Après plus de 30 ans d’explications en tout genre pour nous montrer que l’ours n’est pas dangereux en dehors de certaines conditions que nous ne connaissons pas très bien, voilà que l’ONCFS fait marche arrière et avoue une lacune qu’elle aurait dû régler avant 1996, date de la première introduction dites « expérimentales » d’ours slovène. Mais engluer dans leurs mensonges, administrations et associations environnementalistes responsables de ces introductions à la hussarde ont été incapables de faire une analyse objective de la situation.
30 ans sans études
Les premières idées de protection de la population d’ours dans les Pyrénées datent de 1934. La chasse est interdite en 1962, le Parc National des Pyrénées a été créé en 1967 et les premières démarches datent de de 1982. En 2012, l’ONCFS fait une découverte : « Les études sur la sélection de l’habitat à l’échelle du paysage conduisent à évaluer la capacité d’accueil des Pyrénées et à mieux connaître les exigences écologiques de l’espèce. Au sein du domaine vital individuel, l’étude sur le choix de certains sites sensibles pour la conservation de l’espèce sera développée (choix des sites de couche diurne et des tanières) ». Ouf ! Il était temps. Mais il est surement trop tard car la vie des hommes n’est plus la même aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Il faut donc étudier et penser pour… 2062 et non pour aujourd’hui. Lorsque nous voyons l’efficacité actuelle de l’ONCFS dans ce domaine et notamment Pierre-Yves Quénette, Chef de projet, assisté de Jean-Jacques Camara, nous pouvons raisonnablement douter de leurs capacités.
Autre aspect du problème : qui a fait les paysages que nous connaissons et qui sont susceptibles de répondre à « la capacité d’accueil des Pyrénées » ? La « nature » à l’état sauvage n’existe plus dans les Pyrénées depuis des millénaires. L’homme y a mis la main partout. Les paysages sont le résultat du travail commun de l’homme et de ses bêtes d’élevage. Il serait peut-être aussi intéressant de tenir compte de leur avis au lieu de les exclure.
L’homme devient un centre d’intérêt
Durant 30 ans, les associations environnementalistes avec la complicité de l’ONCFS, et plus précisément de l’ETO de Pierre-Yves Quénette, ont idéologiquement estimé que l’homme était un intrus sur les territoires dédiés artificiellement et autoritairement à l’ours. Alors que la non acceptation sociale des introductions d’ours est enfin reconnue après l’avoir niée durant 30 années et que l’inversion de la situation apparait comme étant irrémédiablement impossible, voici que les mêmes individus écrivent : « … certains aspects du comportement de l’ours, importants en termes de gestion des conflits avec l’homme, sont étudiés. Dans ce cadre, nous analysons les situations de rencontres homme ours. Il s’agit à la fois d’apporter des éléments de connaissance sur les conditions de ces rencontres, sur la réaction de l’ours face à l’homme, et d’identifier les situations à risque ».
Surprenant ! Aujourd’hui, l’homme existe sur les territoires, il rencontre l’ours et cette situation peut présenter des risques. Et faits extraordinaires, apparemment conservés secrets, il existe un « bilan des rencontres homme-ours dans les Pyrénées de 1996 à 2010 ». Heureux de l’apprendre.
Identifier les risques
Certes, il nous a toujours été dit qu’il existait des risques potentiels comme avec tous animaux sauvages. Mais il est pratiquement impossible de connaître à quel instant le risque potentiel devient certain afin de prévoir la réaction, voir la parade, à avoir pour éliminer ou réduire ce risque.
L’ours brun est un animal potentiellement dangereux qui peut, dans de rares cas, blesser ou tuer l’homme. Ainsi, la dangerosité de l’ours est souvent un sujet de débat social et doit être pris en compte dans la mise en place d’un plan de conservation de cette espèce. Il est donc important de documenter dans quel contexte se situent les rencontres homme-ours, quel est le comportement de l’animal, et identifier au mieux les situations à risques. Mais l’ours est comme l’humain. Ses réactions sont inattendues et elles dépendent des individus. Nous n’avons pas affaire à des machines. Il n’existe pas d’uniformité des réactions autant du côté de l’ours que du côté de l’humain. Tout est subjectif. Ce qui ajoute au risque sans jamais l’éliminer.
