Nous avons interviewé
le Groupe Ours Italie qui a mené une enquête documentée
et approfondie sur le sujet. Son fondateur et coordinateur, le Professeur
Franco Tassi, semble plutôt réticent à se laisser
interroger sur un sujet aussi délicat, qui mine à la base
limage et la crédibilité du Parc. Nous avons appris,
entre autres, quétait justement menée à cette
période une nouvelle analyse socio-économique au titre
éloquent : « Que de mensonges au sujet de lours ».
Mais il a également été possible dextraire
quelques morceaux intéressants des textes de conférences,
rencontres, débats et interventions télévisées.
Nous les avons recueillis au profit de nos adhérents, soutiens,
sympathisants et correspondants, qui nous avaient réclamé
des nouvelles. Nous le faisons avec la pleine conviction que, dans cette
histoire, il faille révéler, quel quen soient le
coût, une vérité depuis trop longtemps cachée.
Chronique dun
massacre annoncé : morts dours en série
On a parlé dinfections virales, puis de strychnine, et
donc dempoisonnement des eaux. Dans certains cas, on a évoqué
des causes naturelles, des changements physiologiques et donc la sélection
naturelle (pauvre Darwin !). Des discussions, enquêtes, analyses
sont en cours. Une fois écartée la thèse surprenante
et un peu ridicule des parasites pour les deux oursons retrouvés
morts (celle-là même qui fut évoquée à
lautomne 2006 lorsque succombèrent les chamois), vient
celle des oursons tués par un mâle par amour. Le groupe
Ours révèlera une réalité bien différente
(lépoque des amours nest-elle pas le printemps ?),
rappelant que lancienne administration du parc disposait dune
très belle scène filmée par la caméra, précieuse
révélation sur ce qui arrive en cas de « rencontres
rapprochées » de ce type. Et comment se fait il que, comme
certains le soutiennent, la présidence du Parc soit tenue à
lécart de certains faits ?
Le fait le plus étonnant est que la direction de lInstitut
a mis solennellement au défi quiconque de prouver le contraire.
Mais nest-ce pas cette même direction qui tentait maladroitement
de cacher les faits ?
Qui sait si la Magistrature, dernière, mais non des moindres,
espérance de vérité, voudra acquérir les
documents et témoignages en question, en disposant immédiatement
des expertises qui, on lespère, nimpliqueraient ni
le Parc, ni les forestiers, acteurs principaux de cette « tragédie
à litalienne ».
Manifestations
et remèdes
Dans un Parc qui était le symbole de la protection la plus aboutie,
on nassiste plus aujourdhui quà des pleurs,
lamentations et luttes. Mais les personnes concernées ne restent
pas inertes : défilé dans des émissions de télé,
passerelles médiatiques et déclarations solennelles, avec
une succession de solutions géniales : interforce, blitz, RIS,
NOE, 007, arrestations des criminels pour délit contre lEtat.
Le triplement du nombre de forestiers dans le parc (de 1.000 à
3.000), rappelle un peu larmée envoyée à
Aspromonte à lépoque des séquestrations...
Il ne reste quà sassurer que lEtat se constituera
partie civile contre les criminels (mais le parc la déjà
fait en Italie avec de remarquables résultats). Lintervention
la plus édifiante vient des grands experts qui, sur les quotidiens
nationaux, donnent la liste détaillée des poisons les
plus facilement disponibles, utilisés par les braconniers pour
tuer les animaux. Les travailleurs clandestins, désormais à
court de strychnine, de cyanure et darsenic les remercient.
Résonnants
et amplifiés par les médias, ces déclarations et
remèdes pourraient ne pas dissuader les destructeurs de la nature.
Un seul exemple suffira à illustrer la situation réelle.
Quand, en septembre 2003, une pauvre ourse est trouvée empoisonnée
avec son petit dans le secteur du Latium, les enquêtes des forestiers
furent efficaces, menant à la découverte dun entrepreneur
de la zone. Il est vrai quun procès fut mené, mais
on nen entendit plus parlé.
Atmosphère
pesante
Mais pour comprendre les véritables causes du désastre
et individualiser les responsabilités, il faut se mettre dans
latmosphère pesante, nébuleuse et réticente
qui flotte depuis quelques temps dans le Parc. La crise environnementale
se reconnaît à une profonde crise culturelle : léclat
qui le fit un jour briller nest plus, leffet parc qui attirait
le meilleur de lécotourisme international sest dissout
et aucun signe davenir meilleur nest perceptible. Ces faits
dramatiques de lautomne 2007 seront commémorés comme
lun des pires moments de lInstitution, qui a pourtant vécu
en un peu moins dun siècle de vie de graves mésaventures.
Depuis un bon moment,
elles sest trouvée prisonnière dun pessimisme
ambiant auquel personne ne semble capable de proposer un remède.
Les plaintes se
portent sur des abus en tout genre : construction, braconnage, déboisement,
décharges et MotoCross. La surveillance est minimale : il ny
a plus de service de nuit, ni de refuges permanents de haut niveau...
Linvasion du bétail domestique nest pas contenue.
Celle-ci ne concerne pas que quelques bergers locaux (ceux avec lesquels
le Parc avait autrefois établi des relations spéciales),
elle concerne surtout des troupeaux de « vaches sacrées
» en provenance de lextérieur, déleveurs
nomades, souvent non dénués de soutiens politiques.
