1- Selon vous, faut-il introduire ou non des ours dans les Pyrénées
?
Il faut savoir,
d'abord, que le comité scientifique du Parc National n'a pas
été saisi de la question. C'est, pour moi, une anomalie
institutionnelle.
Pour en revenir au renforcement de la population d'ours, il faut dresser
un premier constat : celui de l'échec. L'Institution Patrimonial
(IPHB) en charge du dossier n'a pas été capable de sauver
l'ours des Pyrénées. La souche locale est éteinte.
Si l'on veut aujourd'hui réintroduire, on passe dans un autre
contexte. Quand l'homme dit " je veux des ours ", est-ce réellement
au nom de la biodiversité ? Si ce renforcement est engagé,
il faut se demander comment cela va se passer. Seront-ils sauvages ?
Ou sous surveillance ? On sera vite confronté à un problème
éthique.
Une étude menée il y a une dizaine d'années montrait
en tout cas que l'apport de deux ou trois femelles pouvait permettre
à la population de reprendre une dynamique intéressante.
2- Le nourrissage
d'ours tel qu'il se pratique actuellement en Slovénie peut-il
modifier le comportement de l'animal ?
Au nom de quoi
et de quel droit faudrait-il nourrir des animaux sauvages ? Dès
l'instant où l'homme essaie d'intervenir, le comportement des
espèces peut changer. C'est banal de le dire.
Dans les Pyrénées, les nourrissages n'ont jamais fonctionné.
Il y a eu des tentatives entre 1990 et 1991 en vallée d'Ossau.
L'ours ne s'y est jamais intéressé. Mais la question de
l'origine de l'ours à réintroduire, slovène ou
espagnole, n'est pas fondamentale.
3- Quel est
l'avenir de l'ours brun dans les Pyrénées ?
La lignée
pyrénéenne est terminée. C'est ainsi. Il faudra
s'y faire. Et, contrairement à ce que l'on entend, l'ours n'est
pas en voie de disparition à l'échelle européenne.
La véritable question qui se pose maintenant est celle-ci : pour
quelles raisons notre société veut-elle des ours dans
les Pyrénées ? Pour l'image ? Le tourisme ? La chasse
? Pour moi, la biodiversité n'est qu'un argument puisque la souche
pyrénéenne n'existe plus. Une réintroduction, aujourd'hui,
doit demander une profonde réflexion. La montagne n'est pas un
immense zoo !
Propos recueillis
par Patrice Sanchez.
Publié dans Sud Ouest du jeudi 4 décembre 2004