Réintroduction d'ours : ça se dispute
PYRÉNÉES.
LA RÉUNION DU COMITÉ DE MASSIF DEMAIN DONNERA LE COUP
D'ENVOI DE LA CONCERTATION SUR L'ARRIVÉE DE NOUVEAUX OURS. MAIS
LES CRISPATIONS RESTENT TRÈS VIVES
Les bergers avaient dit : zéro ours. L'institut
patrimonial du Haut Béarn avait suggéré : deux
ours. Le ministre a tranché : 5 ours
Autant dire que la réintroduction de cinq femelles de plantigrades
dans les Pyrénées ressemble, d'ores et déjà,
à un parachutage en terrain miné. Et si ce vendredi, le
préfet Jean Daubigny doit lancer cette concertation, à
l'occasion de la réunion du comité de massif, il lui faudra
une belle dose d'optimisme pour espérer à long terme une
discussion sereine et paisible
L'équation est délicate. Serge Lepeltier a suivi les recommandations
des spécialistes. Qui estiment que pour que la population d'ours
soit viable, il faut la doubler. Que se contenter de réintroductions
homéopathiques ne serait qu'un soin palliatif pour une mort annoncée
de l'espèce.
De leur côté, les bergers, et spécialement ceux
de la vallée de Luz, sont vent debout lorsqu'on leur cause d'un
goinfre qui se sert de leur pâturage comme d'un garde-manger.
Entre les deux, le député Jean Lassalle, président
de l'Institut patrimonial du Haut-Béarn, avait tenté le
grand écart.
Après la mort de Cannelle et avant l'annonce du ministre, il
avait proposé que deux ourses femelles soient réintroduites.
" Nous avions mis au point un projet qui prenait en compte l'avenir
de l'ours, mais aussi celui de nos vallées, des bergers qui y
vivent, et à la cohabitation qui y est possible, " explique
Jean Lassalle.
Après l'annonce du ministre, l'IPHB s'est très nettement
démarqué : " Nous avons arrêté notre
projet, et nous nous opposons au projet du gouvernement. À part
l'Adet, personne ne veut de ce projet, tempête Jean Lassalle,
ni les organisations agricoles, ni les parlementaires : en prenant une
telle décision, on se coupe du massif ! "
L'IPHB pratiquera donc la politique de la chaise vide.
" Si l'on parvient à faire admettre ces cinq premières
ourses, si on surmonte cette première crise, alors une seconde
arrivera immédiatement après avec la seconde phase de
réintroduction ! On va mettre des dizaines d'années à
y arriver : entretemps, ce seront les bergers qui auront disparu ! "
avertit Jean Lassalle.
Du côté de Pays
de l'Ours-Adet, on se réjouit de cette réintroduction,
bien entendu. " Nous voulons jouer un rôle déterminant
pour la valorisation de l'image de l'ours " explique Alain
Reynes, de Pays de l'Ours-Adet.
Mais si le discours de la cohabitation passe dans certains secteurs,
(voir ci-dessous à Melles), en d'autres endroits, il est vécu
comme une provocation. Des éleveurs, des chasseurs, voire des
élus veulent la peau de l'ours, et la concertation risque de
prendre des allures de chemin de croix pour les apôtres du plantigrade.
La véritable bataille de l'ours est désormais de réussir
à dépassionner un débat où les poils sont
hérissés de partout.
D. D.
Article paru le 10/02/2005
Source : La
Dépêche du Midi