Ce projet de manifeste élaboré par les élus
du Conseil Général d'Aran sera soumis à la signature
de l'ensemble des participants élus aranais et français
qui se rendront à la manifestation du 6 décembre 2008.
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NOUS,
QUI VIVONS DANS LES PYRÉNÉES,
NOUS
ADOPTONS CE MANIFESTE :
1) - Depuis
des centaines d'années les éleveurs et les habitants
de ces montagnes ont modelé le paysage : vallées dessinées
par les prés, forêts façonnées depuis des
temps immémoriaux par le travail anonyme de nos ancêtres.
Ils nous ont légué cet héritage : une biodiversité
qui est le fruit de la culture pastorale, et du travail des femmes
et des hommes de ces montagnes.
2) - Dans
le premier Manifeste des Pyrénées, signé à
Vielha le 31 mars 2006, nous avons déjà dénoncé
les plans de réintroduction de l'ours et autres grands prédateurs
qui nous ont été imposés sans aucune concertation,
ni le moindre respect pour la volonté des habitants de ces vallées.
Depuis leur lancement en 1996, ces plans ont entraîné la
réintroduction d'espèces animales qui ont affecté
gravement l'activité dans ces montagnes. Ce faisant, on a oublié
de prendre les mesures réelles et concrètes pour assurer
la survie de secteurs d'activité qui sont, eux, aujourd'hui,
les grands menacés de disparition dans les Pyrénées.
3) - Aux
portes du XXI° siècle, à l'entrée du troisième
millénaire, nous, habitants des Pyrénées, nous
manifestons notre ferme conviction de vouloir continuer à
exister dans des montagnes où l'homme, comme il l'a fait
pendant des siècles, occupera toute sa place dans un projet de
vie digne et respectable. Nous ne voulons pas disparaître.
4) - Nous
voulons continuer à uvrer à la conservation de nos
montagnes, mais nous voulons que cette conservation soit aussi celle
de notre façon de vivre, celle de notre culture et de nos traditions.
Car en effet, sans la présence active de leurs habitants, de
leurs éleveurs, de leurs troupeaux, de leur culture, les Pyrénées
seraient irrémédiablement conduites à perdre leurs
caractéristiques essentielles.
5) - Depuis
des temps immémoriaux, là où on trouvait un berger
et son troupeau, le loup et l'ours sont arrivés. Mais jusqu'à
l'apparition de l'actuelle législation moderne de l'environnement,
les bergers ont toujours su et pu défendre leurs bêtes
contre les attaques des ours et des loups. Les règles actuelles
nous laissent les mains liées pour contrer ces attaques, et le
paiement des dommages, unique alternative que l'Administration Publique
nous propose, ne peut devenir une solution définitive. Si son
action se limite simplement au paiement des dommages, alors l'Administration
aura contribué à transformer l'ours et le loup en prédateurs
exclusifs des troupeaux.
D'autre part, les incessants dommages de ces grands prédateurs
sur le bétail, non seulement déstructurent les troupeaux
et rendent invivable le travail pastoral du berger, mais ils découragent
les éleveurs. Aussi nous demandons que l'Etat français
et ses complices des gouvernements espagnol, catalan et andorran, mettent
un terme à ces programmes de réintroduction de grands
prédateurs, car ils sont incompatibles avec notre élevage
extensif.
6) - Pour
exister, les Pyrénées ont besoin de leurs éleveurs
et de leurs habitants, elles doivent alors continuer à être
une montagne vivante, dynamique, capable d'intégrer la modernité
sous tous ses aspects.
Transformer les Pyrénées en un sanctuaire de quelques
espèces animales en éradiquant des montagnes bergers et
activités humaines, est une agression contre toute une culture
vieille de milliers d'années qui a contribué à
ce qu'un équilibre s'établisse assurant la biodiversité
de la flore. Cette culture a créé les pâturages
et les paysages qui, aujourd'hui, permettent le développement
d'une industrie touristique devenue vitale pour de nombreux secteurs
économiques de nos territoires.
7) - En
ce début de XXI° siècle, après des décennies
d'oubli, alors que l'ensemble de nos sociétés modernes
montre de l'intérêt pour des modes de production agroalimentaire
plus sains, les Pyrénées offrent la possibilité
de produire ces aliments de qualité, à partir d'une
relance de leurs races autochtones, de leurs produits, et de leurs savoirs.
Nous savons entretenir nos forêts, nos prés, éviter
l'embroussaillement qui prolifère et génère les
incendies, nous voulons continuer à le faire pour maintenir nos
montagnes et nos pâturages d'altitude dans de bonnes conditions,
et pour cela nous demandons l'appui des Administrations publiques.
8) - Comme
nous l'avons prouvé pour la préservation d'autres espèces,
nous nous sommes toujours impliqués dans la conservation de la
montagne, depuis toujours cette attitude caractérise notre
façon de vivre.
Mais nous ne voulons pas vivre en permanence comme de simples survivants.
Nous voulons, dans les Pyrénées, un avenir pour nos enfants.
Nous voulons continuer à voir des éleveurs et des troupeaux,
mais pas dans les conditions actuelles d'abandon ni avec le manque
de considération dont nous sommes l'objet.
Nous voulons contribuer à maintenir vivantes et à conserver
les Pyrénées, parce que, plus que tout, c'est le paysage
de nos ancêtres et, aujourd'hui, le nôtre.
POUR CELA, NOUS VOULONS ET NOUS DEMANDONS :
1) - Nous
voulons et demandons que les Administrations publiques utilisent
les ressources publiques pour mettre en uvre des projets garantissant
la présence des éleveurs et des activités traditionnelles
dans nos montagnes, en tenant compte des facteurs sociaux et humains
qui en dépendent.
2) - Nous
voulons et demandons qu'à l'avenir les principes de la biodiversité
soient abordés dans une perspective globale de la réalité
de nos montagnes, en tenant compte des facteurs environnementaux,
sociaux, et économiques, afin d'assurer un développement
durable sous tous ses aspects, et pas uniquement sous l'angle d'espèces
emblématiques.
3) - Nous
voulons et demandons qu'au lieu des groupes de travail spécialisés
" ours et loups ", soit créé un groupe
de travail qui envisage comme une totalité le problème
de la conservation de nos montagnes : en tenant compte des aspects
environnementaux, économiques, professionnels, et sociaux ; en
associant des chercheurs et spécialistes de ces divers domaines
et des acteurs représentatifs de l'ensemble du territoire.
4) - Nous
voulons et demandons que, compte tenu de l'échec social du programme
Life, les Administrations responsables récréent dans nos
montagnes les conditions qui prévalaient avant le début
des opérations initiées en 1996, afin que, de façon
définitive, soient écartés les effets négatifs
qui pèsent actuellement sur nos économies et sur le développement
durable de nos territoires.
Institutions publiques,
représentants élus des populations, éleveurs, groupements
économiques et associations, signataires de ce manifeste, nous
le portons devant les diverses autorités de l'Union Européenne,
de l'Etat espagnol, de l'Etat français, de la Généralité
de Catalogne, du Gouvernement d'Andorre, et devant toutes les personnes
et institutions concernées.
Fait à
.
Le
..
Les signataires.
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