Serge Lepeltier, le ministre de l'écologie a tranché.
Il devrait annoncer aujourd'hui l'introduction de huit ours slovènes
dans les Pyrénées : huit femelles, six dans le Béarn,
deux en Ariège. Après la disparition de l'ours Papillon,
retrouvé mort le 25 juillet dernier à Chèze, celle
de Canelle, abattue par un chasseur le 1er novembre dernier à
Urdos, en Vallée d'Aspe, a suscité une vive polémique
entre défenseurs de la réintroduction de l'ursidé
et opposants farouches.
Serge Lepeltier s'était d'ailleurs rendu dans les Hautes-Pyrénées
le 14 décembre dernier pour consulter les deux parties. Cette
annonce de réintroduction qui intervient dans un contexte passionnel
fait l'effet d'une bombe dans le milieu pastoral.
En effet, pour les éleveurs, la cohabitation est impossible.
Ils se sont d'ailleurs largement fait entendre en organisant régulièrement
des actions coups de poing tel que le blocage des routes d'accès
aux stations ou des opérations escargots.
Hier, Bernard Moules, secrétaire départemental
et régional de la fédération des exploitants agricoles,
acceptait difficilement la nouvelle. " Je ne suis pas surpris
de cette décision qui est la suite logique d'une pantomime de
consultation qui a eu lieu la semaine dernière et qui n'a pas
été entendue. J'y vois une atteinte à la dignité
de tous ces paysans de montagne. On ne restera pas les bras croisés.
Cette réintroduction est trop grave de conséquences pour
l'agriculture et l'environnement. Il faut s'attendre à des réactions
très dures. " Même exaspération chez Noël
Fourtine, vice-président du Parc national des Pyrénées,
membre de la chambre d'agriculture et maire d'Esterre. "
Nous allons mener des actions très dures, des commandos vont
être organisés. Cette décision est lamentable. Notre
secteur va, s'il le faut, devenir une seconde Corse. "
COMMANDOS
Jacques Béhagues (UMP), conseiller général
du canton de Luz-Saint-Sauveur reste prudent. " Je ne suis pas
surpris de cette décision, on s'y attendait tous. Maintenant,
il faut voir de quelle façon va se dérouler cette réintroduction
et si des mesures spéciales, style " zonage ", vont
être prises par rapport à l'AOC Barèges-Gavarnie.
Attendons de voir ces conditions avant de lancer des opérations
dures qui toucheraient les activités touristiques du secteur
comme ce fut le cas l'an dernier. Je suis solidaire des éleveurs
dans cette affaire. "
Et c'est au président lui-même que Jean Lassalle (UDF),
député notamment des trois vallées béarnaises
et président de l'institution patrimoniale du Haut-Béarn,
lance un ultimatum. " Les bergers ne pourront pas admettre cette
arrivée massive. Aux pleurs de l'ourson de Canelle, il faut considérer
la complainte des hommes des montagnes, qui, un à un, sans dire
un mot, sont devenus suspects et dangereux. [
] N'annoncez pas
ce funeste plan qui ne ferait que la fierté de quelques-uns
Ne mettez pas en uvre ce qui ne sera pas accepté. Ce projet
doit être un acte d'amour et non de haine ! "
Claire Lagadic, Philippe Champion et Philippe Delvallée.
Article paru le 13/01/2005 dans la
Dépêche du Midi