REINTRODUCTION
DE L'OURS. -- Pour le comité scientifique
du Parc national des Pyrénées, le plan ministériel
ne sera viable que s'il est largement accepté. Le président
André Etchelecou s'en explique
A la demande de l'ancien ministre de l'écologie, Serge Lepeltier,
le comité scientifique du Parc national des Pyrénées
a été appelé à donner son avis sur le programme
de réintroduction de l'ours dans le massif. Depuis, Nelly Olin
a pris le maroquin et annoncé que cinq ours femelles slovènes
seraient introduites dans les Pyrénées à partir
du printemps 2006 (lire
SO de jeudi et vendredi derniers). Elle avait déjà
pu prendre connaissance de l'avis du comité scientifique tombé
à la fin du mois de juin. Ce report de calendrier «
ne change rien sur le fond. C'est reculer pour mieux sauter »,
explique André Etchelecou, président du comité
et par ailleurs universitaire à Pau, spécialisé
dans l'aménagement du territoire.
Dans son rapport, celui-ci ne s'oppose pas au plan de réintroduction.
« Depuis plus de 30 ans, la cohabitation ours-bergers a été
rendue possible grâce aux actions de concertation » est-il
noté, avant que ne soit dressé un constat d'échec.
La mort de Cannelle le 1er novembre dernier a signé l'arrêt
de mort de la lignée pyrénéenne. Un bilan qu'André
Etchelecou qualifie à titre personnel de « minable ».
Echec sur toute la ligne.
En cause, « les tirs, accidentels ou non, les empoisonnements...
» qui, au fil des trois dernières décennies,
ont réduit la population ursine à peau de chagrin. «
Il y a 25 ans, il y avait 17 ou 18 ours bruns. En abattant alors trois
ou quatre femelles, c'était forcément une catastrophe.
Il aurait fallu prendre des mesures qui n'auraient sans doute pas tout
empêché mais qui auraient peut-être permis de limiter
les dégâts ». Il se souvient de l'instauration
de zones de non-chasse, les « réserves Lalonde »,
qui n'ont jamais été « acceptées et respectées.
Cela m'a personnellement valu sept pneus crevés », soupire
André Etchelecou.
Quant à la création de l'IPHB, l'Institution patrimoniale
du Haut-Béarn, elle est pour lui un échec : «
l'Etat lui a délégué son pouvoir de protection
des ours, en lui accordant beaucoup d'argent pour le résultat
que l'on connaît. »
Si de nouvelles ourses doivent être parachutées, le
comité scientifique pense que certaines conditions doivent être
remplies pour éviter de nouveaux déboires. «
On insiste beaucoup sur l'acceptation sociale du projet. Sans l'aval
des populations concernées - bergers, chasseurs - on condamne
ces ourses à mort. Elles se feront abattre ou empoisonnées
».
André Etchelecou note que certaines communes de Haute-Garonne,
Hautes-Pyrénées ou Ariège avaient délibéré
en faveur de la réintroduction : « Ici, en Béarn,
la pression est énorme. Une ou deux communes, en vallée
d'Aspe notamment, ne seraient pas forcément hostiles mais elles
ne se font pas entendre. »
Ethique.
Le comité scientifique du PNP pose d'autres conditions qui portent
en germe autant de questions. De bon sens d'abord avec la diversité
génétique pour éviter à terme toute consanguinité,
ou l'instauration de zones refuges « sans battue en cas de
présence de femelle suitée ». D'équilibre
ensuite, en prenant en compte les autres usagers de la montagne, comme
les chasseurs et les bergers, sans l'adhésion desquels toute
réintroduction sera impossible. Question d'éthique scientifique
enfin en défendant « le respect de l'état
sauvage des ours ».
Le comité estime ainsi qu'« il est essentiel de ne pas
envisager de dispositions qui pourraient induire des modifications comportementales
des ours, notamment en évitant toute forme artificielle de nourrissage
et d'éviter les suivis télémétriques ».
En clair, un ours sauvage n'est pas un ours qu'on suit à la trace,
sauf à « vouloir le parquer dans un immense zoo que seraient
les Pyrénées ». Le président du comité
scientifique interroge les pouvoirs publics : « La souche
pyrénéenne étant éteinte, la question de
la biodiversité ne se pose plus. Pourquoi réintroduire
des ours qui ne sont pas, à l'échelle de l'Europe, menacés
de disparition ? En quoi et pour qui, est-ce indispensable ? ».
Sans réponse claire, cohérente et partagée, André
Etchelecou doute du succès de toute réintroduction.
Auteur
: Anne-Marie Siméon
Source : Sud-Ouest
du 26 juillet 2005