Alors quen Ariège, les scientifiques se réjouissent
de la santé de lours dorigine slovène Balou,
qui vient juste de sortir de sa période dhibernation, le
procès du chasseur qui a abattu il y a plus de deux ans lours
cannelle, dernier de souche pyrénéenne, vient dêtre
requit le 10 mars dernier par le procureur général de
la cour dappel de Pau. Une décision de justice qui pourrait
bien décider de lavenir des quinze derniers ours dans nos
montagnes.
Cannelle était
le dernier ours des Pyrénées, une espèce qui comptait
plus de 200 représentants au début du siècle. Aujourdhui,
cest une quinzaine dours qui subsistent dans nos montagnes,
parmi lesquels cinq ours dorigine slovène, introduits dans
les Pyrénées orientales lété dernier.
Cette mesure visant à rétablir une population stable,
qui a pourtant divisé les éleveurs et les élus
locaux, semble se passer correctement, et les scientifiques sont optimistes
quand à lavenir de lours en france. Mais des lettres
anonymes menaçant de mort les nouveaux plantigrades font craindre
le pire aux associations écologistes, qui ont déjà
déploré la mort de trois ours tués par des chasseurs
lors des dix dernières années. Un éventuel procès
du tueur de cannelle, et une condamnation, agirait comme un exemple
auprès des opposants à lours, et pourrait faire
renoncer certains chasseurs à des solutions extrêmes.
Cest en novembre 2004 que René Marquèze, chasseur
et retraité de 64 ans, est mis en examen pour avoir abattu lours
lors dune partie de chasse. Mère dun petit ourson,
cannelle aurait attaqué les chiens puis se serait dirigé
sur le chasseur, le contraignant à faire feu. Ce scénario
ne fait pourtant pas lunanimité, et cest pourquoi
les six associations de protection de la nature, parties civiles dans
linstruction, ont fait appel au non lieu prononcé à
Pau le 19 janvier dernier.
Pour François Ruffié, « Cannelle vaut bien un
procès ». En effet, lavocat de la Sepanso, lassociation
de protection de la nature du Sud_ouest, pense que les chasseurs nauraient
jamais dû se trouver là. Un élément clé
défendu par de nombreuses associations de protection de la nature
pour qui défendre létat dabsolue nécessité
va à lencontre de tout le dispositif de défense
des espèces protégées. Car dans quel cas peut-on
savoir si le chasseur sest mis en situation de nécessité
? En demandant un renvoi du chasseur en correctionnel, le procureur
général de la cour dappel de Pau semble donc rejeter
ici largument de la légitime défense.
La chambre dinstruction qui rendra sa décision le 6 avril
prochain, décidera si le procès de Merquèze aura
bien lieu.
Mais cet affrontement cache une lutte plus profonde entre les associations
et les opposants à lours. En effet, cest dans un
climat tendu que le procureur vient de faire sa requête. Les ours
sont sur le point de sortir de leur période dhibernation,
période où leur appétit est au plus haut, et où
ils consomment le plus de brebis. Mais les éleveurs, qui craignent
pour leurs troupeaux, ont des détracteurs parmi les scientifiques.
Selon Guillaume Chapron, chercheur au Cnrs, « les dégâts
dus aux grands prédateurs sur les troupeaux sont minimes ».
Une étude espagnole dans une zone ou les ours sont plus nombreux
quen France a dailleurs démontré que plus
de 95 % des pertes étaient dues à des Chiens errants ou
des promeneurs, alors que seuls 1 % sont imputables aux Ours. Il a même
été démontré que les Ours slovènes
consomment pour une part importante de leur régime des fourmis,
pour seulement 15% de viande. De plus, lOurs, principalement charognard
lorsquil consomme de la viande, limiterait lexpansion de
certaines maladies en consommant les animaux malades et les cadavres
porteurs. Enfin, son expansion serait limitée par la concurrence
des renards et des Loups, quil limiterait réciproquement.
Des arguments en faveur dune population stable dans les Pyrénées,
qui justifient la réintroduction des ours lannée
dernière. Mais la stabilité de la population est loin
dêtre acquise, et nombreux sont ceux qui craignent que certains
ours ne passent pas lété. Si rené Marquèze
venait à être déclaré innocent, certains
anti-ours pourraient être tentés de suivre lexemple
du chasseur. Et avec les élections présidentielles qui
se rapprochent, lenjeu pourrait ne plus être seulement écologique.
En effet, les chasseurs et les éleveurs votent, mais pas les
ours.
Quoi quil
en soit, selon Alain Reynes, Directeur de lAssociation Pays de
lOurs-ADET , « les risques restent faibles et il y a
peu de chances que de nouveaux actes irresponsables aient lieu à
lencontre des ours ». De plus, les scientifiques promettent
une nouvelle menace aux éleveurs, et pas des moindres. En effet,
des loups dorigine italienne ont été observés
dans les Pyrénées, et leur population devrait aller en
grandissant dans les prochaines années. Quand on sait que les
loups font dix fois plus de victimes, quils se reproduisent beaucoup
plus vite et quils nhibernent pas ...
Source
: Narura
Vox du 21 mars 2007