People. La première dame de France, marraine de l'ourse Hvala,
écrit aux défenseurs de l'ours dans les Pyrénées
pour leur apporter son soutien. Un courrier qui rompt le silence de
l'Élysée dans ce dossier très sensible
Voilà la
première dame de France convertie plus que jamais à la
cause de l'ours. Alors qu'ils ne s'y attendaient pas, les partisans
de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées
ont reçu un courrier de Carla Bruni-Sarkozy qui dit tout son
attachement au plantigrade. Après tout, elle est la marraine
de Hvala, l'ourse slovène lâchée dans les Pyrénées
le 17 mai 2006 et qui a donné naissance à Pollen et Bambou.
Mais l'engagement de Carla Bruni est total. La lettre qui a transité
par le chef de cabinet du Président de la République,
donc par l'Élysée, exprime le soutien sans détours
de Mme la Présidente. « C'est par conviction dans le devoir
de protection de la biodiversité animale que j'ai accepté
d'être la marraine de Hvala. Je me suis aussi beaucoup réjouie
de la naissance de ses deux oursonnes. C'est une bonne nouvelle pour
l'avenir de l'ours dans les Pyrénées. Ma conviction demeure
entière et s'est même trouvée confortée par
les conclusions du Grenelle de l'Environnement, il nous faut trouver
une voie équilibrée de coexistence
Il ne s'agit
pas de choisir entre l'ours et l'homme ». Et Carla d'ajouter que
si la présence de l'ours traduit une volonté de protéger
la biodiversité, d'autant qu'elle s'inscrit dans le cadre d'engagements
internationaux, « l'adhésion des populations locales est
une nécessité incontournable ».
On ne s'attendait
pas à ce que l'épouse du président, s'affranchissant
d'une forme d'obligation de réserve, s'exprime dans un dossier
que le chef de l'État lui-même a toujours savamment éludé.
La secrétaire d'État à l'Écologie Nathalie
Kosciusko-Morizet, en lançant le groupe Pyrénées-ours
à Toulouse, n'a jamais affiché un tel soutien. D'ailleurs,
les seuls noms donnés à l'ours, forme d'« anthropomorphisme
», avaient le don d'énerver « NKM ». «
Cette façon de traiter l'ours comme de gros doudous est un élément
de plus pour alimenter l'incompréhension entre Parisiens et habitants
de la vallée », n'avait-elle pas caché avant les
vacances.
Mais on a beau
dénoncer cette peopolisation, elle sert les partisans de l'ours
à l'heure où les tensions restent fortes. Si l'irruption
de Carla Sarkozy dans le débat ne pèse guère dans
l'esprit des anti-ours, elle n'en constitue pas moins un appui de taille
compte tenu de la notoriété de l'épouse présidentielle.
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Des
parrains prestigieux
Dans les années 1996-1997, les ours avaient déjà
leurs parrains et marraines, mais la peopolisation n'était pas
en marche. Ainsi, l'épouse de l'ancien préfet Alain Bidou
s'était vu assigner le rôle de marraine, tout comme l'ancienne
ministre de l'Ecologie Corinne Lepage.
Trop institutionnel
sans doute : dès 2000, on choisit des parrainnages triés
parmi des personnalités du show-bizz.
Palouma,
lâchée en avril 2006 et retrouvée morte voilà
un an, avait pour parrain et marraine Renaud et Romane Bohringer.
Franska,
introduite en avril 2006 et morte l'an passé , Laurent Baffie
et Véronique Sanson.
Hvala, femelle
lâchée le 17 juin 2006, Carla Bruni et Sanseverino.
Balou, lâché
en 2006, Gérard Depardieu et Fanny Ardant.
Sarousse,
lâchée le 22 août 2006, a pou parrain et marraine
Alain Chamfort et Valérie Lemercier.
Yann Artus-Bertrand
est le parrain de Pollen et Bambou, les petits de Hvala. Si on excepte
Franska, les noms des ours ont été choisis par les élus
des communes de lâcher, parmi les 10 500 propositions d'une opération
nommée «Baptisez l'ours»
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Les
pour
« C'est Renaud qui avait suggéré Carla»
Alain Reynes, président de l'association Pays de l'ours-ADET
: « Comme le groupe Férus, on a été également
destinataire de la lettre qu'a adressée Carla Bruni et qui est
aujourd'hui rendue publique. Le président de l'Adet Alain Reynes
souligne pour sa part : « On voudrait nous reprocher aujourd'hui
d'avoir choisi Carla Bruni comme marraine de Hvala. Il faut savoir qu'en
2006, lors du lâcher de l'ourse le 17 mai, c'est le chanteur Renaud
qui s'est rapproché de nous pour nous suggérer le nom
de Carla Bruni. Lui-même était déjà le parrain
de l'ourse Palouma. La chanteuse, qui n'était pas encore l'épouse
du président a tout de suite accepté.