Mais au fond de
tout cela, le problème vient du délabrement organisationnel.
Le parc a dix douzaines de travailleurs, mais ils sont souvent mal employés.
Rien pour la campagne alimentaire pour la faune, ni pour lopération
"Arme blanche" pour fournir des chiens capables de garder
des brebis. Des centres de visite sont fermés ou abandonnés,
des aires faunistiques sont dans des conditions déplorables et
il ny a aucune innovation dans les stratégies de communication.
Dire quil y a une trentaine dannées, ce parc était
imité par tous et considéré comme la référence.
La recherche
« invasive »
Avec la tactique du classique rebond, la politique sest déchargée
du problème dans les gueules affamées de la recherche
à long terme, ruineuse et interminable ; un véritable
acharnement scientifique contre lequel se déchaîne aujourdhui
la colère des locaux (« La faillite de la politique des
radio émetteurs » titrait il y a quelques jours un quotidien).
Les ours serviraient avant tout aux publications et aux carrières
des grands chercheurs : aussi serait-il dommage quils tombent
les uns après les autres, victimes de la niaiserie humaine. Bernardo,
Serena, et beaucoup dautres dans les Abruzzes. Bruno en Bavière.
Jurka dans le Trentin. Cannelle dans les Pyrénées. Un
massacre qui pouvait être évité et qui fera frissonner
quand ces victimes innocentes auront complètement été
recensées.
Qui sait combien
dours bruns ont réellement été tués
? Le 1er mai 2004, dans un journal local, la direction du parc confessait
que depuis 2002, pas moins de 16 animaux étaient concernés.
Le groupe Ours Italie en retenait déjà une vingtaine.
Sept autres victimes ont été découvertes au cours
de ces dernières semaines. Une analyse objective de la situation
pourrait estimer quau moins une trentaine dours ont été
perdus au cours de la période 2002-2007. Il serait très
intéressant de comparer ces pertes à celles de la période
1997-2001 (et non pas avec la celle de la moitié du siècle
précédent, comme quelquun essaie de le faire à
partir dune inquiétante manipulation des chiffres et des
dates). En sortiraient peut être quelques surprises...
Combien coûtent
réellement ces études à la collectivité
? Personne ne le sait vraiment. Quelquun affirme que la seule
union européenne aurait déboursé près de
25.000.000 deuros au cours de la dernière décennie
pour des sujets variés. Mais comment cet argent a-t-il été
dépensé ? Quels en ont été les réels
bénéficiaires ? Et pourquoi ne pas y ajouter aussi les
crédits accordés par des institutions variées et
par divers sponsors et particuliers ?
Qui a révélé
la vérité sur le désastre ? Quels ont été
les auteurs, les promoteurs, les exécutants et plus tard, ceux
qui ont gardé le silence ?
Et puis, un ours
nexiste-t-il que si on le capture, mesure, pèse et si on
en analyse lADN ? Jusquà il y peu, on affirmait avec
une arrogance universitaire que les ours qui survivaient étaient
peut être une vingtaine : mais alors comment est-il possible quaujourdhui,
on compte déjà une trentaine de cadavres ?
Nous sommes sincères,
et nous vous regardons dans les yeux : pour vous, quest-ce qui
compte le plus ? Le bien-être des chercheurs ou le salut des ours
? Comme pour beaucoup dautres animaux en danger, le vrai facteur
limitatif de la conservation ne réside pas tant dans la carence
des recherches scientifiques que dans le manque absolu dapproches
écosociologique et interdisciplinaire, de capacité à
diriger, de pragmatisme et de crédibilité.
Beaucoup des considérations
ici exposées étaient contenues dans un livre, le seul
jamais écrit sur lours brun après des années
dexpérience directe. Mais ce livre semble désormais
épuisé, disparu, introuvable et il est probable quen
Italie, personne ne soccupera de sa réédition (voir
le communiqué de presse n°30 de septembre 2007).
Conclusions
Sans anticiper les jugements définitifs, nous pouvons retenir
que lours a été utilisé des pires façons,
par tous et dans lintérêt de chacun. Comme objet
médiatique pour attirer des touristes, comme passerelle médiatique
pour se réunir sur lestrade et déverser de splendides
galimatias. Mais il y a une retombée moins douloureuse parce
quaujourdhui, à la différence dil y
a trente ans, le pays et la communauté locale semblent avoir
pris conscience de sa valeur, et peut être que la graine qui germe
finalement pourra se transformer en des gardiens plus vigilants. Le
dilemme « Homme ou Ours ? » pourrait finalement laisser
place au précepte « Homme et Ours », en convainquant
toujours plus de la valeur de la nature, de lavantage à
en utiliser les ressources avec précaution, et surtout, de la
nécessité éthique de respecter la Création.
Peut-être
demain, qui sait ? Un rêve, une espérance, une utopie.
Mais en regardant la réalité actuelle, une chose est sûre
: nous avons perdu beaucoup dours et lItalie se retrouve,
comme il y a un demi-siècle (en 1964, avec la première
motion de censure de lUnion mondiale pour la nature) protagoniste
dun véritable « scandale international ».
Communication
du Professor Franco TASSI - novembre 2007