Ours. Il n'y a plus de plantigrade dans les Hautes-Pyrénées.
Du coup, 3 brebis tuées en 2008 au lieu de 163 l'année
précédente.
La présence
de l'ours dans nos montagnes a soulevé toutes les passions. Éleveurs
furieux à cause des prédations sur les troupeaux, partisans
de la biodiversité, chacun y a été de ses excès.
Aujourd'hui, depuis la disparition de Franska, il n'y a plus d'ours
dans les Hautes-Pyrénées, hormis quelques incursions très
ponctuelles et isolées, les derniers relevés de l'équipe
technique ours de l'ONCFS en attestent.
Accusé de
tous les maux en matière d'attaques des troupeaux, l'ours n'est
maintenant plus là. Du coup, les attaques ont-elles baissé
? La réponse est oui. Sur l'ensemble de la chaîne des Pyrénées,
au 30 septembre 2007, 259 brebis ont été reconnues prédatées
par l'ours, c'est-à-dire des morts imputables sans aucun doute
à l'ours. Dans la même période, 117 animaux avaient
également été indemnisés au bénéfice
du doute. Au 30 septembre 2008, le nombre de brebis tuées par
l'ours tombe à 131. Au lieu de 259
163 en 2007,
3 en 2008 !
Dans le seul département des Hautes-Pyrénées, les
chiffres sont encore plus clairs : en 2007, 163 brebis ont été
reconnues tuées par l'ours. En 2008 ? À peine 3 ! Voilà
qui apporte de l'eau au moulin des anti-ours. Le plantigrade serait
donc le responsable de véritables massacres. « Il faut
relativiser », commente Alain Reynes, directeur de l'Association
pays de l'ours-Adet, « à en croire les éleveurs,
l'ours devait tuer le pastoralisme. Il n'en a, heureusement, rien été.
Depuis que l'ours a été réintroduit, il y a eu,
en moyenne, 300 brebis tuées par an, sur un cheptel de 600.000
animaux. La part est proche d'epsilon, surtout si l'on considère
que chaque année, 30.000 brebis sont tuées par des prédateurs,
des accidents ou des maladies. L'ours ne représente que 1 % de
la mortalité dans les troupeaux ». Au fait, savez-vous
qui est le premier prédateur des brebis ? C'est l'asticot : une
brebis blessée, même légèrement, est très
vulnérable. Les mouches viennent pondre leurs larves et en 3-4
jours, si elle n'est pas soignée, la bête meurt
« Certes,
300 brebis tuées, c'est toujours trop, poursuit Alain Reynes,
mais en contrepartie, l'ours a permis de mobiliser des moyens financiers
pour assurer la protection des troupeaux, via du gardiennage. Des avantages
qui vont au-delà de la question de l'ours, et pour les éleveurs,
le gain est finalement supérieur aux pertes engendrées
par l'ours. »
Mais tout de même,
d'une année à l'autre, 160 brebis épargnées,
c'est beaucoup. « Oui, mais il y avait Franska dans les Hautes-Pyrénées,
dont le comportement a été qualifié de déviant.
Un rapport montre le contraire (voir encadré, NDLR), mais son
empreinte était sensible. » En effet, à en croire
les chiffres, elle aurait donc tué 160 brebis en 2007
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Franska
était « normale »
Il a beaucoup été dit que l'ourse Franska avait un comportement
déviant. Ses carnages en attestent
Toutefois, l'ONCFS a
demandé à plusieurs experts européens d'étudier
son comportement. Et ils sont formels : Franska ne peut pas être
qualifiée d'ours à problème. « Ce sont
des comportements normaux d'ours nouvellement lâchés, certains
autres cas sont même pires, notamment sur des troupeaux non protégés
», concluent-ils. C'est là qu'est le nud du problème,
selon Alain Reynes. « Dans toutes les régions où
il y a une culture du gardiennage, les attaques d'ours sont très
rares. Prenez le cas de Nérée qui, au début des
années 2000, semait la terreur dans les Hautes-Pyrénées,
il ne fait plus parler de lui depuis qu'il est dans les Pyrénées-Atlantiques,
où un système de gardiennage des troupeaux a été
mis en place. L'ours est avant tout opportuniste, s'il voit une proie
facile et isolée, sans défense, il en profite. »
Comme un chat jouerait avec des souris en liberté
Auteur
: Christian Vignes
Source : La
dépêche du Midi du 25 octobre 2008