L'ourson de Cannelle n'aura pas de "copains" slovènes
de sitôt. La ministre de l'écologie, Nelly Olin, a annoncé,
mercredi 20 juillet, à six associations qui militent pour le
renforcement de la présence des ours, que l'introduction de nouveaux
plantigrades dans les Pyrénées aurait lieu au printemps
2006, et non à l'automne 2005.
"Nous allons réintroduire cinq femelles , a déclaré,
le même jour, au Monde , Mme Olin. Les lâchers se feront
peut-être en deux temps : trois bêtes au printemps et deux
à l'automne ou bien deux au printemps et trois ensuite. Il semble
difficile de capturer cinq ourses d'un coup, cet hiver, en Slovénie."
Au lendemain de
la mort de Cannelle dernière ourse de souche pyrénéenne
vivant en France , tuée le 1er novembre 2004 par un chasseur,
à Urdos, dans la vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques),
M. Lepeltier s'était engagé à réintroduire
" cinq ours à l'automne" 2005. Il s'était fixé
pour objectif "le doublement" de la population ursine "d'ici
à 2008 ". Quatre mâles vivent aujourd'hui dans le
Béarn et plus d'une douzaine de spécimens dans la Haute-Garonne,
ces derniers étant tous des descendants des ours slovènes
réintroduits en 1996-1997.
Le 3 novembre 2004,
Jacques Chirac avait déclaré que la mort de Cannelle était
"une grande perte pour la biodiversité en France et en Europe"
. Lundi 18 juillet, en marge d'un déplacement à Rochefort,
il a redit à Mme Olin qu'il voulait que la promesse faite par
M. Lepeltier soit tenue.
Au cabinet de la
ministre, on laisse entendre que l'engagement d'une réintroduction
dès l'automne était "politiquement" difficile
à respecter. "Le dossier est très sensible.
Je veux me donner toutes les chances de réussir , affirme
Mme Olin. M. Lepeltier aurait été à ma place,
il aurait sans doute pris la même décision."
Pour justifier
le report à 2006, la ministre évoque de "petits ajustements"
nécessaires.
La France devrait signer, à l'automne, avec l'Espagne et la
principauté d'Andorre un mémorandum qui prévoit
une gestion commune de l'ours, dans la mesure où celui-ci
peut, évidemment, passer les frontières. Or le gouvernement
andorran vient de changer. "Je ne veux pas brusquer les choses
avec nos nouveaux partenaires" , explique la ministre.
Des formalités
restent également à régler avec les autorités
slovènes, qui sont maintenant prêtes à capturer
les ours. Enfin, Mme Olin fait valoir que les captures sont plus faciles
à la fin de l'hiver que pendant l'été: "Après
l'hibernation, les ours ont faim. Les chances de les appâter sont
plus grandes qu'en été, quand la nourriture est plus abondante."
Mais Mme Olin veut
surtout éviter de braquer les élus locaux et les éleveurs,
qui expriment régulièrement leur hostilité à
l'ours. Mardi 19 juillet, entre 150 et 200 bergers ont manifesté
au passage de la caravane du Tour de France entre Bilhères et
Bielle (Pyrénées-Atlantiques).
En juin, la ministre
a pris soin de recevoir, avec Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture,
et Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités
territoriales, l'Association nationale des élus de la montagne
(ANEM), dont la plupart des membres sont hostiles à la présence
de l'ours.
Les associations,
reçues par Mme Olin, le 20 juillet, se sont déclarées
"déçues" du report en 2006. "Le dossier
était techniquement prêt pour une réintroduction
dès cet automne", regrette Gilbert Simon, vice-président
de l'association Ferus.
"Il n'y
avait plus aucun obstacle", s'indigne François Arcangeli,
président de l'Association pour le développement économique
et touristique des Pyrénées centrales, et maire (PS) d'Arbas,
commune de la Haute-Garonne candidate à l'accueil d'un ou deux
ours.
Au passage, il
souligne que, depuis la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées,
les pertes de brebis sont moins nombreuses, car les bergers ont pris
des mesures de protection qui les prémunissent contre toutes
les formes de dégâts ou de prédations. Sur 20 000
brebis perdues, en moyenne, par an, 200 meurent à cause des attaques
de l'ours.
"La ministre
nous a toutefois paru déterminée à tenir ses engagements
pour 2006" , affirme Michel Joffre, membre de France Nature
Environnement. Mme Olin indiquera, en septembre, les communes choisies
pour lâcher les ours. Après 2006, "on verra
si on continue, si on fait une pause ou si on arrête "
, a-t-elle précisé.
Auteur
: Béatrice Jérôme
Source : Le
Monde du 21 juillet 2005