MORT DE CANNELLE. --Maître Sagardoytho, l'avocat de René
Marquèze, le chasseur qui a tué la dernière ourse
de souche pyrénéenne il y a tout juste un an, espère
obtenir un non-lieu
« Sud Ouest »
Un an après les faits, dans quel état d'esprit abordez-vous
la défense de René Marquèze ?
Me Thierry Sagardoytho
Avec la farouche conviction que les circonstances de la rencontre de
René Marquèze avec l'ourse tiennent du hasard. En tant
qu'ancien responsable de la société de chasse d'Urdos,
il connaissait les inconvénients d'un face-à-face. Il
n'y avait aucune intention de la part des chasseurs de la croiser avec
son petit.
Pourquoi
sont-ils montés, alors qu'il a été dit qu'ils étaient
informés de la présence de Cannelle et de son ourson ?
Tout a été dit et son contraire. Mais il est certain que
l'ourse se trouvait dans une zone où les chasseurs ne pensaient
pas la trouver. Sans doute avait-elle été dérangée
par des promeneurs, des adeptes avides de la photographier. Elle a modifié
sa trajectoire. René Marquèze pratique cette zone depuis
sa plus tendre enfance et il n'y avait jamais vu d'ours. Personne ne
peut dire à l'instant T où se trouve tel ou tel ours.
Si c'était si simple que ça, les autorités n'auraient
qu'à prendre des mesures de protection. Il n'y en a eu aucune
de prise ici. Je précise qu'aucune irrégularité,
aucune infraction de chasse n'est reprochée à mon client
et à ses compagnons.
Il dit ne
pas avoir épaulé, mais il a bien visé. Pourquoi
n'a t-il pas tiré en l'air comme le traqueur quelques minutes
auparavant ?
On peut toujours réécrire l'histoire. Imaginez René
Marquèze dans le ravin. Il vient d'être chargé par
l'ourse. Il a perdu son arme. Il ne raisonne plus, il est dans une situation
d'inquiétude totale. Quand il remonte, il n'a qu'une idée,
ficher le camp. Mais l'ourse déboule. Il a, en une fraction de
seconde, l'intime conviction d'être en danger.
Les spécialistes
affirment que l'ours, même suitée, préfère
fuir l'homme que l'attaquer. Comment expliquez-vous que cela n'arrive
qu'à des chasseurs, jamais à des promeneurs ou des cueilleurs
de champignons ?
Quelle serait la réaction de l'opinion publique si un promeneur
était retrouvé au fond d'un ravin ? Ce n'est pas la qualité
de chasseur de mon client, ni son fusil que l'ourse a craint, mais la
présence du chien. La femelle avait pour seul souci de protéger
son petit. René Marquèze ne tire aucune gloire de son
geste. Il a donné immédiatement l'alerte. S'il avait réagi
en braconnier, il aurait caché son acte, les charognards auraient
fait le reste.
Qu'attendez-vous
de la reconstitution ?
Elle est nécessaire pour assurer une instruction équitable
et contrer la campagne de désinformation. Elle devrait déboucher
logiquement sur un non-lieu. A moins de céder aux pressions du
lobby écolo. Car ceux qui veulent un procès pour dénoncer
l'extinction de la souche pyrénéenne se trompent ou prennent
les gens pour des imbéciles. Ceux qui instruisent le procès
des chasseurs doivent savoir que ce n'est pas un acte de braconnage.
Ceux qui veulent faire le procès de la désorganisation
de la cohabitation entre l'homme et l'ours doivent s'en prendre aux
pouvoirs publics, qui n'ont pas interdit de chasser dans cette zone.
Le contexte actuel est un festival d'hypocrisies. On projette sur les
épaules de ce pauvre homme tous les fantasmes d'une société
qui ne sait plus où elle en est, ni ce qu'elle veut.