Penser que les glaciers pyrénéens fondent comme neige
au soleil n'est pas un euphémisme. En 1870, la surface englacée
pyrénéenne était estimée entre 40 et 45
km2. En 2000, elle n'est plus qu'à 5 km2. Aujourd'hui donc, ce
patrimoine naturel, si peu connu, est sursitaire d'une disparition.
Si, par le passé,
les glaciers pyrénéens ont fait l'objet de nombreuses
études, on sait que, depuis une quinzaine d'années, on
ne s'intéressait plus à leur évolution.
Entre 1999 et 2000,
Pierre René, dans le cadre de ses études, a réalisé,
au sein du Parc national des Pyrénées, une actualisation
des caractéristiques physiques et géographiques de chaque
glacier. Ses études se prolongèrent au sein de l'Association
moraine, créée en 2001, et dont le but est d'étudier
et de diffuser les connaissances sur les glaciers.
Cette phase de
travaux préliminaires reconnue scientifiquement débouche
aujourd'hui sur des études glaciologiques plus importantes. C'est
ainsi que, depuis le 30 mai, le glacier d'Ossoue (massif du Vignemale)
a été placé sous haute surveillance. Le choix de
cet appareil glaciaire n'est pas innocent: " Nous l'avons choisi
pour ces nouvelles investigations car il possède de nombreuses
données historiques que l'on pourra rattacher aux nouvelles séries
de mesures. De plus, il présente une surface importante (59 ha),
ce qui le place en deuxième position sur la chaîne pyrénéenne
après le glacier d'Aneto ", nous explique Pierre René.
NOMBREUX INDICATEURS
La démarche
sera rigoureuse. Un dispositif de mesure du bilan de masse glaciaire
annuel, conforme aux normes internationales utilisées, est en
train d'être mis en place. Ce bilan correspond à l'état
de santé du glacier ou encore à la mesure de gain ou de
perte de sa masse en relation avec les données climatiques. Il
s'agit, en fin de période d'accumulation (fin mai), de mesurer
la quantité de neige accumulée par carottage. Puis, en
fin de période d'ablation (fin septembre), on mesure la fonte
grâce à des balises d'ablation qui, une fois ancrées,
voyagent avec le glacier. Ces travaux bénéficient d'une
collaboration avec le Parc national et le laboratoire de glaciologie
de Grenoble. Le 30 mai dernier fut la journée de carottage et
durant le mois de juillet, huit balises d'ablation vont être implantées
dans le glacier pour pouvoir mesurer la fonte.
Pierre René
s'est expliqué sur le bien-fondé de ces études
dont les résultats seront passionnants: " Les glaciers
sont des indicateurs climatiques et de l'état de santé
de la Terre. Par ailleurs, ils sont des indicateurs de réserve
hydrique. L'observation de ces réservoirs sert de témoin
du comportement de l'ensemble de la réserve hydrique contenue
en montagne. Enfin, je souhaite noter que ces travaux entraînent
une véritable coopération transfrontalière en matière
de glaciologie. Depuis 1991, les scientifiques espagnols ont entrepris
des mesures sur le glacier de la Maladeta (massif d'Aneto). Les travaux
au glacier d'Ossoue permettront d'avoir deux sites d'observation sur
la chaîne pyrénéenne, d'où une cohérence
accrue dans l'interprétation des résultats ".
On sait aujourd'hui
que le travail de Pierre René sera une véritable référence
internationale.
Recueilli
par Michel Fagois
Source : Dépêche
du Midi du 21 juin 2002