MORT DE CANNELLE. --Pourquoi les chasseurs ont-ils croisé l'ourse
près d'Urdos, en haute vallée d'Aspe, le 1er novembre
2004 ? C'est l'une des clés de l'instruction
En vallée
d'Aspe, ce matin du 1er novembre 2004, ils sont six chasseurs de la
société locale d'Urdos à grimper en montagne pour
une partie au sanglier. A la mi-journée, dans le secteur du Rouglan,
René Marquèze, 68 ans, allait tuer Cannelle, la dernière
ourse béarnaise. Dans la foulée, une information judiciaire
est ouverte pour destruction d'espèce protégée.
Les enquêteurs
de la brigade de recherches d'Oloron ont mené leurs auditions.
Mais l'instruction de l'affaire, confiée au juge Puyo, n'est
toujours pas bouclée. L'avocat du chasseur mis en examen espère
un non-lieu. Selon lui, aucun acte de chasse illicite ne peut être
reproché à son client. Mais pourquoi, dans ce secteur
où avait été signalée la présence
de l'ourse, les fusils ont-ils parlé ce jour-là ?
Naissance de
l'ourson.
Retour au 1er septembre 2004. La France entière apprend la naissance
d'un ourson dans la montagne de Cette-Eygun. Les images réalisées
par un garde du Parc national des Pyrénées font le tour
des journaux télévisés. En Béarn, tous les
partenaires, engagés par ailleurs dans l'évaluation de
la population d'ours, veulent protéger l'animal. On croise de
nouveau à la table de l'IPHB
(1) le patron des chasseurs,
Bernard Placé (2).
A la mi-octobre, des chasses sont même annulées ou reconsidérées
pour respecter la tranquillité du territoire.
C'est aussi l'époque où enfle une rumeur. Deux chasseurs
auraient été attaqués par un ours au-dessus de
Laruns. Info ou intox ? Toujours est-il que la pression monte. Dans
le même temps, les Aspois notent un regain d'intérêt
pour la randonnée, entre Etsaut et Urdos. Difficile d'affirmer
aujourd'hui encore si la probabilité de voir l'ourson a alimenté
le phénomène.
Mais les chasseurs s'en agacent. Pour eux, pas de doute : le flux de
curieux a poussé Cannelle à se déplacer. Jusqu'à
se retrouver à une altitude où personne ne l'attendait.
C'est l'avis de Bernard Placé : « Je l'ai toujours affirmé,
et personne ne m'a jamais contredit. L'ourson est né dans une
zone protégée. La curée médiatique qui a
suivi a fait qu'il a été dérangé ! »
L'envie de chasser.
Pour le pont du 1er novembre, à Urdos, l'envie de chasser devient
la plus forte. Les premières neiges condamnent les zones les
plus hautes. Les six chasseurs disposent de deux autres secteurs, plus
bas. Ils se rendent ainsi entre le fort du Portalet et le village d'Urdos,
à 1 100 mètres. Ce matin de Toussaint, ils y tuent un
chevreuil et y cassent la croûte.
Selon leur témoignage, c'est dans cette zone que Cannelle déboule
une première fois. Elle charge le chien du traqueur. Un premier
coup de feu est tiré en l'air. L'homme croit être sorti
d'affaire. Mais Cannelle le suit. Une nouvelle détonation la
fait détaler. Un peu plus haut, vers le Rouglan, René
Marquèze a entendu les coups de feu. Il s'attend à voir
surgir un sanglier. Il tombe sur l'ourse.
Les arguments des protecteurs de la nature mettent en pièces
cette version. Selon eux, le déplacement de Cannelle et de son
ourson est logique. Elle a tout simplement recherché de nouvelles
sources d'alimentation. Il s'est, en effet, écoulé deux
mois entre le moment où elle est filmée au milieu des
framboisiers et le jour de sa mort.
Prise de risque.
Selon les écologistes, les chasseurs ont, en toute conscience,
pris un énorme risque en chassant du côté du Rouglan.
Ils ne pouvaient pas ignorer que l'ourse organisait sa vie sur ce flanc
est de la vallée d'Aspe. Dans cet espace, plusieurs dégâts
d'ours imputés à Cannelle sont connus de tous depuis la
fin d'août.
Le 30 octobre, des traces fraîches de Cannelle et de l'ourson
sont de nouveau identifiées, à quelques jets de pierre
du Rouglan. Le directeur de l'IPHB
est prévenu le lendemain matin, 31 octobre. Selon la procédure
d'alerte, la fédération de chasse est à son tour
contactée. Le relais est également assuré auprès
des sociétés de chasse d'Etsaut et d'Urdos.
Le lendemain, 1er novembre, la dépouille de Cannelle est transportée
par hélicoptère à l'école vétérinaire
de Toulouse.
(1)
L'institution patrimoniale du haut Béarn.
(2) Jean Saint-Josse avait claqué la
porte de l'institution.
Auteur
: Patrice Sanchez
Source : Sud-Ouest
du 8 novembre 2005