Il était seul à appuyer sur la gâchette, mais ils
sont un millier à vouloir assumer avec lui. Voitures et 4x4 s'imbriquent
tant bien que mal sur les bas-côtés de la route, dès
le panneau d'entrée du Petit-Bornand-les-Glières. Les
derniers arrivés se dirigent d'un pas pressé vers l'entrée
de la salle communale. Comme pour ne pas rater le début du spectacle.
Il est 20h40, les escaliers extérieurs sont encore noirs de monde
jusqu'au premier étage... À croire que tous s'entassent
pour être sûrs d'avoir leur place au premier rang à
l'ouverture des portes. Seulement, les grands battants sont ouverts
et on a déjà levé le rideau. Alors pour permettre
au maximum de participants de s'agglutiner comme nous, dans la cage
d'escalier, les couloirs, et enfin la salle communale, on se serre.
On tend l'oreille, même si le micro des intervenants ne peut "cracher"
leurs paroles jusqu'à l'extérieur. Tant pis, chacun montre
qu'il est là. Que ce soit les éleveurs, les chasseurs,
des jeunes du pays, des mères de familles ou les représentants
des associations venus de l'Isère, avec des messages de soutien
de leurs confrères de la Drôme, des Pyrénées...
se disant près à faire le déplacement dès
la première action.
Ils ont répondu, ce mercredi soir, à l'appel du comité
de soutien à Franck Michel, le chasseur mis en examen pour avoir
abattu un loup la semaine dernière dans la commune. Sur le devant
de la scène, le maire Marc Chuard, étourdi par une telle
mobilisation, et les représentants locaux des associations de
chasse, d'agriculteurs et de paysans venus pour déverser leurs
messages à ce public avide d'actions. Mille personnes, c'est
comme si tout le village s'était réuni sous leurs yeux.
Pas habitué aux grands discours, Pierre Métral, président
des "Paysans Borniands", est allé droit au but : «
Un bureau a été nommé pour soutenir "Francky",
les statuts vont être déposés et tous les dons seront
les bienvenus pour l'aider à assumer l'amende à laquelle
la justice le condamnera. » Quant à la problématique
loup, des requêtes vont être transmises au préfet
avec la date du 6 mars posée comme ultimatum, pour obtenir une
réponse.
« Et s'il ne se passe rien ? », lance une voix dans
l'assemblée. « On attend votre soutien aussi rapide
et massif que ce soir pour faire des actions », répond
Pierre Métral. Autant de monde réuni en seulement deux
jours grâce au bouche à oreille, l'idée d'un nouveau
rassemblement "pour agir" fait frémir. Mais
ce ne sont que des voix tremblantes, des visages rougis par l'exaspération
et des yeux brillants de désolation qui exprimeront leur ras-le-bol
et leur volonté de renverser l'opinion publique pour faire plier
le gouvernement. Pas un trouble-fête ne s'est immiscé dans
ce rassemblement. Chacun s'imposant la mission de veiller à ce
que celui d'à côté ne "déborde pas".
« C'est trop important », murmure-t-on dans la foule.
Chacun y va alors de son idée, comme un référendum
"pro ou anti-loup" dans la commune pour lancer le débat,
et de son témoignage, à l'image d'Odile, une éleveuse
victime d'attaques répétées sur son troupeau. Qui,
la voix étranglée, lâche comme un ultime appel à
l'aide : « J'en peux plus ».
| Lettre
au Préfet |
Dans leur lettre au préfet, agriculteurs et chasseurs réclament
une information publique de la progression du loup sur le secteur,
un droit à l'abattage pour les chasseurs comprenant des
périodes de tir pertinentes et des moyens ainsi que la
révision des modalités de défense des troupeaux.
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| Lettre
au Président de la République et aux Ministres |
Après avoir rencontré Michel Barnier, mardi, et
Jean-Louis Borloo, mercredi, le député Martial Saddier
a fait un courrier au président de la République,
Nicolas Sarkozy, au Premier ministre, François Fillon,
ainsi qu'à la secrétaire d'État chargée
de l'Écologie, Chantal Jouanno, afin de réitérer
sa demande d'inventaire précis et indépendant du
loup, d'application du quota de tirs de prélèvement
élargi à la saison d'hiver, et la décision
d'application de ces tirs déléguée au préfet
de région.
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Auteur : Jennifer Parisot
Source : Le
Dauphiné Libéré - Paru dans l'édition 74D
du 20/02/2009
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