BIELLE. --Deux cents éleveurs environ ont manifesté
à Bielle contre la réintroduction de l'ours. Ils ont longuement
bloqué la caravane publicitaire entre quelques échauffourées
avec les gendarmes
Commune de Bielle
au bas la descente du col de Marie-Blanque.
Il est un peu plus de 9 h 30 , une poignée de bergers, colère
en bandoulière, hissent les premières banderoles. «
Mort à l'ours », « A vos fusils »,
« Bergers en colère », ou, plus subtil,
« A quand les ours slovènes dans le bois de Vincennes
? ». Au fil de la matinée, sous les yeux d'un important
déploiement de gendarmes mobiles, les rangs se sont étoffés
pour répondre à l'appel à mobilisation de la fédération
transpyrénéenne des éleveurs de montagne.
Peu avant midi, 200 opposants à la réintroduction de l'ours,
venus du Béarn, du Pays Basque, d'Ariège et Hautes-Pyrénées
entendaient user du barnum qu'est le Tour de France comme caisse de
résonnance à leur position. D'autant que l'annonce du
calendrier comme les modalités de la réintroduction est
toujours dans le flou depuis l'accession de Nelly Olin au portefeuille
de l Ecologie. Conséquence, pro comme antis profitent du vide
pour « marquer » le terrain.
Pas d'ours.
Le message des éleveurs, des radicaux aux modérés,
se veut clair : pas d'ours supplémentaires dans la chaîne
pyrénéenne. « Quel est l'intérêt écologique
d'introduire des ours slovènes ? La race pyrénéenne
est éteinte, l'argument du maintien de la bio-diversité
n'est pas recevable », estime Marcel Accoceberry, maire de Larrau.
Et c'est tout l'argumentaire des opposants qui est à réexplorer
: « Sans les éleveurs, sans les gens qui travaillent et
font vivre la montagne, il n'y aurait ni sentiers, ni stations de skis.
Si l'on préfère l'ours à l'homme, dans vingt ans,
nos montagnes seront des forêts », explique Muriel Bersans,
éleveuse béarnaise installée en Ariège.
A la mi-journée, un concert de cloches retentit. Une buvette
des bergers fait déjà cuire des grillades. A deux pas
de là, les gagnants d'un concours organisé par l'opérateur
T Mobile assistent à la mise en place du cortège, un peu
interloqués. Un berger béarnais, béret vissé
sur la tête, tente de synthétiser la problématique
de l'ours en franco-béarnais, à trois supporters américains
de Lance Armstrong. Il n'en tirera que « Oh yeah ! », sans
conviction.
Charge.
L'objectif du jour est de bloquer, ou tout du moins freiner la caravane
publicitaire, pas les coureurs. Il est midi, la première voiture
de la caravane publicitaire est stoppée net par une foule de
manifestants. Des morceaux de fromage sont distribués, des photos
de brebis tuées par des ours ostensiblement affichées.
Un officier de gendarmerie vient négocier. Un dialogue de sourds
s'engage. Le ton monte. Comme les manifestants, qui contournent un premier
barrage flottant pour prendre position 500 mètres plus haut et
reconduire le filtrage. Les cloches tintent, les Basques poussent la
chansonnette. Les premiers véhicules bigarrés de la caravane
publicitaire se trouvent bloqués. Les hôtesses ne savent
plus trop si elles doivent continuer à se trémousser au
son des slogans. Elles arborent un sourire niais, sans trop comprendre
le fil des événements. Et l'on se demande si la mobilisation
anti-ours est soluble dans la publicité. Chaque camion paie sa
dîme. Les manifestants se retrouvent avec un journal de Mickey
dans une main, une casquette à pois sur la tête, des paquets
de bonbons dans les poches... L'heure tourne. Les gendarmes mobiles,
en casques lourds, avec boucliers et matraques à la main, s'interposent.
Les grenades lacrymogènes sont prêtes à partir.
13 h 20, les forces de l'ordre donnent la charge, pour faire sauter
le verrou. Grosse agitation avant que le calme ne revienne. Les hommes
en bleu sont sur le qui-vive et tentent d'éparpiller les agitateurs.
Ils y parviennent. 14 h 27, tous les protagonistes de cette journée
regardent les premiers courreurs débouler de Marie-Blanque.
Auteur
: :Xavier Sota
Source : Sud-Ouest
du 20 juillet 2005