Hier matin, lors d'une battue au sanglier à Prades, un chasseur
a tiré sur un ours. Il s'agit probablement de Balou. L'animal
a été blessé. Hier soir les recherches étaient
lancées pour le retrouver.
Ouverture de
la chasse ce week-end.
A Prades, au-dessus d'Ax-les-Thermes, Thierry Bergeaud, 46 ans, avec
ses amis de l'ACCA (société de chasse) locale se prépare
pour une battue au sanglier. Les chasseurs ont décidé
de se rendre sur le massif de Laurza, entre Ariège et Aude, au
fond de ce plateau qui conduite aux gorges de la Frau. Il fait beau.
La journée promet d'être belle. A 9 h 30 précise,
à une cinquantaine de mètres de son poste, Thierry voit
passer l'animal. Il pense à un sanglier. Tire. Touche la bête
Et se rend compte qu'il s'agit d'un ours. De Balou, qui a élu
domicile depuis plusieurs semaines dans le massif et que le comité
de suivi cherchait de longue date dans ces forêts.
L'animal est
blessé. Il saigne.
Conscient de son geste, Thierry arrête la battue immédiatement
et se rend à la gendarmerie. D'après les indices (traces,
poils, sang) l'équipe de suivi sur place confirme qu'il s'agit
bien d'un ours et plus que probablement de Balou.
Gendarmes et
préfet sur place
Le tranquille village de Prades prend aussitôt des allures de
place forte. Les voitures de gendarmerie investissent l'unique rue,
la mairie est ouverte, un cordon de sécurité empêche
les curieux de se rendre sur la piste qui mène au «
lieu du crime », le préfet, Jean-François Valette
arrive sur place, le ballet des voitures entre office de la chasse,
office de la forêt et comité de suivi est incessant.
La zone est vaste
et couvre plusieurs milliers d'hectares. Retrouver Balou sera difficile,
bien que l'animal soit équipé d'une puce électronique
dans l'abdomen et équipé avec son collier pour le radio
guidage. Suivant la gravité de ses blessures, Balou a très
bien pu parcourir plusieurs kilomètres après avoir reçu
le coup de fusil. Sur place, dans le village, hier, en début
de soirée le préfet avouait « n'avoir pas d'information
plus précise » sur l'état de santé de
l'animal.
Thierry Bergeaud,
le chasseur qui a tiré, a été auditionné
hier après-midi. Mais, pour l'heure rien n'a été
retenu contre lui, puisqu'on ne sait pas quel est l'état de santé
de l'animal.
Dans les heures
qui viennent tout doit être entrepris pour retrouver le plantigrade,
blessé ou, peut-être, mort. Hier soir il était repéré
à une vingtaine de kilomètres de l'endroit du tir, dans
la forêt entre Ariège et Aude. Cette affaire va une nouvelle
fois rouvrir le débat sur les réintroductions d'ours dont
on sait qu'il est particulièrement épidermique en Ariège.
Et si jamais nous apprenons dans les prochaines heures que Balou n'a
pas survécu, il est clair que les passions entre « pro
» et « anti » vont se réveiller alors que les
ours, eux, l'automne arrivant, vont se chercher une tanière pour
hiberner et ne plus faire parler d'eux jusqu'au printemps prochain.
Quelques
rappels
Six ours morts
depuis 1994
L'ours Claude est abattu en 1994 dans la Vallée d'aspe
dans le Béarn lors d'une battue au sanglier. Les deux chasseurs
reconnus comme les auteurs seront jugés cinq ans plus tard devant
le tribunal correctionnel et condamnés.
Melba, ourse
achetée elle aussi en Slovénie, disparaît en 1997.
Au moment où elle est abattue, elle était suivie de ses
trois oursons. L'animal se trouvait dans un massif montagneux où
elle avait établi son territoire depuis l'automne 96. Le procureur
chargé du dossier classe l'affaire sans suite. Les rejetons de
Mellba provoquent des troubles dans les estives, et déchaînent
l'opposition à l'ours.
Canelle
était la dernière ourse de souche pyrénéenne.
Elle est tuée le 1er novembre 2004. L'affaire fait grand bruit
et lance une polémique qui ne s'est jamais arrêtée.
Le chasseur qui a tué Canelle à bout portant s'estimait
en danger. Il a expliqué aux gendarmes et au juge qu'il se trouvait
alors en état de légitime défense. Il sera finalement
relaxé.