Des cas d’étude
Nous apprenons dans ce rapport qu’il a été relevé « 495 cas de rencontres homme-ours » relevés dans les Pyrénées françaises. Et il est fait une analyse de ces « rencontres » notamment « la réaction de l’ours et du type d’habitat ». Ce qui permet de « détailler les conditions d’observation de l’animal, son comportement et sa réaction lorsqu’il détecte la présence de l’homme ». Le problème est que l’ONCFS et notamment l’équipe de Pierre-Yves Quénette nous ont habitué à 30 ans de mensonges et de manipulations. En effet, on nous rabâche à longueur d’année qu’il est difficile, voire même impossible de voir un ours et peu probable de le rencontrer. Et là, comme par enchantement, nous découvrons au hasard d’un rapport qu’il y a eu 495 cas de rencontre en 15 ans de 1996 à 2010 soit une moyenne de 33 cas par an sur environ 4 mois de l’année soit une moyenne de 8 contacts par mois. Et le plus souvent « entre 4h et 8h, et entre 16h et 20h ». Très fort ! Et très nouveau. Au moins pour le grand public. Mais qui fait ce type de rencontre ?
Les randonneurs plus efficaces que l’équipe ours ?
Les statistiques sont très précises et assez surprenantes. Selon le rapport 28.7% des observations sont faites par des randonneurs alors que ce sont ceux-là qui sont censé avoir peu ou pas d’opportunité de faire une telle rencontre selon les associations environnementalistes qui ne veulent affoler personne pour ne pas « plomber » leur projet d’ensauvagement des vallées. Puis vient l’équipe Ours pour 25.4% des cas alors que ce sont eux qui sont en principe chargé du suivi et devraient même informer les éleveurs pour qu’ils redoublent de précaution. Doit-on en conclure qu’ils sont rarement sur le terrain ? Puis viennent les bergers/éleveurs pour 17 %. Et là, il y a matière à discussion.
Pour la première fois est employé le terme « bergers/éleveurs ». Serait-ce un début de reconnaissance des idées avancées par l’ADDIP et les syndicats agricoles en se désolidarisant des invectives des associations environnementalistes ? Mais nous pouvions nous étonner que les éleveurs/bergers perdent leur temps à informer l’équipe de suivi de l’ours de leurs observations alors que beaucoup hésite même à déclarer une simple prédation. Mais bon… admettons… avec beaucoup de réserves.
Des conclusions provisoires étonnantes
Selon les statistiques présentées, 50.6% des observations se font en zone de pelouse. Voilà donc une nouveauté. L »ours n’est plus un animal des bois. Quoique nous sachions déjà que pour les « spécialistes » pyrénéens il était herbivore. Seulement 42.8% des observations se font en forêt… L’ours ne doit donc pas beaucoup se cacher. Mais tout ceci ne fait que 93.4% des observations. Où se font les 6.6% autres observations ? Dans les granges ? Les villages ?
Pour l’ONCFS : « Ces résultats montrent que l’ours est un animal qui évite la présence de l’homme et s’enfuit dès qu’il le détecte ». Difficile de croire cette affirmation. En fait, nous en voyons peu car il y en a peu. Seulement une vingtaine entre le Couserans et le Val d’Aran. Soyons réaliste avant de tirer des conclusions aussi affirmatives. Mais nous savons, si l’information est exacte que : « En été, les principaux observateurs sont les randonneurs et les bergers, à l’automne ce sont les chasseurs ».
Un débat sur la dangerosité ?
Selon l’ONCFS : « Ces éléments de connaissance sur le contexte des observations visuelles et des rencontres homme-ours s’avèrent indispensables dans le débat sur la dangerosité de l’ours ». Le problème est qu’il n’existe pas de débat. Du moins public. Et s’il existe, où est-il ? Il y a seulement des faits : des attaques sur troupeaux domestiques, des personnes accidentées ou tuées dans d’autres pays, et une histoire pyrénéenne qui en fait également état. Mais cette histoire est exclue de toutes études. Il n’existe aucune recherche dans les archives. Ou si elles existent, nous n’en avons pas connaissance pour alimenter un éventuel débat. Néanmoins, il existe des livres qui en font état. Difficile des ignorer. Et dans tous les cas la dangerosité de l’ours est connue et reconnue.
L’équipe ours reste obstinément dans ses incohérences : « Ils permettent également de fournir des règles élémentaires de conduites pour les personnes qui se déplacent en zone à ours afin d’éviter les situations à risque ». Voilà donc la preuve qu’il existe bien un risque de danger et que les recommandations prodiguées seulement depuis quelques années ne sont pas forcément les meilleures. Il aura fallu attendre 30 ans pour que l’ONCFS s’intéresse au sujet. En attendant, bergers, randonneurs et chasseurs sont confrontés à des risques dont on a nié l’existence durant des années occasionnant des conflits parfois dramatique comme lorsque des chasseurs ont malencontreusement tués Melba et Cannelle.
Comment, aujourd’hui, faire confiance à l’équipe de Pierre-Yves Quenette ? Ne sommes-nous pas en présence d’une nouvelle forme de manipulation ?
La seule chose certaine : L'ours est dangereux, l'ONCFS avoue !
Louis Dollo, le 15 juillet 2012