Il se trouve
qu'au printemps, des adhérents de nos deux associations l'ont
contactée pour qu'elle confirme son soutien. Il est vrai que
le contexte était particulier puisque des rumeurs étaient
colportées depuis plusieurs semaines selon lesquelles Hvala et
ses deux oursonnes pouvaient à tout moment finir empoisonnées.
La réponse de l'épouse du Président n'est intervenue
que le 22 juillet dernier.
Une chose est
sûre : Carla Bruni se tient très régulièrement
informée de la situation de sa filleule. Tout comme le musicien
Sanseverino, parrain d'Hvala, qui a fait organiser un concert à
Arbas au moment du lâcher. Mais j'ajoute qu'ils ne sont pas les
seuls parrains ou marraines. Tous les ours réintroduits dans
les Pyrénées ont les leurs ».
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Les
contre
«L'ours est bien une histoire people»
Philippe Lacube , coordinateur de l'Association pour la sauvegarde
du patrimoine d'Ariège-Pyrénées (ASPAP) : «
Tout ça me fait sourire. En juin, Nathalie Kociusko-Morizet avait
clairement affirmé que toute cette peopolisation autour de l'ours
ne ressemblait pas à grand-chose. Aujourd'hui encore, on est
en plein dedans. Moi, je respecte Carla Bruni en tant qu'artiste, mais
quelles sont ses réelles compétences pour juger d'un dossier
aussi complexe ? J'ose espérer qu'elle s'exprime en nom propre
et que ses propos n'engageront pas les décisions de l'État.
Visiblement, ces déclarations ne reposent pas sur des arguments
de fond. On est effectivement dans le people », conclut-il.
Marie-Lyse Broueilh,
présidente de l'AOC Barège Gavarnie : « J'ai
un regard nuancé. Cette lettre a du mal à dissimuler une
série de maladresses, mais franchement, on a entendu des choses
plus désagréables. De toute façon, maintenant,
tout le monde a des avis sur tout, sans être au courant des enjeux
réels. Il faut relire plus finement cette lettre. N'importe quel
diplomate aurait dit la même chose avec le souci de trouver une
voie médiane. Ne parle-t-elle pas de « voie équilibrée
de coexistence » entre population et éleveurs ? Ce qui
est sûr, c'est que ce courrier ne tombe pas par hasard. Il est
mis en ligne à l'heure où la position des partisans de
l'ours semble vraiment fragilisée. Ils avaient besoin de cette
pub. »
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Nouveaux lâchers
: décision à l'automne
Pour cette année, la cause est entendue : il n'y aura pas de
lâcher d'ours. La décision a été confirmée
en juin, lors de la venue à Toulouse de la secrétaire
d'État Nathalie Kosciusko-Morizet alias NKM. Comme une nécessaire
trêve dans un climat tendu entre opposants et pro-ours. Reste
que des décisions doivent être prises, qui seront évoquées
début septembre, lors de la première réunion du
Groupe pyrénéen ours, mis en place fin juin.
Ce Groupe pyrénéen
ours installé à Toulouse est une instance présidée
par le préfet et qui réunit associations, élus,
professionnels de la montagne, de l'agriculture et du tourisme. NKM
veut s'appuyer sur l'exemple des Alpes où le groupe loup a permis
de désamorcer les conflits.
Des lâchers
l'an prochain ? Peut-être au printemps, période propice
à ces réintroductions. Mais ce serait plutôt dans
le Haut-Béarn où sont repérés quatre mâles
mais pas de femelle.
« Zones
de présence » : Le Groupe étudiera le principe
de zones de présence, des secteurs privilégiés
où la forêt très dense convient au plantigrade.
Deux sites existent : le Haut-Béarn, mais aussi les Pyrénées
centrales. « On pourrait définir une troisième zone,
les Pyrénées-Orientales, mais il n'y a pas encore d'ours
», explique la secrétaire d'État. Chaque zone serait
divisée en trois secteurs : un cur de zone pour l'ours,
mais à l'accès possible. Une zone intermédiaire,
de corridors, et une zone d'où intervenir pour repousser l'animal
« chez lui ».