Palouma
est victime d'une chute accidentelle le 25 août 2006. Le Ministère
de l'Écologie confirme alors la découverte d'un ours mort
à proximité de la commune de Loudenvielle, à une
altitude de 2800 mètres, dans les Hautes-Pyrénées.
Quatre mois plus tôt, l'ourse avait été lâchée
à Arbas, mais des opposants avaient empêché le déroulement
attendu de l'opération. Palouma avait pour parrain Renaud.
Franska.
Le jeudi 9 août 2007, au petit matin, Franska est percutée
par une voiture sur la route nationale 21, entre Lourdes et Argelés-Gazost
(photo ci-dessus). Elle traversait régulièrement cette
route pour passer du massif du Pibeste à celui du Hautacam. Un
accident fortuit dont le conducteur de la voiture sort heureusement
indemne. Sur le corps de Franska, on découvre de nombreux plombs.
Avant elle, l'ours Papillon avait subi le même sort.
Balou,
l'instable voyageur
Un instable Balou, qu'on a vu partout et nulle part à la fois.
L'ours slovène, le quatrième à être lâché
dans les Pyrénées, est arrivé dans la nuit du 1er
au 2 juin sur la commune d'Arbas. Le plantigrade, qui est parrainé
par les acteurs Fanny Ardant et Gérard Depardieu, est un marcheur
qui sait tromper ses observateurs. Au tout début, il a bien du
mal à s'ancrer dans son territoire d'adoption. Il a tout de suite
pris la direction nord-est pour rejoindre la plaine, mais il revenait
toujours dans les 48 heures dans les zones de montagne », explique
Alain Reynes de l'Adet Pays de l'ours. À peine réintroduit,
Balou n'avait plus donné signe de vie. Quelques jours après
son lâcher, des traces d'ours sont observées à Auribail,
à une trentaine de kilomètres au Sud de Toulouse. Nelly
Olin se déclare alors « extrêmement inquiète
», redoutant un « acte irrémédiable. Balou
est le seul ours dont le collier ne transmet pas les localisations GPS.
Le collier initialement prévu a été volé
par un commando d'opposants à l'ours dans la nuit du 10 au 11
février 2006 dans les locaux de l'équipe technique ours
à Villeneuve de Rivière. Balou, lui, poursuit son périple
empli de mystères. En mai 2008, la présence du plantigrade
est confirmée dans l'Aude, près de Rennes-le-Château
Alain
Reynes : « si c'est un tir d'instinct, c'est très grave
»
Alain Reynes, de l'Association pour le développement durable
des Pyrénées.
Selon la préfecture,
le chasseur aurait fait un « tir d'instinct » ?
Ce qui attire
notre attention avant tout, ce n'est pas tant l'identité de l'ours
que les circonstances dans lesquelles les faits se sont déroulés.
Selon la préfecture, l'un des chasseurs, voyant un animal passer,
aurait fait un « tir d'instinct », réalisant ensuite
qu'il s'agissait d'un ours. Si cette version venait à être
confirmée, c'est extrêmement grave. Un chasseur ne peut
tirer d'abord et identifier ensuite. Cela aurait pu être aussi
bien un cueilleur de champignon. C'est un défi aux règles
de sécurité élémentaires.
Quelles suites
entendez-vous donner à cette affaire ?
Le seul fait
d'avoir tiré tombe sous le coup de la loi. Si cet animal blessé
ne s'en remet pas, on déposera plainte pour destruction d'une
espèce protégée. Nous nous réunirons ce
lundi avec notre avocat pour décider de la suite que nous entendons
donner. Il y a d'ores et déjà matière à
lancer une procédure
Cet énième
épisode de l'ours confirme vos demandes pressantes en faveur
d'autres réintroductions ?
Dans ce dossier,
on avance trop lentement. Il n'y a plus rien de prévu véritablement
pour reconstituer une population d'ours viable. Les faits qui se sont
produits hier fragilisent un peu plus la restauration en cours dans
les Pyrénées. Pourtant, c'est un succès. N'oublions
pas qu'il n'y avait que cinq ours au moment des premières réintroductions
en 1996-1997. On en compte une vingtaine actuellement. Les deux opérations
de lâcher ont montré leur efficacité et la bonne
adaptation des ours à notre territoire, ce qu'aucune disparition,
accidentelle ou pas, ne vient contredire. Nous devons sortir de la logique
des « coups » consistant à lâcher quelques
ours tous les dix ans.
Source
: La
Dépêche du Midi du 8 septembre 2008