Les éleveurs du canton de Vaud en Suisse sont désespérés.
Chez eux, contrairement à la France, il n'y a aucune structure
en place pour les défendre, par ce que loups et vautours, mais
aussi ours, n'ont fait leur apparition que récemment. Ils ont
l'impression de faire peu de poids face aux Ecolos, "surtout les
citadins en mal de sensation forte, qui ne comprennent rien à
nos problèmes. C'est le pot de terre contre le pot de fer"
nous dit Danielle en nous envoyant un article assez significatif du
Nouvelliste, un journal cantonal
Nous pouvons constater qu'ils prennent exemple sur les français
pour manifester en déposant les cadavres au WWF. Et le WWF ne
prend-il pas les français en exemple de.... cohabitation... un
peut comme FERUS qui nous dit que tout va bien dans les Cantabrique
et que tout le monde cohabite comme au paradis. [Ndr]
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NOUVELLE ATTAQUE
- Une brebis et son agneau, protégés par deux chiens,
ont été tués par le loup dans le Chablais. Son
propriétaire apporte les cadavres dans le bureau de Marie-Thérèse
Sangra. Odeur nauséabonde et dialogue de sourds.
Hier matin, William
Grenon appelle la secrétaire générale du WWF Valais.
Marie-Thérèse Sangra accepte de le recevoir.
A 14 h 30, l'éleveur
de Vouvry, accompagné de deux collègues, Dominique Vannay
et Gérald Donnet, dépose le cadavre d'une brebis et de
son agneau dans son bureau. "Je vous apporte le résultat
du travail du loup!" La bête, qui avait mis bas cinq
jours plus tôt, s'était mise un peu à l'écart
du troupeau. Le loup en a profité. Les chiens de protection n'ont
rien senti.
Dans un premier
temps, Marie-Thérèse Sangra refuse ce qu'elle appelle
"une mise en scène". Elle ne veut pas être
photographiée avec les dépouilles. Elle détourne
son regard. "Je sais que c'est triste." Les
éleveurs insistent. "Regardez la réalité
en face!" Elle finit par accepter le dialogue et la présence
du "Nouvelliste".
William Grenon
: "Vous avez dit qu'il était regrettable qu'il y
ait des attaques, mais que c'était de notre faute parce qu'on
n'avait pas de chiens de protection. Alors, j'en ai pris deux. Je me
suis d'ailleurs fait engueuler tout l'été à cause
d'eux, parce qu'ils pincent les cyclistes. Et pour quel résultat?
Vous l'avez devant les yeux. Alors, arrêtez d'aller faire du bourrage
de crâne dans les écoles en essayant de faire croire qu'on
peut vivre avec le loup."
Marie-Thérèse
Sangra: "Je n'ai jamais dit que c'était facile. Mais
je crois que la cohabitation, moyennant un supplément de travail,
est possible. Les dégâts et votre travail doivent être
pris en charge par les pouvoirs publics."
Dominique Vannay
: "On ne veut pas de moyens supplémentaires ! Vous
ne comprenez pas. On ne dort bientôt plus, parce qu'on craint
les attaques. Comme a dit un autre éleveur, le loup nous a pris
notre liberté! Dorénavant, comme bâton de berger,
on prendra un fusil pour nous débarrasser des loups que vous
introduisez."
M.-T. S.:
"Je n'ai jamais amené aucun loup ! Ni moi ni le WWF.
Arrêtez de dire des bêtises!"
W. G.: "Et
le lynx, il n'a pas été introduit peut-être?"
M.-T. S. :
"C'est vrai qu'il a été introduit. C'était
une erreur. Mais, nous, les organisations, nous ne sommes pas responsables
de ce qui s'est passé. C'était un privé."
D. V.: "Un
jour, vous cracherez le morceau pour le loup, comme vous l'avez fait
avec le lynx!"
M.-T. S.: "Que
vous le voulez ou non, le loup continuera de venir naturellement. C'est
prouvé. Que faut-il faire? Le tuer?"
