Espagne - Portugal : Prédation du loup sur les bovins – Caractérisation du conflit et propositions pour le réduire

 

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En décembre 2014, la commission européenne a publié un rapport concernant l’Espagne et le Portugal, au sujet de la "Prédation du loup sur les bovins – Caractérisation du conflit et propositions pour le réduire" en anglais comme toujours. Il faudra attendre février 2015 pour avoir une version espagnole. L’intérêt de ce rapport est de fournir des informations chiffrées très intéressantes montrant le caractère dramatique de la prédation du loup sur les bovins et équins qui n’a rien à envier à la situation des ovins. Aucune solution sérieuse pour réduire la prédation n'est proposée.


En France, une élue écologiste de la région PACA préconisait de changer de type d’élevage pour répondre à la problématique des prédations de loups : passer de l’élevage d’ovins et caprins à l’élevage de bovins. Pour une élue, c’est faire preuve d’une profonde méconnaissance de la répartition des prédations en France et se voiler les yeux sur ce qui se passe dans les autres Pays à travers le monde.

Résumé du rapport

Un nouveau rapport de la Commission européenne "Exploration des méthodes traditionnelles d'élevage produisant la prédation du loup sur les bovins en liberté au Portugal et en Espagne" offre un regard sur les problèmes rencontrés par les éleveurs de bétail dans cette région de la péninsule ibérique, mais suggère peu de solutions. Rien de très concret pour soulager les éleveurs de bovins par rapport aux problèmes spécifiques qu’ils ont identifiés.

Le document reconnaît que "l'impact économique des dommages de loups sur le bétail est élevé et est de plus en plus pertinente ces derniers temps, depuis que les bovins sont proportionnellement plus nombreux parmi les espèces d'élevage."

Pourquoi cette situation ?

Face à la prédation sur ovins les éleveurs se sont tournés vers un autre type de production : le bovin. Exactement ce que certains recommandent en France. Nous savons parfaitement que les loups s’attaquent aux bisons comme aux bovins. Une fois encore, l’écologie profonde et politique fait illusion en détournant le problème pour gagner du temps en faisant croire que….

Le rapport précise que dans ces deux régions montagneuses du Portugal et de l'Espagne dans le nord de la péninsule ibérique, il existe de fortes densités de loup jusqu'à six par 100 km carrés. Ces deux régions sont par ailleurs dominées par l'homme où l'élevage est une activité économique importante. Les subventions gouvernementales sont une part importante (plus de 50%) du revenu économique des éleveurs.

Il est également précisé qu’au Portugal, un éleveur avec 250 bovins peut bénéficier de plus de 110.000 Euros de subventions annuelles de l'Union Européenne alors que cet élevage est la principale source de nourriture pour les loups, jusqu'à 30 pour cent du régime alimentaires.

En Espagne, au printemps et à l'automne, le bétail passe l'hiver dans des étables ou des granges et pâture à proximité des villages, mais sont parqués à l'intérieur la nuit. Toutes les prédations de loups se produisent dans les pâturages d'été en montagne. 65% des éleveurs de bovins qui utilisent des chiens de protection ne subissent pas de pertes de bétail de loups, mais 64 % des éleveurs de bovins qui n’en utilisent pas régulièrement subissent des prédations sur leurs troupeaux.

La région Covadonga dans les Asturies (Massif des Cantabriques - Espagne) a 5 fois plus de prédations que les autres régions alors que les éleveurs ne mettent pas les veaux en montagne et que les bergers restent avec le troupeau durant l’été. La faible disponibilité de proies sauvages conduit à des prédations plus élevées qu’ailleurs sur le bétail domestique.

Les auteurs du rapport ne sont pas très novateurs. Ils estiment que la, prévention la plus efficace pour la protection du bétail est l’utilisation de chiens de protection. Un discours déjà connu avec les ovins et qui connait ses limites. Mais les éleveurs espagnols de bovins énumèrent des contraintes quant à l’utilisation de ces chiens. Il s’agit de :

  • Les pâturages d'été ne sont pas accessibles par les véhicules 4x4 et les éleveurs doivent marcher pour atteindre leurs troupeaux. Apporter de la nourriture pour les chiens serait difficile.
  • Le rapport des chiens de protection avec les bovins est plus difficile qu’avec des moutons ou des chèvres, ce qui ne manquerait pas de créer des problèmes avec les chiens.
  • Entretenir et élever un chien de protection toute l’année coûte cher pour une valeur égale à celle d’un veau. La perte de 2 ou 3 veaux par an est équivalente au coût de 2 ou 3 chiens de protection.
  • Les chiens de protection peuvent effrayer les randonneurs ou les touristes et déclencher des plaintes.

