Avec la réserve
voisine de Muniellos (55.657 ha, dont 5.488 de réserve intégrale
interdite à toute activité humaine), la réserve
de biosphère et parc naturel de Somiedo (29.164 ha) est le
site emblématique du maintien d'une population d'ours sauvages
dans les Asturies.
Dans un article
récent, le président du FAPAS, A. Hartasánchez,
indique que, par rapport aux Pyrénées, " la
situation dans la Cordillère Cantabrique /est/ différente
parce que, pratiquement, il n'y pas de dégâts sur le
bétail, mais surtout sur les ruches ".
De même,
G. Palomero, Président de la Fondation Oso Pardo, souligne
dans El Diario Montañes du 28 octobre 2007 : " En général,
dans la Cordillère Cantabrique l'ours est bien toléré
parce qu'il ne tue que peu de bétail. Il y a davantage de conflits
dans les Pyrénées, où le fait qu'il attaque les
vaches entraîne un grand rejet social. "
En fait, il attaque aussi et surtout les ovins, ce que G. Palomero
reconnaissait en décembre 2005 dans son intervention lors des
" 3° journées de l'environnement "
organisées par le Consorcio
de Los Valles, en Aragon. Il indiquait alors que, pour faire
accepter l'ours, entre les monts Cantabrique et Los Valles la différence
c'est " qu'il n'y a pas d'élevage ovin ",
ce qui au demeurant est totalement inexact.
Mais il est vrai,
par contre, qu'il n'y en a plus à Somiedo.
Les documentss que j'utilise sont empruntés au SIAPA
(Sistema de Información Ambiental del Principado de Asturias)
et au Service statistique
du Conseil du Milieu Rural et de la Pêche du Gouvernement
autonome asturien.
Le consejo de
Somiedo correspond à ce qui serait chez nous un canton. Pour
des raisons historiques, l'ours n'a cessé d'être présent
dans cette zone des Asturies, au statut spécifique ; Somiedo
fut réserve de chasse, puis Parc Naturel en 1988, enfin Réserve
de biosphère depuis 2000, ces statuts successifs en font un
site à part, rien à voir avec la réalité
globale du massif pyrénéen, les paramètres ne
sont pas comparables ! Le décret créant la Réserve
en 2000 se fixait entre autres cet objectif:
" Développement
économique et humain durable sur les plans socio-économiques
et économiques. Le Parc Naturel de Somiedo n'a pas pour seul
objectif de protéger les valeurs naturelles et le paysage
de ce milieu, mais aussi de sauvegarder les formes traditionnelles
de vie de la population locale. Ainsi, le cadre légal de
protection du Parc inclut déjà /
/ la nécessité
d'assurer le développement des activités traditionnelles.
"
Voyons les résultats.
Au niveau démographique déjà, la création
de la Réserve n'a pas suffi à freiner la décrue
que le Parc existant n'avait pas davantage empêchée (en
italique gras dans ces tableaux la date de création de la Réserve
et celle de la dernière statistique connue), au mieux une très
légère inversion de tendance se marque en 2006, à
confirmer bien sûr :
|
Année
|
1991
|
...2000
|
2001
|
...2003
|
...2006
|
| |
|
Réserve
|
|
|
|
| Asturies |
1
093 937 |
1
076 567 |
1
075 329 |
1
075 381 |
1
076 896 |
| Somiedo |
1
793 |
1
621 |
1
616 |
1
541 |
1
544 |
Le nombre d'exploitations
agricoles lui, était déjà sur une pente dégressive,
la décrue s'est accélérée :
| Année |
1998 |
1999 |
2000 |
...2066 |
| Exploitations
à Somiedo |
285 |
285 |
270 |
243 |
Quant aux productions:
le rapport SIMOGAN 2004 indiquait dans sa conclusion que celle du
lait de vache avait disparu a Somiedo, sans doute n'était ce
pas une des ces "activités traditionnelles" à
développer. Le seul élevage conséquent y est
celui des bovins-viande: leur nombre a relativement fluctué
entre 1998 et 2006, mais il reste autour d'une moyenne annuelle de
6279 bêtes.
| Année |
1998 |
...2000 |
...2004 |
...2006 |
| Bovins à
Somiedo |
6
175 |
6
315 |
6
911 |
6
388 |
Par contre, l'élevage
ovin et caprin n'a cessé d'y décroître ces dernières
années au point d'être devenu totalement résiduel.
