Y a-t-il eu mensonge de la part du Préfet de région Dominique
Bur ? Ou bien présentation erronée, enjolivée,
idéalisée d'une situation qui n'existe pas, n'a jamais
existé et n'existera probablement jamais ?
Le fait est que la situation réelle sur le terrain n'est pas
du tout celle décrite par le Préfet et rapportée
par la Dépêche du Midi et autres organes de presse. Dominique
Bur avait déjà manifesté publiquement un profond
mépris à l'égard des opposants aux introductions
d'ours en jetant à terre un rapport sur les " mensonges
de l'Etat " que lui avait remis le président de l'ADDIP,
Philippe Lacube. Son état d'esprit est-il toujours le même
ou est-il vraiment ouvert à la discussion ?
C'est un article
de La Dépêche du Midi qui a mis le feu aux poudres. "
Nous ne nous reconnaissons pas dans ce qui est dit " disent
les opposants à l'ours.
De fait, il y a
de nombreuses incohérences. Il n'est pas difficile de savoir
qu'il n'y avait pas grand monde autour de la table. A peu près
tous les acteurs locaux ont refusé de siéger à
ce Groupe National Ours qui, en définitive, s'est sabordé
hier matin. C'était un des objectifs des opposants qui le réclamaient
depuis longtemps au Ministre. Pour eux, il existe assez de structures
de dialogue officielles sans en créer d'autres. Le problème
pour les écologistes c'est qu'ils n'y sont pas représentés.
Par contre, du côté des éleveurs, une association,
l'ASPP 65, a reçu un agrément environnemental qui lui
confère autant de droit que les autres sur les Hautes-Pyrénées.
Et puis l'ADDIP, coordination pyrénéenne, avec ses 4 associations,
est bien ancrée sur les territoires de montagne en étant
présente directement ou indirectement dans toutes les instances
y compris dans la plus petite commune des Pyrénées. Il
semble naturel qu'elle ait son mot à dire.
Mais alors pourquoi
le Préfet dit-il le contraire de la vérité ?
C'est un mystère.
Par dépit,
peut-être ? Constat d'échec personnel ? Probablement. Le
Préfet de Région, Dominique Bur n'a jamais été
capable de se mettre en position de discussion avec toutes les parties.
Aucune ouverture d'esprit. Un autoritarisme déconcertant et une
haine des opposants. Il n'a jamais engagé aucun dialogue. Par
ailleurs, la DIREN est toujours fermée à l'extérieur,
toujours penchée sur sa bible " le Plan Ours ". Incapable
de réflexion et de constat d'erreurs évidentes, elle est
restée et reste toujours dans son monde en parfaite osmose avec
une seule vision de l'écologie, celle des associations établies
depuis 30 ans et largement subventionnées selon plusieurs rapports
parlementaires et d'inspection générale des finances et
de l'environnement. Deux mondes qui se regardent et ne se comprennent
pas. Celui de l'écologie littéraire et idéologique
et celui du terrain quotidien. Et puis, une vision très administrative
de la protection de la nature en contradiction avec ceux qui la vivent
au bout de leurs doigts et sous leurs pieds sans jamais rien écrire.
Mais aussi une autre vision de la démocratie. Celle, peu développée
du milieu écologiste et celle développée depuis
des siècles dans les vallées qui, dans certaines vallées,
étaient déjà des modèles en 1789.
Quelques exemples.
A l'occasion du GNO de décembre, la presse avait le communiqué
officiel une heure après le début de la réunion.
Preuve que rien n'était discutable et que tout était préparé
à l'avance. Pour les opposants, pas dupes de la situation, à
quoi bon perdre son temps dans des palabres inutiles puisque tout était
ficelé par avance. Où est la démocratie ?
Et puis, Monsieur le Préfet n'aimait pas la contestation. La
preuve ! Alors que le président de l'ADDIP voulait lui remettre
une enveloppe contenant un dossier relatant les divers mensonges d'Etat
passés, celui-ci le refusait et l'a jeté à terre.
Quelle ouverture d'esprit ? Pour quel genre de dialogue ? La situation
n'était pas meilleure avec le représentant des Chambres
d'Agriculture.
Quant aux chasseurs,
faire des groupes de travail pour en arriver à proposer une restriction
au droit de chasse, c'était vouloir créer le conflit.
Même chose lorsque l'ADET faisait un communiqué triomphant
immédiatement remis en cause par la fédération
des chasseurs de l'Ariége. Pire encore ! Parler de èonsensus
et de calme entre les chasseurs et associations pro-ours est une pure
provocation de la part du Préfet de Région. Les chasseurs
de l'Ariège venaient de créer une association qui décide
à l'unanimité d'adhérer à
l'ASPAP,
association clairement hostile à l'ours.
Mieux encore. Au
sein même du Groupe National Ours et au cours des ateliers, ne
siégeaient pratiquement que les associations écologistes
et les fonctionnaires. Le consensus pouvait être garanti
.
Mais 99% de la population pyrénéenne qui refusait de siéger.
Il y a comme un problème
Où est
la vérité ?
