Même morte, l'ourse Palouma provoque haines et passions. Elle
n'aura pas eu le temps de s'acclimater à son nouvel environnement.
Quatre mois seulement après avoir été lâchée
dans les Pyrénées, la jeune ourse âgée de
4 ans, originaire de Slovénie, a été découverte
morte le 25 août sur les hauteurs de Loudenvielle (Hautes-Pyrénées).
Deux randonneurs ont trouvé la dépouille de l'animal,
pesant environ 80 kg, dans une zone d'éboulis au pied d'une barre
rocheuse, à près de 2 800 m d'altitude. Les gendarmes
font état dans leurs premières constatations d'une "mort
accidentelle".
Le cadavre de l'animal
a finalement été transféré à l'école
vétérinaire de Toulouse, où des analyses plus poussées
vont tenter de déterminer les causes du décès avec
exactitude.
Mais, avant même
cette découverte macabre, les techniciens chargés du suivi
des ours étaient inquiets : depuis le 16 août, ils ne recevaient
plus les signaux GPS émis par le collier de Palouma.
Pour les opposants
au renforcement de la population ursine, décidé par le
ministère de l'écologie, cet épisode démontre
que les ours slovènes, déracinés de leurs forêts,
ne seraient pas adaptés aux montagnes des Pyrénées.
"Les pouvoirs publics, par méconnaissance, ont envoyé
cet animal au casse-pipe et sont responsables", accuse
Stéphane Lessieux, porte-parole d'une association d'éleveurs
ariégeois.
Les partisans des
réintroductions se demandent, pour leur part, si certains opposants
n'auraient pas aussi leur part de responsabilité. Ils peinent
à croire à la thèse de l'accident et font valoir
qu'à plusieurs reprises cet été des éleveurs
ont organisé des battues "d'effarouchement"
dans les Pyrénées. La peur aurait-elle acculé Palouma
à se déplacer vers une zone située à une
altitude peu commune pour un plantigrade ? Génération
Ecologie, l'ancien parti de Brice Lalonde, n'hésite pas à
évoquer l'hypothèse d'un "attentat pur et simple".
Une chose est certaine
: l'animal n'a pas été bien accueilli. Le soir de son
lâcher, le 25 avril à Arbas (Haute-Garonne), des opposants
ont soudain fait irruption dans la forêt, empêchant au dernier
moment l'ouverture de la cage. La cérémonie médiatique
voulue par la ministre de l'écologie, Nelly Olin, pour effacer
les images de la mort d'une autre ourse, Cannelle, tuée par un
chasseur en 2004 en vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques),
était gâchée.
Palouma fut finalement
rendue à la liberté en pleine nuit dans un autre village,
quasi clandestinement. Face à la multiplication des actions de
protestation des opposants au retour des plantigrades, la discrétion
fut ensuite de rigueur pour ses quatre congénères (trois
femelles et un mâle), importés, comme elle, de Slovénie
durant l'été.
Le programme de
renforcement venait officiellement de s'achever avec l'arrivée,
le 22 août à Arbas, de Sarousse, une femelle de 7 ans et
112 kg. Visiblement soulagée, Nelly Olin assurait alors que ces
cinq nouveaux ours permettraient la "pérennité
de l'espèce" dans les Pyrénées.
Mais le feuilleton
n'est pas terminé. Sitôt connu le décès de
Palouma, les associations pro-ours ont réclamé le lâcher
d'un nouvel animal. Basée à Arbas, l'ADET, l'association
qui a copiloté les réintroductions, demande que la décision
soit prise "le plus rapidement possible". La ministre
de l'écologie prétexte des difficultés techniques
pour ne plus hâter le calendrier.
Sans doute espère-t-elle
passer aux multiplications, de préférence aux additions
des uns et aux soustractions des autres. Il suffirait pour cela qu'au
moins une des femelles restantes se révèle gravide cet
hiver. En 1996 déjà, après les premières
réintroductions d'ours dans les Pyrénées centrales,
les deux femelles slovènes avaient donné naissance à
plusieurs oursons.
La mort de Melba,
tuée en 1997 par un chasseur, avait ainsi pu être "compensée"
naturellement, sans nouveau lâcher. Ses rejetons courent toujours
dans les Pyrénées. Nelly Olin a en tout cas laissé
entendre que plus aucune arrivée d'ours ne serait possible en
France "avant l'élection présidentielle" de
2007.
Auteur
: Stéphane Thépot
Source : Le
Monde du 29.08.06.