Selon le rapport, dans le cadre de la recherche de solutions aux conflits loup-bétail, des tables rondes ont été organisées avec les parties prenantes notamment les éleveurs de bétail. Ces derniers ont fourni une liste exhaustive des problèmes où la bureaucratie gouvernementale y prend une place importante. Mais au lieu de proposer l’amélioration de l’accès aux pâturages de montagne, le rapport final recommande que le bétail pacage plus proche des villages et des structures d’exploitation. Mais curieusement, au lieu de traiter le manque de places et de structures pour confiner le bétail et des problèmes bureaucratiques bloquant la délivrance de permis de construire de ces structures, le rapport se limite à la simple recommandation de confiner le bétail sans aller au fond du sujet. Un autre problème est le manque de coordination entre l'entité responsable des dommages de loups et l’entité distincte responsable de l'aide agricole. Le rapport pointe le fait que le remplacement d’un animal tué par le loup devrait être remplacé dans les 20 jours qui suivent la prédation. Mais le traitement financier ne suit pas dans un aussi court délai.

Le rapport recommande de meilleures pratiques pour la prévention des dommages, avec deux points principaux :

  • Rétablissement des populations d'ongulés sauvages pour servir de source de nourriture alternative.
  • Appliquer des mesures de prévention des dommages, "qui devrait être obligatoire pour bénéficier de l'indemnisation des dommages de loups et des aides de l’UE à la production de bétail dans les secteurs de présence du loup.

Alors que les éleveurs ont participé à définir les problèmes de gestion du bétail et des conflits avec la présence du loup, le rapport indique : "Beaucoup d’éleveurs de bétail ne sont pas prêts à améliorer leurs pratiques ou à faire un effort visant à prévenir activement les attaques de loups". Il se termine par une liste de "meilleurs pratiques" de gestion dont il serait douteux qu’elles parviennent à résoudre les problèmes spécifiques identifiés par les éleveurs.

Le rapport recommande les «meilleures» pratiques de gestion suivantes pour prévention des dommages de loups sur le bétail :

  • Promouvoir le pâturage sous la garde d’un vacher et d’un chien de protection pour 50 bêtes avec un maximum de 5 par troupeau
  • Le confinement nocturne du bétail.
  • Confinement des veaux de moins de trois mois.
  • Que les vaches donnent naissance à des veaux à l'intérieur.
  • Empêcher pâturage libre en hiver en confinant les animaux. Éviter le pâturage libre pendant l'été à une distance de plus de 4 ou 5 km des structures de confinement.
  • Promouvoir l'utilisation des races de bovins bien adaptées aux vastes pâturages et aux conditions écologiques des zones montagneuses.

Voir le rapport complet en anglais et espagnol :

Commentaires de ce rapport de l'Union Européenne

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Un rapport sans intérêt pour les éleveurs sauf l'annonce de l'ensauvagement des montagnes


Ce rapport est très succinct et très orienté. Nous y voyons plus l’empreinte des écologistes tentant d’étouffer les problèmes qu’un rapport d’experts notamment de l’élevage. 32 pages de rapport (résumé ci-dessus), grandes photos incluses pour deux années de travail, de tables rondes et autres fadaises habituelles chez les écologistes, ne peut être qu’un exercice de médiocres ou de simples militants sans beaucoup d’intérêt. Et pourtant….

Les deux années de travaux préparatoires ont été coordonnées par l’Institut d’Écologie Appliquée dont le président depuis 1987 est Luigi Boitani. L’assistance et la participation quasi permanente est assurée par la LCIE - Initiative Européenne pour les Grands Carnivores– présidé par le même Luigi Boitani. Personnage qui impose sa présence et ses idées dans toutes les instances européennes et l’UICN en matière de loup sans parler des nombreux financements européens Life qui permet de bénéficier d’une certaine manne financière.

Contrairement au titre, ce rapport n’apporte aucune solution aux éleveurs. Il ne fait que répéter des mesures existantes pour les ovins. Rien de plus. L’objectif n’est pas de sauver l’élevage bovin mais de le faire disparaitre comme l’élevage ovin tout en excluant les paysans des territoires de montagne et appliquer les objectifs de "re-wilding" actés en 1997 : Promouvoir des espaces vierges.

Le Portugal et l’Espagne deviennent des laboratoires pour les apprentis sorciers des écologistes comme en témoigne certains voyages d’étude d’espagnols dans les Alpes-Maritimes en janvier 2015 ou de chasseurs de Savoie en Espagne dans la même logique qu’en 2008 pour les pyrénéens avec les voyages d’étude pour faire accepter l’ours.

Ce rapport n’est qu’une manipulation idéologique. Il est sans intérêt mais présente un gros danger pour les espagnols et les autres pays si l'Espagne sert de référence aux illusionnistes de l'écologie.

Louis Dollo, le 26 mai 2015

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