Au printemps 1959, vers l'Hospice de France, au-dessus
de Luchon, Victor Riva se trouve agressé par une ourse. Aujourd'hui,
sa fille Sylvie témoigne avec un article de la Dépêche
du Midi de l'époque.
« C'était en 1959, au printemps je crois. Enfin
c'est ma mère qui m'a dit au printemps. Elle ne se souvient pas
précisément de la date. Mon père est décédé
il y a quatre ans. Ce que je sais, c'est que je l'ai toujours vu avec
sa cicatrice à la cheville gauche. Un jour, je lui ai demandé
comment il avait fait ça. Il m'a répondu : « C'est
l'ours ». »
Sylvie Rossi, aujourd'hui,
est mère de famille. À ceux qui affirment que la bête
n'attaque pas l'homme elle répond en sortant de ses tiroirs une
coupure de presse, un article paru dans « La Dépêche
du Midi » à l'époque, qui témoigne de
l'histoire de son père.
Ce dimanche-là,
Victor Riva, 32 ans, bûcheron originaire de Saint-Mamet a pris
la route qui mène dans la forêt et domine Luchon sur l'hospice
de France. Il était accompagné de M. Ladevèze,
exploitant forestier à Saléchan, dans les Hautes-Pyrénées.
Il s'agissait, pour eux, de visiter une coupe de bois. »
Dans l'article,
Victor Riva raconte : « Je montais à la partie supérieure
de la coupe et je me trouvais presque à la lisière de
la forêt. » Le bûcheron était seul à
cet endroit. M. Ladevèze était resté un peu plus
bas.
« À
un moment, j'ai levé instinctivement la tête. C'est à
ce moment que j'ai aperçu madame Martin. » À
l'époque il n'y avait ni de Palouma, de Franska ou autre Pyrhos.
Les ours n'avaient d'autre nom que celui de « madame Martin. »
Victor Riva poursuit
: « Elle était à quatre ou cinq mètres
de moi. Il y avait une ourse et son ourson d'au moins un an à
en juger par sa taille déjà respectable. J'ai marqué
un temps d'hésitation. L'ourse, après avoir d'un coup
de patte brutal, fait voler en éclat une vielle souche m'a sauté
dessus d'un bond, en grognant, comme un chien qui veut mordre. Avec
ses crocs elle a coupé les lacets de ma chaussure et m'a mordu
profondément à la cheville gauche.
J'ai essayé
de me défendre avec un bâton que j'avais dans la main.
Mais ce n'est que lorsque j'ai crié qu'elle m'a lâché
pour s'enfuir et descendre en suivant les traces du petit ours qui s'était
échappé. »
Notre confrère
de l'époque ajoute : « Sur le moment, M. Riva n'eut
pas peur. Il est certain que sa constitution robuste et son habitude
de la montagne lui ont servi. On peut, en effet, se demander ce qu'il
serait arrivé si, à ce moment, il avait perdu l'équilibre
se donnant, alors, en pâture aux griffes de l'animal. De l'avis
du médecin qui a prodigué les soins au bûcheron,
dès son retour à Luchon, les brodequins ont été
une salutaire protection. »
Le lendemain l'adjudicataire
de ces pacages communaux, M. Laffont, se rendait sur les lieux avec
quelques co propriétaires. « Ils ont retrouvé
les restes d'au moins six brebis récemment dévorées
».
Auteur
: Jean-Jacques Dard.
Source : La
Dépêche du Midi du 26 mai 2006
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« L'ourse a protégé son ourson
»
Jean-Louis Bournazel, membre du personnel technique de la faune sauvage
n'est pas étonné par ce récit. « Il y
a eu de nombreux témoignages de personnes qui ont croisé
l'ours à 60-80 mètres sans problème. Comme tout
animal, l'ourse peut être agressive quand elle est avec son petit.
C'est une attitude légitime. Elle intègre un périmètre
de sécurité. Si quelqu'un pénètre ce périmètre,
elle attaque. Dans pareil ca, il faut s'éloigner au plus vite.
L'ourse retourne à son petit ».