Le nombre d'ours bruns dans les montagnes du nord-ouest de la Grèce
a doublé en dix ans grâce à un ambitieux programme
de protection, mais depuis la fin de l'hiver ceux-ci multiplient leurs
incursions dans les villages isolés de la région obligeant
leurs habitants à se barricader.
Les attaques d'ours ont pris une tournure dramatique le mois dernier
quand le corps sans vie d'une vieille dame de 85 ans a été
retrouvé près d'une bergerie par son mari, âgé
de 85 ans lui aussi, dans le village d'Anilio Metsovou, au nord-est
de la chaîne du Pinde.
Le corps portait des traces de blessures, tandis que des empreintes
de plantigrade couvraient le sol.
Dimanche dernier, un chasseur du village s'est retrouvé face
à face avec un autre ours qui a attaqué et blessé
ses deux chiens avant de s'enfuir, a rapporté la presse locale
alertée par le problème.
Plus au nord-ouest du Pinde, à Makrino Zagoriou, un village isolé
peuplé de personnes âgées, des ours ont pénétré
plusieurs fois, depuis deux mois, dans le cimetière du village
pour se nourrir de l'huile des lampes, saccageant plusieurs tombes.
Un ours a pénétré dans le même village dans
la cave d'une maison et égorgé deux chèvres, avant
que le propriétaire Achille Spyridamis ne se précipite
et fasse fuir l'animal.
Depuis, les hommes font des rondes chaque nuit, armés de carabines,
tandis que les femmes n'osent pas sortir de chez elles après
le coucher du soleil. Ils ont posé des projecteurs, ainsi que
des barrières électriques pour protéger les jardins,
les potagers et vergers.
Le président de la Fédération des chasseurs de
l'Epire, Costas Ziabiris, a souligné dans la presse de Ioannina
que "le nombre d'animaux sauvages, principalement des ours et
des loups, a augmenté dangereusement" et que "l'on
risque de trouver d'autres victimes humaines si l'on ne prend pas de
mesures".
"Il n'y a pas assez de nourriture pour autant de bêtes
sauvages dans la région", a affirmé M. Ziabiris
appelant les organisations écologistes et "particulièrement
Arctouros", une ONG de défense des ours très
active, à prendre leurs responsabilités.
Interrogé par l'AFP, le responsable scientifique d'Arctouros,
Georges Mertzanis, a expliqué que les ours de la région
"se trouvent actuellement dans une période particulièrement
stressante", à la suite d'un hiver très rigoureux
qui a limité la production de nourriture sauvage.
"Dans ces conditions les ours ne peuvent s'empêcher d'approcher
des villages, c'est normal, les chasseurs et les populations locales
le savent", a-t-il affirmé.
M. Mertzanis a également indiqué que grâce à
l'action menée par Arctouros avec l'aide des autorités
pour protéger l'ours brun du Pinde, habitat le plus méridional
de l'espèce en Europe, "le niveau de population des ours
est passé de 80-100 il y a dix ans à 160 au minimum aujourd'hui".
"Les nouveaux arrivants cherchent de nouveaux territoires, nous
avons ainsi repéré des ours jusqu'au Mont Parnasse au
sud du Pinde, ce qui ne s'était jamais vu depuis les années
40", a relevé l'écologiste.
Le problème est maintenant "de gérer ce succès
et c'est le rôle de l'Etat", a estimé M. Mertzanis.
Arctouros prépare actuellement un rapport sur le repeuplement
en cours demandant à l'Etat "de prendre des mesures d'accompagnement".
L'ONG propose une "prévention des dommages"
causés par les ours avec notamment la mise en place de clôtures
électrifiées pour protéger les ruches des apiculteurs
et l'introduction de chiens de bergers d'une race particulièrement
adaptée pour la garde des troupeaux contre les ours et les loups.
Source : La
recherche / AFP du 12 juin 2003