Les tableaux ci-dessous indiquent ces évolutions :
| Année |
Exploitations
A Somiedo
|
Ovins
|
Animaux
par exploitation
|
| 2000 |
9 |
378 |
42.00 |
| 2005 |
6 |
85 |
14.17 |
| 2006 |
24 |
121 |
5.04 |
| Année |
Exploitations
A Somiedo
|
Caprins
|
Animaux
par exploitation
|
| 2000 |
7 |
231 |
33.00 |
| 2005 |
7 |
217 |
31.00 |
| 2006 |
6 |
22 |
3.67 |
609 ovins +
caprins en 2000, 143 en 2006, mais peut-on encore parler d'exploitation
pour ce qui n'est plus que distraction : 5 brebis et 3 chèvres,
comme 5 poules au fond du jardin !
Plus de lait, perte
d'exploitations, quasi disparition des chèvres et des brebis,
on est très loin de la " nécessité d'assurer
le développement des activités traditionnelles. "
En 2006, Palomero
García, en fut alors réduit à proposer cette solution
: " hay que poner al oso a producir " (il suffit de
rendre l'ours productif) ! Ce qui conduisit un éditorialiste
de El
Comercio digital à en conclure : " il nous a
montré clairement qu'il dirige non pas une ONG conservationniste
mais une entreprise qui ne cherche qu'à rentabiliser l'ours "
La polémique
fut telle que le coordonnateur de la Fondation dut intervenir sur le
forum de discussion d'un autre quotidien asturien (La Nueva España)
pour répondre aux questions des lecteurs. Impossible
de tout citer, mais ces quelques passages sont
révélateurs :
- réponse
à la question 5 : " nous pensons qu'il est nécessaire
que la population locale perçoive l'ours comme générateur
d'activités économique, et cela y contribuera ",
- quant à
la réponse à la question 9, pour que les ours ne
soient plus en danger, " il faut mettre en uvre de nombreuses
initiatives (éviter qu'ils ne soient tués par certaines
personnes, restaurer l'habitat, éviter sa fragmentation
),
et parmi ces initiatives il est nécessaire aussi de promouvoir
le développement rural dans les zones à ours, en utilisant
l'ours et son habitat. "
Tiens, "
développement rural " ! Mais
n'était-ce
pas déjà de cela qu'il était question dans le décret
de 2000 créant la Réserve de Biosphère : "
sauvegarder les formes traditionnelles de vie de la population locale.
Ainsi, le cadre légal de protection du Parc inclut déjà
/
/ la nécessité d'assurer le développement
des activités traditionnelles. "
Il semble quand
même, à lire ces réponses et voir les évolutions
statistiques, que, pour la sauvegarde de l'ours lui même, et plus
encore pour le développement des " activités traditionnelles
", il n'y ait pas de miracle. Et si Somiedo aujourd'hui construit
son économie autour de l'exploitation touristique de l'ours (hay
que poner a producir), c'est son choix. Mais ce modèle qui s'explique
pour les raisons historiques que nous avons indiquées rapidement
au début, n'est pas généralisable à des
massifs entiers.
Serait-ce d'ailleurs
souhaitable, n'y a-t-il pas aussi autre chose à " produire
" en montagne, et notamment la richesse d'une biodiversité
agricole et de races d'élevage autochtones, atouts majeurs du
développement durablecomme le soulignent les groupes 2 et 4 du
Grenelle de lenvironnement ?
Que veut-on offrir
au tourisme : un ours et du sauvage artificiels, devenus
machines à produire, ou la réalité dun milieu
vivant, créateur dune biodiversité à visage
humain, dans lequel il trouverait une vérité, pas des
images conçues pour l appâter?
Auteur
: Bruno Besche Commenge
| Commentaires |
La Sierra Cantabrique a son modéle : Somiedo. Pour les
dirigeants politique, Somiedo est une sorte de paradis. C'est
du moins présenté ainsi pour la... clientèle.
Business oblige !
Il suffit d'aller surfer, si on lit un peu l'espagnol, sur
le
forum de la Nueva España concernant Somiedo pour
se rendre compte que ce n'est pas le paradis pour tout le monde.
Il aurait été intéressant, pour être
complet et objectif, que la délégation française
rencontre des "contestataires" afin de se forger une
opinion plus large et éviter de tomber dans le piège
de la propagande gouvernementale asturienne. L'objectivité
passe par les diversité des opinions.
Les questions posées : croyez vous que Somiedo soit un
exemple de conservation et développement du milieu rural
? Que pensez-vous des changements qui commencent à être
mis en oeuvre dans l'urbanisme de la capitale du consejo ? Quel
est le principal problème de Somiedo ?
Autant de
question qui n'ont jamais été abordés par
les inspecteurs du Ministère de l'écologie français
qui reste encrés à une seule espèce sans
être capable de s'élever et de prendre la problématique
dans son ensemble avec le développement durable et la glabalité
complexe de la biodiversité.
Louis Dollo,
le 1er décembre 2007
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