Elle est très simple. Les associations environnementalistes,
seules à siéger au GNO aux côtés des fonctionnaires
n'avaient aucune légitimité territoriale. Il en est ainsi
depuis 29 ans lorsque les premières décisions de protection
puis de renforcement de la population d'ours des Pyrénées
ont été engagées. Aujourd'hui, éleveurs
et chasseurs ont compris qu'ils avaient été floués
et que l'on voulait leur départ des territoires de montagne pour
assurer un ensauvagement de la nature et laisser libre cours aux idées
philosophiques et non écologistes d'une petite poignée
d'illuminés qui voulait, non pas des ours ou des loups, mais
un retour 2000 ans en arrière. Un certain parti politique, peu
recommandable, des années 30, développait une philosophie
similaire : " le tout sauvage ". Difficilement acceptable
par ceux dont la culture pastorale a plus de 9000 ans.
La force de
l'histoire
.
Il suffit de revenir aux fondamentaux de l'ancien ministre de l'Ecologie,
Serge Lepeltier, qui, à Chèze (Hautes-Pyrénées)
en décembre 2004 posait cette question très pertinente
: " est-ce que la France est prête à accepter des
ours ? Est-ce qu'elle peut les accepter ? " A cette époque
déjà, la réponse des Toy par la voix de Marie-Lise
Broueilh, Présidente de l'ASPP 65, avait été "
non ". Le problème pour Serge Lepeltier c'est qu'il posait
des questions pertinentes mais il avait des réponses pas du tout
pertinentes. Il décide, le 13 janvier 2005, l'importation de
15 ours. Un délire ramené à 5 ours par la ministre
suivante, Nelly Olin.
Aujourd'hui, nous constatons que la réponse de Marie-Lise Broueilh
était la bonne. " Non, nous ne sommes pas en mesure d'accueillir
des ours ". On comprend facilement. Les Pyrénées
du XXIème siècle ne sont pas celles du XIXème et
prétendre revenir en arrière reste une idée fumeuse
loin d'être partagée par une majorité. Il faut donc
faire le constat, comme le rapport final Life de 2000, par lequel il
n'est pas possible de revenir en arrière et qu'il n'y a pas d'acceptation
sociale de l'ours. Toutes les déclarations des acteurs locaux,
en dehors de quelques très rares exceptions, en atteste. Les
expériences de développement économique autour
de l'ours ont été un fiasco. Les exemples à l'étranger
ne tiennent pas la route sauf dans les anciennes dictatures ou la population
a été déplacée forcée et contrainte.
Sommes-nous sous une dictature ? Parfois nous doutons. Une dictature
écologiste ? C'est probable.
Quelles solutions
pour l'avenir ?
Pour les opposants aux introductions, pas question de gérer l'existant.
Les ours importés et leur descendance sont le résultat
d'une erreur de jugement et d'une volonté d'imposer un point
de vue sans tenir compte de l'avis majoritaire des populations locales.
Comme le dit le communiqué de l'ADDIP, " le compte n'y est
pas ". Le syndic d'Aran disait que comme les autres, ces ours disparaîtraient.
Pourquoi ?
Le manque de nourriture. Partout où ils se développent,
notamment en Slovénie, ils sont nourris pour la chasse. Une chasse
de loisir commercial. Les Pyrénées sont-elles destinées
à devenir une grande zone de chasse ? Décidée par
qui ? Et puis, voulons-nous des ours sauvages ou des ours d'élevages
? Disposons-nous d'espaces sauvages ? La réponse est non. Il
n'y a donc pas de place pour des animaux sauvages en quantité
suffisante. Nos espaces sont des espaces préservés grâce
à des pratiques pastorales anciennes qu'il convient de conserver.
Là est la vraie culture pyrénéenne, le vrai patrimoine.
C'est celui des hommes qui vivent sur un territoire. Pas celui des animaux
et de la faune sauvage disparue que l'on veut ramener artificiellement.
Pour l'avenir, il n'y a pas d'autres solutions que de retirer les ours
importés et leurs descendances des territoires pyrénéens.
Comment ? En faire quoi ? Selon les responsables de l'ADDIP, c'est à
l'Etat de prendre ses responsabilités, pas aux pyrénéens.
D'où leur refus de siéger au GNO pour gérer une
situation qui leur a été imposée.
Ce sont deux grandes idées de l'écologie qui s'affrontent.
L'une tournée vers le sauvage et l'autre qui veut protéger
un patrimoine naturel autour et avec l'homme. Sauvage et homme n'ont
jamais pu cohabiter sauf par contrainte naturelle ou politique. C'est
un fait historique. Aujourd'hui, personne ne veut accepter cette contrainte
naturelle avec tous ses risques. Il faut donc en tirer les conséquences.
Il revient sans doute à l'Etat de réparer ses erreurs.
Dans le cas contraire, pourquoi persister dans l'erreur ?
Le probléme
du Préfet de région est peut-être son incapacité
de choisir et dire la vérité à tous les acteurs
de l'écologie.
Attendons la suite.
Louis
Dollo, le 26 juin 2009