Désabusé.
C'est le premier mot qui vient à l'esprit de Stéphane
Chétrit, éleveur de brebis à Laruns et délégué
montagne chez les Jeunes agriculteurs, en réagissant à
l'annonce faite par le ministre de l'écologie et du développement
durable. « Depuis dix ans, tout le monde joue le jeu de la
désinformation sur la sécurisation pastorale, le nombre
d'ours et les moyens donnés aux éleveurs... En brodant
tout cela de fil d'or, et en affirmant que tout va bien »
« Alors, que voulez-vous que disent les bergers ? Chaque fois
qu'ils ont essayé de tirer le signal d'alarme sur les dysfonctionnements
constatés sur le terrain, ils n'ont pas été écoutés.
Car la sécurisation pastorale face à la présence
de l'ours n'existe pas ! Où alors, elle relève du bricolage.
On met trois spots sur des cabanes de bergers, et on pratique l'effet
d'annonce. En mettant dans la tête des gens qui ne sont pas au
courant de ce qui se passe en montagne, que tout est pour le mieux ».
De là à estimer que le gouvernement « flatte
l'opinion publique » parce qu'un enjeu électoral se
profile derrière l'annonce de la réintroduction massive
des ours, il n'y a qu'un pas. « C'est vrai qu'il y a plus à
obtenir en donnant satisfaction aux 80 % des Français qui ont
été touchés par la mort de Cannelle qu'aux 0,3
% d'éleveurs que l'on trouve sur le massif des Pyrénées
» ajoute-t-il, avec amertume.
« Pas un cadeau ».
« Il n'en reste pas moins que c'est nul ! Car cette décision
va avoir des effets très néfastes. Ici, les gens vont
se braquer. Souvenez-vous de ce qui s'était passé à
Asson avec l'ours Néré. Avec les bergers qui étaient
descendus, et une cinquantaine d'attaques de bêtes en deux semaines.
Ca va être n'importe quoi ! »
« J'ai 33 ans, et dans dix ans je serai encore là. Mais
que l'on ne vienne pas par la suite me conter fleurette dans ma cabane,
ni compter sur moi pour trouver des solutions afin de limiter les prédateurs
ou protéger les troupeaux. Il n'y aura plus aucun dialogue. On
a voulu des ours ? Que l'on se démerde ! » lance-t-il.
« Cela dit, je ne souhaite qu'une chose, qu'ils ne bouffent
pas un touriste. Car une femelle qui a un petit, elle fait comme tous
les mammifères du monde, elle le protège ».
Revenant à l'impact qu'une telle mesure peut avoir sur la profession,
Stéphane Chétrit continue à ne pas mâcher
ses mots. « Il faut vraiment en vouloir pour pratiquer ce métier.
Et ce n'est pas un cadeau que l'on nous fait. Alors, les plus anciens
vont partir plus vite et les plus jeunes n'y viendront pas. Et on fera
peut-être un jour comme pour les ours : on réintroduira
des bergers quand il n'y en aura plus ».
Auteur : Jean-Jacques Nicomette
Source
:
Sud-Ouest du 14 janvier 2005