D. V.: "Mais
oui! On ne laissera pas dévorer nos moutons pas vos saloperies
de bestioles. Si on vous laisse faire, dans peu de temps, on aura aussi
l'ours. On va garder nos moutons avec le fusil en bandoulière!"
M.-T. S.:
"En réagissant comme vous le faites, vous faites du
tort aux éleveurs. Aujourd'hui, il y a
un consensus, partout en Europe, en faveur de la protection du loup.
Il faut trouver un moyen pour que la cohabitation fonctionne. On devrait
se mettre ensemble pour trouver des solutions. Je sais que le loup est
un problème de plus pour vous et que ce sera encore plus difficile
lorsqu'il y aura des meutes. Il y a de la place pour le loup ici, comme
il y a de la place pour l'éléphant en Afrique. Mais ce
n'est pas à vous d'être victimes. Vous serez remboursés
pour vos moutons."
D. V.: "Qu'est-ce
qu'on touchera pour cette brebis? 300-350 francs. Et heureusement qu'elle
a été retrouvée. A Susanfe, il y a dix-neuf moutons
qui manquent. On nous a dit qu'on ne serait pas payé tant qu'on
ne les aurait pas trouvés. On passe du temps pour chercher des
carcasses. Ce temps-là, personne ne nous le paie! Il faut venir
voir sur place comme c'est facile! Venez voir, ce qu'on vit, lorsqu'il
y a du brouillard, qu'on ne voit plus les moutons et qu'on reste là
sans savoir s'ils se font dévorer par des loups."
M.-T. S.: "Il
faut accepter l'évolution de la société qui veut
le retour de ces animaux qui ont toujours été présents
ici avant d'être exterminés."
W. G.: "Nos
ancêtres étaient sensés! Le loup démolit
la nature
"
M.-T. S.: "Non.
Le loup exprime une nature plus équilibrée. La Suisse
a les moyens de cohabiter avec lui et, lorsque des mesures de protection
ont été prises, d'indemniser les dégâts qu'il
peut provoquer. Le WWF a toujours soutenu l'agriculture suisse ne serait-ce
que pour éviter que l'on produise du CO2 pour les importations.
Je vous lance un appel ici pour collaborer. Si vous avez des frais supplémentaires
à cause du loup, on peut discuter."
D. V.: "On
n'a pas besoin de vous. On ne se laissera pas faire. Si vous voulez
le loup, alors on se fera la guerre!"
M.-T. S.: "Est-ce
une menace contre ma personne?"
D. V.: "Non ce n'est pas une menace. Dès qu'il
y aura de nouvelles attaques, on viendra vous apporter les cadavres.
On veut montrer ce qui se passe dans nos montagnes. On veut vous faire
bénéficier du travail du loup. Personne ne s'imagine ce
que c'est sans le voir."
M.-T. S.: "Vous
allez à contre-courant de l'opinion générale qui
est favorable au loup. Vous ne voulez pas chercher de solution,
mis à part tuer le loup."
D. V.: "Ce
n'est pas vrai! On a mis des clôtures. On a introduit des ânes.
Et maintenant des chiens. Et ça a servi à quoi? La seule
solution, c'est de dormir avec son troupeau. Si on doit en arriver là,
il n'y aura bientôt plus de moutonniers. Alors, il y aura assez
de places dans les alpages. Vous pourrez y mettre vos loups, vos lynx
et vos ours."
M.-T. S.: "On
n'arrivera pas à s'entendre. Vous ne voulez pas de loup et nous
oui."
D. V.: "Qu'est-ce
qu'il vous apporte? Vous le voyez souvent? "
M.-T. S.: "Non,
mais ça me fait plaisir de savoir qu'il est là!"
Pendant ce temps,
les mouches continuent de tourner autour des cadavres qui dégagent
une odeur nauséabonde. Marie-Thérèse Sangra finit
par aller voir les bêtes mortes. "C'est moche
",
commente-t-elle.
A 15 h 30, les
éleveurs quittent le bureau du WWF
en laissant les dépouilles
en souvenir. "On vous les laisse de bon cur!"
Auteur
: Jean-Yves Gabbud
Source : Le Nouvelliste du 6 septembre 2007