience aver­tis par le bruit des pas de la harde levée, ils doivent attendre qu’un gibier se présente à bonne portée — moins de 200 mètres — pour tirer.

La chasse en battue est très meur­trière, d’autant plus que bien des chamois touchés ne sont pas retrouvés.

 

La chasse aux chiens courants

Ce type de chasse, qui fut très pra­tiqué autrefois, ne l’est plus guère aujourd’hui que par les monta­gnards, et presque uniquement dans les Pyrénées.

Les tireurs se placent à l’affût comme dans une battue, si possi­ble vers le haut, alors que les chiens sont lancés du bas. Ils débusquent facilement les chamois grâce à l’odeur forte qu’ils répan­dent, et ceux-ci ne gardent bientôt plus qu’une courte avance sur eux car ils cherchent à ruser plutôt qu’à fuir. Lorsque les chiens ont pris en chasse un seul animal, ils finissent par le pousser vers les chasseurs qui peuvent alors le tirer. Si le chamois ne tombe pas sous les balles, il finit souvent par se réfugier sur un promontoire trop élevé pour les chiens.., où certains chasseurs n’hésitent pas à l’achever.

 

 

Les autres gibiers de montagne

 

Le lièvre variable

De la taille d’un gros lapin de garenne, le lièvre variable ressem­ble plus d’ailleurs à ce dernier qu’à un lièvre des plaines, à l’exception toutefois des oreilles, plus petites que celles d’un capucin mais qu’il porte de la même manière. Vivant exclusivement dans les Alpes, le lièvre variable y porte souvent d’autres noms lièvre blanc, blan­chon, lièvre de Varron, lièvre changeant. Il doit son nom le plus courant, lièvre variable, à son changement de pelage au gré des saisons. Pendant l’été, son poil est brun uni; quand l’hiver s’appro­che, son pelage pâlit jusqu’à deve­nir tout blanc, sauf la pointe des oreilles, qui reste noire ; le prin­temps revenu, il redevient brun et ainsi de suite jusqu’à la fin de sa vie.

Il vit généralement entre 2 500 et 3 000 mètres, montant l’été jusqu’à 4 000 mètres, là où il trouve certaines plantes qu’il aime brouter. Il peut également descen­dre jusqu’à la zone des mélèzes, à la limite des zones d’habitat du liè­vre commun.

Des pierres lui servent de gîte et, l’hiver, il creuse un tunnel sous la neige pour s’y blottir. Pourchassé, il n’hésite pas à se réfugier dans un terrier de marmotte. Vivant habi­tuellement seul, il ne recherche la compagnie de ses rares congénères qu’à la saison des amours. La hase fait deux portées par an, parfois trois, chaque portée comptant de deux à cinq levrauts les naissan­Ces s’échelonnent d’avril à septembre.

Sa nourriture comprend surtout des graminées, des feuilles, des rameaux de conifères qu’il cherche uniquement la nuit, restant caché pendant la journée, à l’abri du regard des aigles et des faucons.

Sa rareté rend sa chasse exception­nelle. Les chasseurs qui la prati­quent quand même utilisent des chiens courants pour le faire le lièvre débusqué dans la forêt tourne en rond jusqu’au moment où il file vers le sommet le plus proche où il espère trouver refuge. Lorsque la neige recouvre la mon­tagne, certains chasseurs équipés de skis le suivent à la trace.

 

La famille des tétras

Il s’agît d’une famille de quatre gibiers dont le caractère commun tient à ce qu’ils possèdent des nari­nes couvertes de plumes et que leurs tarses (troisièmes articles du pied) sont également-emplumés.

Deux d’entre eux, le grand tétras et la gélinotte, se sont grandement raréfiés cependant que les deux autres, le lagopède et le titras-lyre, mieux à l’abri des chasseurs et des prédateurs, se rencontrent encore assez souvent.

A titre d’information, signalons que la grouse, dont il est si souvent fait mention dans les romans dont l’action se situe en Ecosse ou en Irlande, appartient à la même famille il s’agit en fait d’un lagopède.

 

Le grand tétras

Son nom complet est grand tétras urogale mais on l’appelle le plus souvent grand coq de bruyère.

Autrefois commun dans les Alpes, il en a aujourd’hui quasiment dis­paru tant il a été chassé. Aussi n’en trouve-t-on plus que dans le Jura, les Vosges et les Pyrénées, où il s’est réfugié sur les plus hauts massifs, à plus de 1 500 mètres dans les Pyrénées et jamais à moins de 400 mètres dans les au­tres zones. Sa morphologie convient d’ailleurs parfaitement à ces altitudes.

