Depuis l'annonce de réintroduction d'ours dans les Pyrénées,
Georges Azavant, conseiller général du canton d'Argelès-Gazost
et président du conseil d'administration du Parc national,
ne s'était pas publiquement exprimé. C'est chose faite.
Quelle est votre opinion ?
Le Parc a des missions bien précises : suivi des plantigrades,
indemnisation des dégâts causés. Ce sujet a été
débattu lors des séances du conseil d'administration,
prouvant que les positions de ses membres étaient divergentes,
voire opposées. Je m'exprime en tant qu'élu cantonal,
mes propos n'engageant en rien le Parc national. J'ai un sentiment
d'amertume face à cette décision. Une opportunité
a été gâchée. Le dialogue avait été
renoué. L'IPHB,
institution patrimoniale du Haut-Béarn, actait la réintroduction
de deux ourses, l'ensemble des partenaires locaux y adhérant.
L'État avait un interlocuteur identifié et la visite
du ministre en vallée des gaves laissait augurer d'une suite
favorable, bien que des points de litige subsistent encore. Cette
réintroduction de cinq ourses est venue détruire ce
fragile équilibre, donnant raison à ceux qui, pensant
que les dés étaient pipés et que la décision
finale tombera toujours d'en haut, pratiquent la politique de la chaise
vide.
Que
préconisez-vous ?
Il aurait été plus cohérent, suite à une
concertation avec les acteurs locaux, d'effectuer une réintroduction
progressive avec un suivi des comportements. Cette précipitation
va créer des situations dangereuses, dramatiques. L'espace
montagnard n'a pas été véritablement abordé.
Les zones de moyenne montagne se ferment et les pâturages d'altitude
sont envahis d'espèces parasites.
Comment
renouer le dialogue ?
Il faut abandonner les prises de décisions autoritaires non
négociées, bien phaser les étapes de réintroduction
privilégiant la protection des personnes et respecter les intérêts
économiques, prendre en compte les problèmes de l'espace
montagnard avec mise en place de mesures d'accompagnement pour l'agropastoralisme
: commercialisation des produits, aides au maintien ou à l'extension
de la propriété foncière. Il est grand temps
de comprendre que seul un dialogue constructif débouchera sur
une charte de la montagne pyrénéenne qui débloquera
la situation.
Propos recueillis par Philippe Champion.
Article paru le 09/02/2005
Source : La
Dépêche du Midi