MORT DE RAINIER MUNSCH -- Le guide de haute montagne tué au-dessus
de Gourette sera inhumé demain en Ariège
Il l'aura suivi dans toutes les Pyrénées, aussi bien qu'à
l'éperon Walker (Grandes Jorasses), dans les Dolomites ou en
Jordanie : parce qu'en trente-cinq ans Georges Rigal a effectué
un nombre incalculable de courses en montagne dans les pas de Rainier
Munsch, dit Bunny, ce guide de haute montagne mort dimanche au Pène
Medaà, au-dessus de Gourette (1), le
« client aux 700 courses » s'autorise à
préciser certaines choses. Car à la lecture de certains
propos tenus par Rainier Munsch et que nous avons textuellement rapportés
(Ci-dessus) Georges Rigal redouterait plus que
tout une interprétation erronée de la pensée du
guide disparu, de la part de personnes « [n'ayant jamais] réalisé
d'escalade rocheuse difficile ». Or, quand Bunny évoquait
« l'insécurité », celle-ci, souligne Georges
Rigal, portait avant tout sur les conditions de subsistance du métier
de guide : « La réalité, mainte fois entendue
par moi-même concerne une insécurité avant tout
pécuniaire, dans ce type de sport pour le guide et sa famille.
Contrairement à l'opulence qu'offrent d'autres activités
sportives ».
Paradoxalement,
c'est à 35 ans, l'âge où l'on renonce souvent à
la montagne à cause des obligations de la vie, que Georges Rigal
a fait ses premières courses avec le guide disparu. Concession
faite à son épouse; elle ne voulait plus le voir s'embarquer
seul vers les cimes et lui-même était gagné par
une certaine sagesse. Ne relevait-il pas de fractures de l'astragale
et du bassin consécutives à un dévissage dans la
face est du Sarrière (Gourette) ? « Il s'est alors trouvé
des gens pour me dire que ce pépin devait me servir de leçon
et me faire arrêter la montagne ». En fait de quoi Georges
Rigal, ingénieur à la SNEAP (usine de Lacq) issu de la
filière Arts et Métiers, réalisera entre 650 et
750 escalades en compagnie du guide béarnais, pratiquement toujours
en tandem, rarement à trois ou plus, « parce que la
cordée de deux est l'idéal ». Dans le milieu,
Georges Rigal passe pour le non professionnel ayant réalisé
le plus grand nombre de grandes courses en montagne en France. Le client
a suivi le guide jusqu'en 2003, année où un ennui de santé
lui a fait lever le pied. Il a aujourd'hui 72 ans : « Rainier
était plus qu'un ami. Nous avions ouvert des voies ensemble dans
l'Ossau. L'une est restée sous le nom de "Panique à
Topocity". A la fin de l'automne et au début du printemps
on grimpait beaucoup en Espagne ». Passion commune partagée
35 ans durant par un guide et son client qui se parlaient peu en course,
hormis au bivouac : « En montagne, moins on parle mieux ça
vaut ». Rainier Munsch sera inhumé demain à
Massat, en Ariège, le pays de son épouse où la
famille possède une propriété.
(1)
Les gendarmes du PGHM d'Oloron étaient à
nouveau sur le lieu de l'accident, hier, pour poursuivre leur enquête
dont les éléments devraient être révélés
en fin de semaine.
Auteur
: Thomas Longué
Source : Sud-Ouest
du 2 août 2006