Certains observateurs l’ont com­paré à un dindon au plumage noir lustré; la femelle, plus petite, pos­sède un plumage roux feuille morte. Son régime alimentaire comprend essentiellement des baies et des fruits pendant l’été, des bourgeons résineux pendant l’hiver. La forêt lui convient donc parfaitement.

Pendant la saison la plus froide, il se tient sur la partie basse des ver­sants où il trouve encore la nourri­ture nécessaire à sa survie. Quand arrive le printemps, il remonte les versants et, l’été, il affectionne les sommets.

C’est un gibier très difficile à sur­prendre car il possède une vue et une ouïe exceptionnelles qui ne font que se développer avec l’âge. Aussi est-ce surtout les jeunes indi­vidus qui se laissent approcher, particulièrement à l’automne, alors qu’ils vivent encore en compagnie.

L’hiver venu, ils se dispersent et il ne faut plus guère espérer en lever un que très exceptionnellement. C’est donc en septembre et octo­bre que leur chasse est possible.

Celle-ci doit se pratiquer de très bonne heure car, dès qu’ils Ont mangé, les coqs se perchent sur les arbres touffus qu’ils affection­nent, voyant venir de loin le dan­ger. De très bonne heure donc, le chasseur doit parcourir à bon vent les clairières où ils ont été signalés, en compagnie d’un bon chien d’arrêt. Dès que celui-ci se met sur le qui-vive, le chasseur doit le rat­traper car le tétras ne tient jamais longtemps l’arrêt il s’envole rapi­dement mais d’un vol lourd dû à ses quelque 10 livres et à ses ailes courtes, pour se précipiter vers une pente proche où son poids l’entraîne dans un vol très rapide. Il faut le tirer avec du 2 ou du 3. Attention: on ne tire que les coqs maillés, les poules — appelées rousses — sont strictement proté­gées, et à juste titre si on ne veut pas que la race disparaisse.

Un grand tétras levé se repose ra­pidement et il est toujours possible d’aller le rechercher mais il est encore plus difficile à approcher.

Autre chasse du coq de bruyère, qui se pratiquait autrefois: la chasse au chant, à la période des amours, en février. Il faut sur­prendre le coq dès le point du jour, alors qu’il a passé la nuit à lancer son chant d’amour. Alors, la queue en éventail, les ailes tom­bantes, les plumes ébouriffées, le cou tendu, il semble totalement inconscient, lançant des « tik... tik... tikout... tikout» de plus en plus accélérés. A ce moment, il se laisse approcher, à la condition que le chasseur montre beaucoup de prudence, réglant ses pas sur le chant et cessant sa progression quand le coq se tait.

Si l’envie de tirer vous tient encore à ce moment-là, faites-le avec du O ou à la carabine, car le coq a un plumage serré.

 

Le Lagopède

On l’appelle très souvent perdrix blanche, alors qu’il n’appartient pas à la famille des perdrix mais à celle des tétras. Il porte d’ailleurs beaucoup d’autres noms: perdrix des neiges, poule des neiges, jala­bre, talubre, albine, etc. Son nom de lagopède (pied de lièvre) tient à ce qu’il porte de la plume aux pat­tes, comme les autres tétras, d’ailleurs.

Le lagopède présente la particula­rité de muer trois fois. Sa première tenue est la tenue nuptiale, en juin ­juillet, dans laquelle le brun domine, le plumage de la poule étant moins sombre que celui du coq. L’œil se présente alors entouré d’une tache noire et d’un sourcil rouge écarlate. Les pattes sont vierges de toute plume.

Viendra ensuite la tenue post­nuptiale, après la mue d’été : des plumes blanches font leur appari­tion parmi les plumes sombres et le sourcil pâlit. Cette tenue subsiste jusqu’à la fin septembre.

A la mi-octobre, une nouvelle mue fait disparaître les plumes colorées et, à la mi-novembre, tous les lago­pèdes sont blancs, portant des bot­tes de plumes blanches, les mâles seuls présentant encore une tache noire à la base du bec.

Ils garderont cette tenue jusqu’en mai où du brun fera sa réappari­tion parmi le blanc; à la mi-juin, les lagopèdes arboreront leur plu­mage nuptial la boucle sera bouclée.

Contrairement aux autres tétras, le lagopède vit cri terrain déboisé toute l’année, dans les Alpes et les Pyrénées, aux environs de 2 000 mètres d’altitude. Son terrain pré­féré est la prairie de graminées.

Il se déplace le plus souvent en pié­tant mais, acculé, il prend son vol très rapidement pour se reposer, pas très loin. Il faut le tirer avec du 6 ou du 7. On le chasse surtout dans les Pyrénées, où le terrain est moins difficile que dans les Alpes.

 

Document établi par Guillaume Guyard
Source :  Extrait de " Le livre de la chasse" édition SOLAR - ISBN 2-263-00655-9

 

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